‹ Par le glaive: drame en vers en cinq actes et huit tableaux. Représenté pour la première fois sur la scène de la Comédie française, le lundi 8 février 1892Chapitre 85 sur 123 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Quand je marche en avant, mes gens n'ont qu'à me suivre.

Non pas, si le combat pour moi seule se livre. Tu songes à moi seule. Eux, songent au pays. En les aventurant pour moi, tu les trahis.

GUIDO

Attendre!.,. Mais enfin, attendre quoi?

R I N .^ L D A , d'une voix à la fois vive et eBobarrass^e.

Qu'il naisse L'ne occasion sûre, où chacun reconnaisse <Ju'il s'agit de sauver Ravenne uniquement, jiestant ici, je peux t'indlquer le moment, l'uis le temps nous permet de trouver quelque gage Qui rassure tes gens contre moi.

GUIDO

Quel langage !

Contre toi! Pourquoi donc?

RINALDA, avec hésitation, de plas en pins haletants.

Parce que... c'est ainsi, Parce que les bourgeois..., le peuple... (a pan.) Ah ! m'y voici, Quelle torture 1 (Haut.) Écoute, et comprends.

(Elle lui prend la main et l'attire auprès d'elle. GUIDO, s'asseyant sur le tabouret.

Pauvre aimée, Je comprends, va! Ce fou, ce souffleur do fumée, A fait devant tes yeux flotter son rêve obscur, El tu crois au brouillard qui te voile l'azur.

(Se levant.)

Ah ! cet hortime ! II est grand ; son rêve est beau, sans doute ; Mais moi, qui le connais à fond, je le redoute. Dieu sait qu'il me chérit; et pourtant, sans regret, A l'œuvre qu'il conçoit il me sàcrifirait.

(Riiialda se levé.)

Il t'a poussée à t'y sacrifier toi-même;

El tu l'as écouté; tu m'aimes comme il m'aime,

Moins que son œuvre; et quand, prêta mourir, j'accours

Vivre toute ma vie en ces instants si courts,

Et chercher, pour partir dans l'orage et les fièvres.

Mon viatique au doux paradis de les lèvres,

l.e paradis est clos; ce fou m'en a chassé;

Et mon cœur est brûlant, et le tien est glacé!

(Il a marché vers elle, et elle a fui devant lui, tournant autour de la table.) RINALDA

Non, le mien brûle aussi, mais d'une amour plus haute. Je ne veux pas que tu te perdes par ma faute. Je veux qu'à mon pays, à toi, mon dévoûment Ne soit pas profitable aujourd'hui seulement. Je veux faire à Ravenne un lendemain prospère.

(Elle est revenue prés du fauteuil.) GUIDO

OÙ tu ne seras pas?... C'est cela qu'elle espère! C'est cela, je devine. Il t'a fait part aussi De ce vœu, ridicule, absurde, celui-ci, Que je prenne pour femme...

RINALDA, à voix tremblante.

Oui, ce vœu...

GUIDO

Je le trouve

nfàme, dégradant, lâche.

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