‹ Par un jour de pluie; comédie-vaudeville en un acteChapitre 10 sur 10 · SCÈNE VII HAOUL, JOSEPH, puis CONTRAN · texte numérisé non relu

SCÈNE VII HAOUL, JOSEPH, puis CONTRAN

RAOUL, à part.

Délicieuse !

JOSEPH, apportant une écritoire.

Voilà de quoi écrire, monsieur.

RAOUL

Merci!... {Il écrit rapidement un mot.)

CONTRAN, passant la tête par la porte du fond. Eh bien, dis donc !... Tu y mets plutôt le temps... Viendras-tu, à la fin ?

RAOUL, écrivant, distrait.

Oui, oui, c'est-à-dire non, non.

Comment, non?...

RAOUL

Il nous arrive quelque chose de très agréable. Nous dînons ici...

CONTRAN

Hein?

RAOUL, à Joseph, en lui remettant la lettre qu'il vient d'écrire.

Avec ce mot, le domestique vous remettra nos habits.

JOSEPH

Bien, monsieur. (// sort.)

CONTRAN

Comment, tu fais chercher nos habits ?

RAOUL

A Trouville. C'est ce qu'il y a de plus pratique.

CONTRAN

Tu n'y songes pas ! Je ne peux pas accepter à dîner ici. Je ne connais pas la dame de ce château.

RAOUL

Là! Si tu n'avais pas fait l'ours, j'aurais pu te

présenter... Figure-toi que notre hôtesse est une de mes arrière-cousines I

Comment? tu es parent du vieux dromadaire?

RAOUL

Vieux dromadaire! Vieux dromadaire toi-même!... S'il y avait seulement dix dromadaires aussi ravissants en Afrique, je me ferais Arabe, Touareg, chamelier, je ne quitterais plus le Sahara.

CONTRAN, étonné.

Ah bah ?

RAOUL, s'emballant.

Une personne exquise, fine, gentille, charmante, gaie!... Un dromadaire?... Un biscuit de Sèvres! Un biscuit de Sèvres qui serait un petit Saxe !... Tu me connais... Tu sais si je suis un célibataire endurci !... Eh bien ! il suffit d'un petit museau pareil pour changer les idées les plus radicales.

CONTRAN

Allons bon ! Te voilà amoureux?...

RAOUL

Mais oui... je ne sais pas... je crois... Ça commence! Je suis enthousiasmé !... J'ai envie de sauter comme un enfant!... Je me sens capable d'un tas de naïvetés... Je me sens devenir bête !... Est-ce que c'est l'amour? si oui, c'est rudement bon!... Tiens ! {Il se précipite sur le petit pot de fleurs et effeuille la marguerite.) Un pou!... Beaucoup !... Passionnément !... Pas du tout!... Un peu!... Beaucoup!... Passionnément !... Brave pot de fleurs! C'est passionnément!... Passionnément!...

Il est emballé !

RAOUL, continuant.

Ah! Gontran, je suis content, contentl... J'ai envie d'embrasser tout le monde, le domestique, la bonne, ce pot de fleurs, toi!... Et Dieu sait pourtant si tu es laid î

CONTRAN

Hé là ! Hé là !

RAOUL, de plus en plus enthousiasmé.

Je me sens le printemps dans le cœur, le soleil dans Fâme, le paradis dans le crâne !

CONTRAN

Mais tu es fou, complètement fou!

RAOUL

Je n'ai pas faim, mais je sens tout de même que je vais faire un dîner admirable, admirable!

CONTRAN

Avec tout ça, à quelle heure arriverons-nous chez les Guérandières?.,. N'oublie pas que moi aussi, je dois rencontrer là-bas une femme qui...

RAOUL

Oh ! toi, toi, ça n'a plus d'importance !...

CONTRAN, vexé.

Pardon!...

RAOUL

Si. Ça a de l'importance, mais moins, beaucoup moins... D'ailleurs, tu n'y perds rien. Au contraire.

Nous arriverons plus tôt... Et puis, il n'y a pas à discuter. J'ai accepté pour toi.

CONTRAN

Enfin, soit!

RAOUL, hésitant.

Seulement...

CONTRAN

Il y a un seulement?...

RAOUL

Oui... Il faudra que tu fasses le sourd.

CONTRAN

Quoi?

RAOUL

J'ai dit que tu étais sourd.

CONTRAN

Mais c'est stupide, imbécile!

RAOUL

Ah! pardon, j'ai suivi tes instructions à la lettre. Tu m'as dit de dire que tu étais sourd. Je l'ai dit. Fais le sourd.

CONTRAN

Jamais !

Je ne veux pas passer pour un menteur.

CONTRAN

Et moi pas pour un crétin...

RAOUL

J'aurais l'air de lui avoir monté une mauvaise farce.

GONTRAX

Et moi de la lui monter.

RAOUL

Alors tu ne veux pas faire le soui'd?

CONTRAN

Je ne ferai pas le sourd.

RAOUL

Eh bien, soit!... [Comme s'il allait sortir.) Je vais aller lui avouer la vérité, toute la vérité.

CONTRAN

Cela vaudra mieux.

RAOUL, revenant.

Je lui dirai que tu es un être mal élevé, mal poli et malotru...

CONTRAN, reculant, jjoursuivi par Raoul, très excité.

Quoi?

RAOUL, continuant.

... Que tu as filé pour ne pas lui être présenté...

CONTRAN

Raoul! Je ne veux pas...

RAOUL, même jeu.

... En me chargeant de lui dire que tu étais sourd!... Qu'en outre tu te sers habituellement d'un vocabulaire de charretier!...

CONTRAN

Quoi?

RAOUL, même jeu.

... Et que tu Tas traitée de vieux chameau.

CONTRAN

Moi?

RAOUL, même jeu.

Tu as dit : « Vieux dromadaire » ; moi, je dirai * « Vieux chameau!... »

CONTRAN

C'est infâme ! Tu ne feras pas ça !

RAOUL

Je le ferai si tu ne fais pas le sourd.

CONTRAN

Mais d'abord je ne sais pas.

Comme c'est malin !... Tu n'as qu'à prendre l'attitude impassible d'un monsieur qui ne comprend rien à la conversation.

CONTRAN

J'aurai l'air d'un idiot.

RAOUL

C'est ce qu'il faut.

CONTRAN

C'est très difficile.

RAOUL

Allons ! ne te flatte pas. Tu as des dispositions.

CONTRAN

Ah! Si tu te moques, par-dessus le marché, je... {Entre Blanche.)

RAOUL

Chut!... La voilù !...

SCÈiNE VIII Les Mêmes, BLANCHE, puis ADÈLE

RAOUL

Ma cousine, ma chère cousine, permettez-moi de vous présenter mon ami Contran de Viernies.

BLANCHE, hurlant aux oreilles de Contran qui, faisant le sourd, n'a pas Vair de comprendre.

Enchantée, monsieur, enchantée!

RAOUL

Inutile de crier !... Il l'est hermétiquement

CONTRAN, à part.

Ça va être gai.

RAOUL, à Blanche.

Quant à vous, je ne vous présente pas, puisqu'il n'entend pas.

BLANCHE

Faites au moins les gestes. Par politesse.

RAOUL

Soit ! {Raoul fait cérémonieusement le geste de présenter Blanche à Contran. En même temps, il remue les lèvres, comme s^il disait : « Permets-moi de te présenter ma cousine, madame Blanche de Vairletles. » Mais aucun son ne sort. Blanche et Contran se saluent silencieusement.)

BLANCHE, à Raoul, en souriant.

Vous n'attraperez pas de laryngite I...

CONTRAN, à Blanche.

Je suis ravi, madame, de faire votre connaissance.. . {Blanche, même jeu que Raoul, a Vair de dire : « Moi aussi, monsieur! Moi aussi. »)

BLANCHE, haut, à Raoul.

lia une bien vilaine voix, votre ami.

RAOUL

Comme tous les sourds.

CONTRAN, navré, à part. Et moi qui chante dans les salons!... {A ce moment, Adèle entre et met deux couverts de plus.)

BLANCHE, à Raoul, tandis que Contran reste à lécart, hors de la conversation.

Savez-vous que la conversation téléphonique que je viens d'avoir avec notre vieille amie Guérandières a été tout à fait amusante?

RAOUL

Ah?

BLANCHE

Oui. Elle m'a donné des renseignements sur vous.

RAOUL

Bons?

BLANCHE

Penh I

RAOUL

Comment : peuh?

CONTRAN, à part, embêté.

Ils ne s'occupent pas plus de moi que si j'étais une borne !

3LANCHE, après une hésitation.

H paraît — et pour elle, c'est un vice — que vous êtes un célibataire enragé, fanatique et... RAOUL, vivement.

Ce n'est pas vrai, je vous le jure... C'est insensé-

Ne vous fâchez pas

RAOUL, même jeu.

On fait comme ça des réputations aux gens!... Je proteste, je proteste énergiquement.

BLANCUE

Quelle chaleur !

RAOUL, de plus en plus chaud.

Enfin, pourquoi me fait-on la réputation imméritée d'un célibataire à tout crin ? Parce que je ne suis pas marié? La belle raison!... Il est évident, parbleu, que si j'étais marié on ne pourrait pas m'accuser d'être célibataire... Mais pourquoi suis-je resté célibataire? Parce que je n'ai pas rencontré la femme de mes rêves, mon idéal, l'âme sœur, l'âme cousine, si vous voulez ; une personne affectueuse, tendre, blonde, taille moyenne, yeux bleus, petites dents, petites mains, petits pieds, habillée comme vous, coiffée comme vous, etc..

BLANCHE, avec un geste pour indiquer la présence d' Adèle.

Doucement I Doucement I

ADÈLE, qui a suivi la conversation d'un regard très intéressé.

Madame est servie. (A part.) 11 va bien le noyé I {Elle sort.)

BLANCnE

A table, donc.

RAOUL, allant à la table.

Je suis indigné! Indigné!

CONTRAN, qu'on a laissé à l'écart, à part. Eh bien! moi, on m ouhhe'^... [Il tousse pour attirer V attention de Raoul.) Hem! Hem! {Raoul qui est allé à la table, en suivant Blanche, fait, par derrière, à Gontran un geste rapide qui signifie : « Oui, oui, tais- toi; on va s'occuper de toi. »)

RAOUL, devant la table, à Blanche.

Comment nous plaçons-nous, cousine?

BLANCUE

Vous ici... Moi, au milieu.

RAOUL, vivement et inquiet.

Non, non... Si vous permettez... Vous ici... Moi au milieu... Je veux être à côté de Gontran, pour... pour le surveiller...

BLANCHE, étonnée.

Le surveiller?

RAOUL, embarrassé, en allant chercher Gontran.

Oui... Gomme... comme il est sourd, il a quelquefois des distractions... Par exemple, il lui arrive de... de ne pas manger très proprement.

CONTRAN, furieux, bas à Raoul.

Dis donc.

RAOUL, bas à Contran.

Tais-toi. {A Blanche, en même temps qu'il amène Gontran à table, en le tirant par la manche.) Alors, je tiens à rester à côté de lui, pour... pour le rappeler à l'ordre, en cas de besoin...

BLANCHE

Comme vous voudrez... [On s'assoit à table.) CONTRAN, à part, en mettant sa serviette. Est-elle jolie ! C'est une femme comme ça, qu'il me faudrait.

BLANCHE, offrant des hors-d' œuvre.

Vous allez faire honneur à mes hors-d'œuvre, je pense... Tout un choix de zakouskis...

CONTRAN, aimable et s'oublient.

J'en raffole, madame...

BLANCHE

Tiens... Mais il semble... Est-ce qu'il comprendrait? {Gontran, ainsi rappelé à Vordre, se croit obligé, jjour faire le sourd, de manger goulûment, en souriant chaque fois que Blanche le regarde.)

RAOUL

Lui?... Pas du tout... De temps en temps, il essaye de se mêler à la conversation, où il lance un son inarticulé : Ah!... Ahl... en faisant un sourire... Tenez, regardez-le...

BLANCHE

Un vrai sourire d'idiotl...

RAOUL

Dame ! [La figure de Gonlran se rembrunit immé' diatement.)

BLANCHE

Tiens ! Il ne sourit plus.

RAOUL

Il ne sourit pas tout le temps.

Il n'a vraiment pas l'air intelligent I

RAOUL

C'est une brute !

CONTRAN, furieux, bas à Raoul.

Ah! mais! Ah I mais!...

RAOUL, lui passant un plat pour le faire taire. Mange. [Gontran mange avec rage; à Blanche.) Il faut tout lui pardonner, à cause de son infirmité...

BLANCHE

On peut être sourd et avoir tout de même un peu d'éducation. Madame de la Guérandières m'a dans le téléphone raconté sur votre ami des détails très peu flatteurs...

^NTRAN, s'arrêtant de manget

Ah?

BLANCHE

Il a fait : Ah I

RAOUL, en envoyant, sous la table, un coup de pied à Gontran.

Oui... Le son inarticulé... dont je parlais... Ah 1 ah I {Bas à Gontran.) Tais-toi donc.

CONTRAN, bas à Raoul.

Flûte I

BLANcnE, levant la tête.

Pourquoi dit-il flûte?

Il a dit flûte?... Ahl oui, flûte l... C'est une flûte de pain ; il veut une flûte de pain! (.4 Gontran.) En voilà, du pain [H lui passe vivement la corbeille à pain.)

BLANCHE

Il paraît, d'après madame de la Guérandières, qu'il est un personnage tout à fait impoli, insociable...

CONTRAN, s'arrêtant de manger.

Ohl

BLANCHE, levant la tête.

Il fait ; oh !

RAOUL

Oui, oh!... Ça veut dire de l'eau! Cette fois, il veut de l'eau. (A Gontran, avec des gestes expressifs.) Tiens ! Voilà la carafe. Mais laisse-nous tranquilles à la fin... (A Blanche.) Il est insupportable!... J'aurais tant de choses à vous dire, gentilles, aimables, et il faut tout le temps s'occuper de lui...

BLANCHE

Je ne comprends pas qu'un homme aussi fin, aussi élégant que vous...

RAOUL, flatté.

Hé!

BLANCHE, en souriant.

Oui... (Continuant.) ... soit lami de ce sauvage. [Gonlran mange et boit avec une rage croissante.)

Je l'ai connu tout petit.

BLANCHE

Savez- vous une chose, mon cousin?...

RAOUL

Quoi donc?

BLANCHE

Il paraît qu'il veut, malgré tout, se marier.

RAOUL, faisant Vétonné.

Non?

BLANCHE

Si !... Madame de la Guérandières vient de me dire qu'elle a pitié de lui et qu'elle lui cherche une femme...

RAOUL

Ah bah?

BLANCHE

Elle prétend même qu'elle a trouvé une victime...

CONTRAN, à part.

Et je ne peux rien dire !

BLANCHE

Quelle femme, dites-moi, mon cousin, quelle femme pourra bien vouloir d'un homme comme ça?

RAOUL

Je me le demande !

BLANCHE

Il faut avoir tué père et mère pour épouser un pareil ruslre...

CONTRAN, qui mange avec rage et manque de s'étrangler.

Non ! Tout de même ! (// tousse, ayant avalé de

travers.)

BLANCHE

Qu'est-ce qu'il a?...

RAOUL, frappant le dos de Contran.

Rien ! Rien !... Il étouffe... Un os qui lui est resté dans la gorge... Ça lui arrive souvent... parce que... parce que..,

BLANCHE, avec une légère ironie.

Parce qu'il est sourd ?

RAOUL, embarrassé.

Oui,... non... oui... Mais... [Inquiet.) Une question, ma cousine...

BLANCHE

Dites...

RAOUL

Est-ce que par hasard, dans votre conversation téléphonique avec madame de Guérandières, vous auriez parlé de... [Montrant Gontran.) de son infirmité?

BLANCHE

Non.

RAOUL, rassuré.

Ah ! Tant mieux ! Tant mieux 1

BLANCHE

Pourquoi ?

RAOUL

Parce que... Parce que vous auriez fait une jolie gaffe. Notre excellente amie devient elle-même dure d'oreille.

BLANCHE

Je n'ai pas remarqué.

RAOUL

Si, si... [Pour changer la conversation, tandis que Contran continue à manger et à boire d'un air rageur.) Mais ne parlons plus d'elle. Elle est absente. Ne parlons plus de lui. Il est sourd... Parlons de vous, de nous... Laissez-moi vous dire que vous êtes jolie, ravissante...

BLANCHE, essayant de Varrêter.

né là, mon cousin I

RAOUL

Que vous êtes pleine de charme, de grâce, d'élégance...

BLANCHE, pour changer la conversation.

Comment trouvez-vous mes zakouskis?

Excellents, divins, inoubliables... Ils seraient d'ailleurs gâtés, fades et détestables que je les trouverais encore exquis, fins et délectables puisqu'ils sont servis à votre table... Tiens 1 C'est presque un versl...

BLANCHE

Qu'avez-vous, mon cousin ?

RAOUL, s' emballant.

J'ai que ce soir toutàne paraît beau, léger, parfait. J'ai, que je suis un homme heureux, j'ai que je bénis le ciel qui m'a mouillé, transpercé, fondu, puisque c'est grâce à cette inondation providentielle que j'ai eu le bonheur de faire votre connaissance... Car sans cette bienfaisante ondée je ne vous aurais jamais connue.

BLANCHE

Mais si...

RAOUL

Comment ça?

BLANCHE

Tiens I C'est vrai... J'ai oublié de vous dire... Mais c'est de votre faute. Vous m'étourdissez... Il était écrit que nous devions nous rencontrer.

RAOUL

Ah?

BLANCHE

Ce soir.

Ce soir?

BLANCHE

Chez les Guérandières...

CONTRAN

Hein?

RAOUL, en même temps.

Chez les Guérandières?...

BLAXCHE

J*étai3 invitée à passer la soirée au château de Borneville...

RAOUL

Vous''

GOTTRAS, abasourdi, à part.

C'est elle! {Haut, en se levant de table.) Oh ! oh! oh : oh !

BLANCHE, se levant, étonnée.

Quoi ? Qu'est-ce qu'il a ?

RAOUL, se levant et se précipitant vers Contran; à Blanche.

Rien !... Rienl...

CONTRAN

Par exemple î Par exemple I

RAOUL, à Blanche.

Un accès de folie 1

CONTRAN, très excité, bas, à Raoul.

Elle que je devais épouser I

RAOUL, bas, à Gontran.

Tais-toi.

CONTRAN, bas, à Raoul.

Et elle me plaît ! Elle me plait !

RAOUL, bas, à Gontran, en te maintenant.

Tais-toi donc. (A Blanche.) Excusez-le. Ça lui prend de temps en temps.

CONTRAN, violemment.

Non, non... C'est trop, c'est trop ! Je ne peux plus... J'éclate. (// s'échappe des mains de Raoul qui le maintenait et va à Blanche.)

BLANCQË

Qu'est-ce qu'il dit ?

RAOUL

Il est fou !

CONTRAN, énergique.

Non, madame, je ne suis pas fou.

BLANCHE

Quoi?

J'ai tout mon bon sens...

BLANCHE, jouant la stupéfaction.

Comment?... Vous... vous entendez?

CONTRAN

Oui, j'entends...

BLANCHE

Vous n'êtes donc pas sourd ?

CONTRAN

Non, je ne suis pas sourd...

BLANCHE, souriant, à Gontran.

Eh bien! voulez-vous que je vous dise?... Je le savais...

CONTRAN et RAOUL

Vous le saviez?

BLANCnE

Le coup de téléphone m'avait renseignée.

CONTRAN

Oh ! pardon, madame.

RAOUL

Pardon...

Et ce que j'ignorais, je l'ai deviné...

CONTRAN

Eh bien! oui, par mauvaise humeur, par colère, j'ai refusé de vous remercier de votre hospitalité et j'ai dit à Raoul de prétexter stupidement une surdité pour m'excuser de mon impolitesse. Cependant vous ne pouvez pas men tenir rigueur...

BLANCHE

Oh ! pas du tout.

CONTRAN

Vous ne le pouvez pas, parce que si j'étais furieux, c'était par crainte de manquer le rendez-vous où je devais avoir le bonheur de faire votre connaissance.

BLANCHE

C'est vrai...

CONTRAN

Aussi dites-moi que vous ne me tenez pas pour un grossier personnage...

BLANCHE

Je vous le dis.

CONTRAN

Que VOUS ne me tenez pas pour un homme qui manque d'éducation...

BLANCHE

Je VOUS le dis.

Et puisque madame de La Guérandières avait projeté de nous unir, puisque le sort nous destinait l'un à l'autre, que vous me permettez d'espérer, d'espérer malgré tout...

RAOUL, écartant Gontran.

Ah ! mais non ! Ah ! mais non ! .. .

CONTRAN, écartant Raoul.

Pardon ! C'est à madame de répondre... [Blanche ne dit rien.)

CONTRAN

Allons! Vous ne répondez pas?... Pourquoi?

BLANCHE, souriant.

Je... je suis sourde.

CONTRAN, qui ne comprend pas.

Sourde ?

BLANCHE, se rapprochant de Raoul auquel elle tend la main à baiser.

A mon tour... Parce qu'il n'y a pas de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre.

RAOUL, baisant la main de Blanche, à Gontran tout penaud.

Je te l'avais bien dit que le ciel te punirait.

Ah! Zut! zut! zul! (// tombe assis sur la chaise^ près de la table, et, de colère, absorbe un grand verre de vin.)

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