ACTE DEUXIÈME
LLDWIG
Du ton franc et hardi qui convient à mon rôle. Mes camarades sont en nombre et m'ont chargé Do vous dire qu'il faut que tout ça soit changé.
CONRAD
Dieu me damne ! C'est donc une leçon ?
LLDWIG
Je pense.
CONRAD
Ah ! corps du Christ!... Ainsi, voilà ma récompense. Ces gueux, après dix ans de combats, de danger. De misère, on leur donne une ville à manger; Ça n'a plus qu'à jouir grassement et sans luttes; Et ça n'est pas encor satisfait!... Tas de brutes !
(Il Tient tourner autour du fauteuil, en essayant de caresser Riz zo, qui le repousse. LDDWIG
Tas de brutes, soit ! Oui, nous sommes mécontents. Ce que nous regrettons, ô chef, c'est le bon temps Où Conrad n'était pas prince à mine hautaine, Mais bien aventurier de route, et capitaine. Et ne s'endormait pas dans un amour reclus, Et s'appelait Conrad le Loup, et rien de plus.
CONRAD, allant à lui, cl d'une voix grondante.
Ce bon temps-là, c'était un temps de discipline, Ludwig. Ah ! Vous voulez le revoir? Je décline. Je m'endors dans l'amour, je deviens trop clément, Je ne suis plus Conrad le Loup! Ah! ah ! vraiment? Ludwig, te souviens-tu, par les soirs de déroutes, Des exécutions sommaires sur les routes ?
Te souviens-tu (c'était près de Parme, je crois) Des trois sergents mutins qui furent mis en croix? Te souviens-tu du jour, du fameux jour, à Gênes, Où vingt-cinq d'entre vous me chargèrent de chaînes? Avec mon lieutenant ils s'étaient entendus. l,e lieutenant et les vingt-cinq furent pendus. Ah ! c'est ce bon temps-là que la troupe regrette ! Attends un peu.
LU D W I G , peu à peu dégrisé, puis terrifié.
Seigneur...
CONRAD
Tais-toi. (a Mctzier.) Ma garde est prête
METZLER
Oui.
CONRAD, à Rasponi.
Toi, veille au palais. Ceux qui tiennent les ponts, Fais-les doubler.
RASPONI
J'y vais.
CONRAD
Ils sont sûrs?
RASPONI
J'en réponds.
(11 sort par la galerie à droite.) CONRAD
Bien, (a ninaida.) Pardon; je vous laisse un instant.
(A Ludwig.)
Camarade,