‹ Par le glaive: drame en vers en cinq actes et huit tableaux. Représenté pour la première fois sur la scène de la Comédie française, le lundi 8 février 1892Chapitre 67 sur 123 · A«TE TROISIÈME · texte numérisé non relu

A«TE TROISIÈME

BIANCA

Rien. Ohl rien. Pardonnez-mûi.

Rl.NALDA

Te pardonner? Quoi donc?

BIANCA

lîien. Je n'ai rien à dire.

RINALDA

Je le veux, parle !

Non! Jamais! Je me relire.

■^ juffrez...

(Elle veul s"éloigner.)

ST RA DA, la faisant Tirement passer dcrant lai et comme ia jetant derant Rinalda.

Si, parle, enfant, parle. Cela vaut mieux. Ton secret n'est plus tien. 11 se lit dans tes yeux.

BIANCA

Oh! non, vous vous trompez, messire, je proteste! Madame, à votre amour le mien n'est pas funeste. Pour monseigneur Guido mon cœur bat saintement. Croyez-moi, c'est l'ardeur d'un noble dévoûment, Rien de plus! Et cela n'a rien qui vous offense. D'ailleurs, je vous l'ai dit, c'est depuis mon eufance. Jetais toute petite... Ainsi, vous voyez bien! Et puis, qu'importe! Car monseigneur n'en sait rien. Et vous, sa fiancée, et bientôt son épouse, Pouvez-vous d'une enfant du peuple être jalouse? Dites-moi non, madame!... Oh! vous pleurez tout basi... Vous pleurez? Mais c'est faux! Mais je ne l'aime pas!

UINALDA

Oh! SI, lu l'aimes! Rien qu'à sentir la morsure

Que tes paroles m'ont faite là (Montrant son cœur), j'en suis sûre.

BIANCA

Si je l'aime, c'est vous qui me le révélez!...

Oui, peut-être, en effet, c'est vrai, mes yeux troublés,

Au lieu du chef, ont vu dans Guido le jeune homme

A qui, même ignorant le nom dont il se nomme,

La vierge ouvre son cœur sans le croire en péril.

Comme s'ouvre un rosier aux premiers feux d'avril.

Mais je ne savais pas, madame, je vous jure,

Qu'en l'adorant ainsi je vous faisais injure,

Que vous pourriez souffrir à l'apprendre, et que moi

J'aurais à l'avouer tant de honteux émoi.

Pourtant, ne souffrez pas! Et moi, n'ayons pas honte!

Cet amour, dont je puis enfin me rendre compte,

Coupable étant secret, il devient innocent,

Puisque j'en vais guérir en vous le confessant.

RINALDA, méprisante.

0 servante infidèle! Elle ose aimer son maître!

BIANCA, ficre.

Madame, excusez; mais je ne saurais permettre Cette insulte. J'ai dit que j'avais tort; c'est bien. Ménagez toutefois mon honneur plébéien.

11 pourrait se blesser, avec raison, je pense, Que ma franchise eût vos mépris pour récompense. Sans doute à cet amour seule vous avez droit. En suis-je indigne autant que votre orgueil le croit? C'est ce que montrera ma conduite à l'épreuve. Que j'aime fort et bien, pour moi, voici ma preuve.

(Avançant près de la table, puis s"agonouillant devant Rinalda.

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