SCÈNE VIII RIKALDA, STRADA, BIANCA
(Strada et Biaaca enti*ent, introduits par Orsola. Ils s'arrêtent, attendant que
Rinalda ait achevé sa prière.)
RINALDA, se retournant et les apercevant, à Bianca.
Âh!... Eh bien?
s T R A D A , coupant la parole à Bianca.
J'ai cru devoir venir...
Guido n'a rien?
STRADA
Non, rien.
88 PAR LE GLAIYI
RINÂLDÀ
Jç respire.
STRADA
Ce qui va mal, c'est l'œuvre mêa«.
RINALDA, attirant Bianca vers le retrait de droite.
Tout à l'heure... Pardon, si de Guido qui m'aime Je m'occupe d'abord... Toi qui viens de le voirie Tu vas...
(Elle ■'assied sur le banc du retrait)
STRADA
Occupons-nous avant tout du devoir.
RINALDA, conftise.
C'est vrai. J'ai tort. Parlez!... Vous disiez que la chose Va mal?
STRADA
Oui.
Ce n'est pas retardé, je suppose?
STRADA
Non. Guido veut toujours agir cette nùit-ci.
RINALDA
Ah! tant mieux! Mais alors, s'il le commande ainsi^ 11 faut agir ; et tout va bien, puisqu'il espère.
STRADA
f Demandez à Bianca ce qu'en pense son père.
ÀGT£ TROISIÈME 8.9
BIANCÀ
Que tout est compromis, si l'on agit trop tôt. Sauf mon père, les chefs du peuple font défaut
RINALDA
Pourquoi?
BIANCA
Parce qu'ils ont, pour risquer la partie.
Avant de commencer, besoin de garantie.
Ils veulent être sûrs de travailler pour eux, Non pour le noble et pour un prince aventureux.
RINALDA
Alors ils n'aiment pas la patrie? misère!
s T R A D A, immftbile pré» de la t&ble» 8«mb1&nt rérm tMrt buki
et s'exaltant de plus en plus.
Qui donc sait aujourd'hui l'aimer d'amour sincère? Personne, hélas ! Chacun songe à ses intérêts. Moi d'abord, pense-t-on, et la patrie après!
Fous, qui n'ont pas compris ce grand mot des apôtres, Que le bien de chacun est fait du bien des autres! Aveugles, dont les yeux, loin du ciel se plaisant. N'y voient pas Tavenir poindre dans le présent! Même aux meilleurs, cette aube est une clarté vague. Et moi qui la leur montre, ils croient que je divague Quand je leur dis : Il faut élargir rhorizon. Les murs de la cité, c'est encor la prison.
Le bourgeois pour son or, le noble pour sa caste, Ce n*est pas assez. Non ! La patrie est plus vaste. Pas de droits opposés! Pas de nœuds étouffants! Que la mère soit mère envers tous ses enfants! Tous d'accord, tous égaux autour d'elle chérie, Tous désintéressés, c'est cela la patrie!
Peuple, nobles, bourgeois, artistes, riches, gueux. C'est tout cela fondu dans un élan fougueux, Chacun pour tous, tous pour chacun, et tous en elle; Sainte communion sous sa loi maternelle.
Où, ne connaissant plus ni vaincu ni vainqueur. Tous les cœurs à la fois battent dans un seul cœuri
RINALD A, qui s'est peu à peu levée et approchée de Strada, ' arec curiosité et une sorte de religieuse admiration.
Homme, ce rêve est grand.
s T R A D A , comme sor Mint d'une extase.
Hélas ! Ce n'est qu'un rêve.
Sera-t-il jamais vrai? Qui sait? La vie est brève...
<Se reprenant.)
En attendant, le but à toucher est moins haut. Et vous seule pouvez l'atteindre. Ce qu'il faut. Afin que tout soit prêt au coup hardi qu'il tente, C'est décider le chef à quelques jours d'attente, Et j'ai pensé que vous...
RINALDA
Qui? Moi? grand Dieu! Comment!
Je ferais retarder moi-même ce moment Où je vais être enfin délivrée!
(Elle passe devant Strada, frémissante.) S T R A D A , d'une voix indi;;née.
misère!
Vous ne l'aimez donc pas non plus d'amour sincère, La patrie? Et songeant à vos seuls intérêts.
Vous dites, vous aussi : Moi d'abord! Elle après!
RINALDA
Non, non! 11 ne sera pas vrai qu'œuvre si haute. Tout près de réussir, ait manqué par ma faute. Oh! que ne puis-je aussi, par quelque dévoûment, Des avenirs rêvés hâter l'avènement.
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