‹ Par le glaive: drame en vers en cinq actes et huit tableauxChapitre 68 sur 120 · ACTE TROISIÈME 9S · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME 9S

BIANGA

Rien. Ohl rîen. Pardonnez-moi.

RINALDA

Te pardonner? Quoi donc?

BIANGA

Rien. Je n'ai rien à dire.

RINALDA

Je le veux, parle I

BIANGA

Non! Jamais! Je me retire. Souffrez...

(Elle veut 8*élo!gner.)

8TRADA, la fEtisant tiTement passer devant Ini et comme la Jetant devant RInalda.

Si, parle, enfant, parle. Gela vaut mieux.

Ton secret n'est plus tien. Il se lit dans tes yeux.

BIANGA

Ohl non, vous vous trompez, messire, je proteste! Madame, à votre amour le mien n'est pas funeste. Pour monseigneur Guido mon cœur bat saintement Groyez-moi, c'est l'ardeur d'un noble dévoûment, Rien de plus ! Et cela n'a rien qui vous offense. D'ailleurs, je vous l'ai dit, c'est depuis mon enfance. J'étais toute petite... Ainsi, vous voyez bien! Et puis, qu'importe! Gar monseigneur n'en sait rien. Et vous, sa fiancée, et bientôt son épouse, Pouvez-vous d'une enfant du peuple être jalouse? Dites-moi non, madame!... Oh! vous pleurez tout bas!... Vous pleurez? Mais c'est faux! Mais je ne l'aime pas!

RINALDA

Oh 1 SI, tu Taimes ! Rien qu'à sentir lâ morsure

Que tes paroles m'ont faite là (Montrant son cœur), j'en suis sûre.

BIANCA

Si je Taime, c'est vous qui me le révélez!...

Oui, peut-être, en effet, c'est vrai, mes yeux troublés,

Au lieu du chef, ont vu dans Guido le jeune homme

A qui, même ignorant le nom dont il se nomme,

La vierge ouvre son cœur sans le croire en péril,

Comme s'ouvre un rosier aux premiers feux d'avril.

Mais je ne savais pas, madame, je vous jure,

Qu'en l'adorant ainsi je vous faisais injure.

Que vous pourriez souffrir à l'apprendre, et que moi

J'aurais à l'avouer tant de honteux émoi.

Pourtant, ne souffrez pas ! Et moi, n'ayons pas honte!

Cet amour, dont je puis enfin me rendre compte,

Caupable étant secret, il devient innocent.

Puisque j'en vais guérir en vous le confessant.

RINALDA, méprisauto.

G servante infidèle! Elle ose aimer son maître!

BIANCA, fiôre.

Madame, excusez; mais je ne saurais permettre Cette insulte. J'ai dit que j'avais tort; c'est bien. Ménagez toutefois mon honneur plébéien.

11 pourrait se blesser, avec raison, je pense. Que ma franchise eût vos mépris pour récompense. Sans doute à cet amour seule vous avez droit. En suis-je indigne autant que votre orgueil le croit? C'est ce que montrera ma conduite à l'épreuve. Que j'aime fort et bien, pour moi, voici ma preuve.

(Avançant près de la table, puis s'agenouillant devant RinalcU.)

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