SCÈNE X RINALDA, RASPONt
RASPONly soulevant la tenture an seuil de la grand* porte.
Madame, c'est enfin prêt, ce que je diffère
Depuis longtemps. Mon plan va vous être éclairci...
(D'une voix forte et lente.)
Mais, avant tout, un motl Entendez bien ceci,
(En regardant de tous côtés.)
Quiconque est là pouvant m'entendre ! Mes mesures Sont prises contre un vain guet-apens et sont sûres. Qu'il m'arrive mçilheur ici, dans C6 moment, Et vous êtes perdus irrévocablement!
Mes gens sont apostés à toutes les issues.
(Avançant vers Rinalda, et à voix plus basse.)
A présent, voici les choses que j'ai conçues. Si ce que j'ai tramé doit manquer aujourd'hui, Conrad saura demain mon complot contre lui.
Donc il faut que, ce soir, ou je m'en débarrasse, Ou je trouve un moyen de regagner sa grâce.
C'est vous qui choisirez entre les deux. J'attends.
RINALDA
Vite, expliquez- vous ! Vite!
RASPONI
Oh 1 Nous avons le temps»
Sera-t-il la victime ou préférez-vous l'être? lout est là. Vous allez me comprendre. Une lettre Est aux mains de Metzler. Un signal fait d'ici, Et la lettre est remise à Conrad. Or, voici Ce qu'elle contient...
RINALDÀ^ brjsqueraenl.
Quoi? Ce n'est pas vrai.
ACT9 tUàTRIÊME 123
RÂSPONI
Qu'un homme...
RINÂLDA
Infâme t Taisez-vous.
RASPONI
Soyez plus économe D'injure et de mensonge. Â quoi bon désormais? Suis-je votre ennemi? Non. Je menace. Mais De vous seule il dépend que rien ne s'accomplisse. Vous pouvez, au lieu d'être otage, être complice,
(En regardant vers les portes closes.)
Non plus de Galéas et de ses envoyés.
Mais de moil... Votre front s'éclaire, vous voyez!
ill s'éloigne un peu.)
RINALDA, à part, vivement.
'^ ne sait pas que c'est Guido!... lia! je respire!
RASPONI, revenante elle, plus pressant*
Deux lots vous sont offerts. Prendrez-vous donc le pire?
Libre de vous sauver avec moi, qui le veux.
Vous plaît-il de vous perdre en repoussant mes vœux?
RINALDA, hautaine, et passant devant lai pour revenir vers sa chambre^
Vos vœux!... Osez-vous bien me parler de la sorte? Cet amour...
RASPONI, avec une élégante impertinence.
Oh! madame, ayez l'âme plus forte; Connaissez mieux la mienne, et l'homme que je suis. Et, quand je rêve à vous, quel rêve je poursuis.
(D'une façon galante.)
Certe, et je vous en ai, d'une façon discrète,
Donné des preuves, vos attraits...
(Rinalda recule avec un geste de méprit.)
Mais je m'arrête; Ces choses-là viendront plus tard. Pour le moment, Je parle en politique et non pas en amant.
Eh bien! le but de mon ambition jalouse, C'est le pouvoir suprême, avec vous pour épouse.
RINALDA
Moil
RASPONI
Oui, car avec vous leur montrant le chemin J'ai tous les partisans de Rizzo dans ma main.
(Très hypocritement.)
Ah! vous jugez combien je suis net et sincère. N'est-ce pas? Présenter comme un mal nécessaire L'amour que je devrais vous ofiTrir à genoux...
(Comme il avance vers elle avec une expression de désir, elle recule jusqu'au fauteuil contre lequel elle s'appuie avec une altitude défensive.)
Mais je veux aller droit au but. Résumons-nous t
(Fr.oidement et délibérément.)
Donc, si l'alternative est cruelle, elle est claire : D'une part, c'est Conrad averti, sa colère.
Et vos conspirateurs et vous... exécutés; De l'autre part, c'est moi!...
(A. voix insinuante, et embarrassée tout ensembto.)
Seulement, écoutez.
En politique, on pense à tout... Que mon langage Ne vous blesse pas! Mais... Bref, j'ai besoin d'un gage; Et vous devez comprendre, après tous mes aveux. Quel est, pour vous tenir, le gage que je veux.
(Il avance en prononçant ces derniers ois.
■^ RINALDA, passant derrière le fauteuil, ot s*en faisant
^ comme un rempart
* Horreur I