ACTE QUATlilÈME
r. I N A L D A , se ressaisissant, et d'une voix 1res lente.
Moi, je l'approuve.
Tu l'approuves! Comment, loi, toi!
RINALDA
Oui, nous croyons...
G D I D 0 , à ^onoax sur le faoteuil et tenant Rinalda presque enlacée.
Tais-toi. Tu n'as rien dit. Ce n'est pas toi, voyons! <>'est cet homme qui t'a dicté ces choses folles. Tu répètes, sans les comprendre, ses paroles. Mais ma voix à présent te parle. Écoute-la. Tu ne peux pas penser ce que tu me dis là.
RINALDA, se dégageant.
Ah! Guido, ne fais rien pour abattre mon zèle. Uans cet âpre sentier où déjà je chancelle. Au lieu de m'affaiblir, soutiens plutôt mes pas. L is-moi que tu comprends...
GUlDO
Va, tu ne m'aimes pas !
RINALDA
Cuido. ne doute pas de moi, je t'en supplie.
< \st de tai, de toi seul, que mon âme est remplie.
Kl dans ce sacrifice à mon amour mortel
C'est mon amour encor que je prends pour autel.
Ah! te sacrifier! Pourquoi donc, si tu m'aimes?
RINALDA
Tu le sais bien. Mes vœux, mon cœur, restent les mêmes; 'lais l'outraçe subi...
G U 1 D 0 , en allant vers la chambre de Conrad.
Te l'ai-je reproché?
Est-ce toi la coupable, en ce hideux marché Où ton corps a servi de rançon pour mon frère?
Kn remontant vers la fenèlro, et d'une voix troublée qui dément ce qu'il dit et qui achève la phrase dans des sanglots.)
As-tu démérité de moi? N'on. Au contraire. Tu laisseras ta honte au seuil de ta prison. Victime du devoir, ta sainte trahison Ne fait que m'inciter à t'aimer plus encore. C'est la blessure auguste au front qu'elle décore.
(n tombe assis sur le banc qui garnit l'intérieur de la fenêlre.) RINALDA, de loin.
Hélas! tu peux le croire aujourd'hui! Mais demain? Aujourd'hui, ton amour exalté, surhumain, Voit mon malheur comme un joyau dont il me pare. Mais demain! Le fait reste, et le fait nous sépare.
(Allant vers lui.)
Laisse-moi t'expliquer. Tu souffres, pauvre ami. Je souffre plus que toi. Mais l'œuvre est à demi; .le dois la consommer; j'en ai l'affreux courage. Songe qu'entre nous deux se dresse cet outrage Et que rien ne pourra l'abolir désormais. Tu veux oublier! Moi, je n'oublirai jamais.
(Elle est debout près du banc où Guido est assis.
Ah! Rinalda, tu prends plaisir à nos tortures. A quoi bon évoquer dans les heures futures Ce spectre que je hais, ce spectre que je vois?
(Il se lève; elle lui met la main sur la bouche.)
Plutôt, loin du présent, évoquons autrefois, Le joyeux autrefois de notre amour première, Quand nos cœurs, comme des oiseaux dans la lumière, Planant en plein espoir, chantaient à l'unisson! N'entends-tu pas toujours leur lointaine chanson,