‹ Par un jour de pluie; comédie-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 10 · SCÈNE VI RAOUL, puis BLANCHE, puis JOSEPH · texte numérisé non relu

SCÈNE VI RAOUL, puis BLANCHE, puis JOSEPH

RAOUL, s'apprêtant à éternuer.

Est-il désagréable aujourd'hui, cet animal-là ?'... Atchi... Atch!... C'est un rhume... (// étale son grand mouchoir à carreaux devant le nez pour éternuer, quand entre Blanche.)

BLANCHE

Monsieur !

RAOUL

Ah! pardon, madame, je,... je... {A part, éternuant.) Tcharmante !

A vos souhaits.

RAOUL, même jeu.

Merci, madame. [A part, derrière son mouchoir.) Très gentil le dromadaire !

BLANCHE

Toutes mes excuses, monsieur!... La femme de chambre vient de m'apprendre qu'on vous a donné un mouchoir ridicule.

RAOUL, le montrant.

Mon Dieu!... On peut trouver mieux.

BLANCHE, lui offrant un petit mouchoir de batiste. Veuillez prendre celui-ci.

RAOUL, acceptant le mouchoir.

Il est plus joli, et offert avec un si charmant sourire !

BLANCHE

Oh I monsieur.

RAOUL

Mon nez, madame, vous remercie de tout son cœur. [Portant le mouchoir au nez.) Gorylopsis?

BLANCHE

Oui.

RAOUL

Exquis!... Mais à mon tour de m'excuser... J'aurais voulu me présenter dans une tenue un peu plus... un peu moins... Je vous assure qu'à l'ordinaire je m'habille avec plus d'élégance !

BLANCUE

C'est impossible !...

RAOUL, montrant gaiement son pantalon bleu.

Et dire, madame, qu'il y a des gens qui voudraient remettre à la mode l'habit de couleur. Voilà ce que ça donne.

BLANCHE

Vous prenez vos déboires gaiement.

RAOUL

Mais je suis impardonnable... Je ne me suis pas présenté : Raoul de Mantaine.

BLANCHE, surprise.

Ah ! mais, monsieur, vous êtes mon arrière-petitcousin !

RAOUL

Ah! bah!

BLANCHE

Par les Blandu du Chénovisse.

RAOUL

A qui donc ai-je l'honneur?

BLANCHE, se présentant.

Blanche de Vairlettes 1

PAR UiN JOUR DE PLUIE 29

RAOUL

Eh Y oui ! Mon grand-père de Courbeton était né Boulanger-Bergamotte.

BLANCHE

Et ma grand'mère Bérangère était une Bergamotte-Grandfeu.

RAOUL

Or Anna de Boulanger-Bergamotte était une Chénovisse.

BLANCHE

Et Guy de Boulanger-Bergamotte était Chénovisse aussi.

JRAOUL, cordial, en offrant la main.

Bonjour, cousine.

BLANCHE, serrant la main offerte.

Bonjour, cousin.

RAOUL

Comme on se retrouve, cousine !

BLAXCHE

Asseyez-vous donc, cousin.

RAOUL

Impossible, cousine.

BLANCHE

Pourquoi, cousin?

RAOUL

Il faut que je reparte, cousine.

Déjà, cousin ?

RAOUL

A cause de mon compagnon, cousine.

BLANCHE

Au fait cil est-il donc ?

RAOUL

Excusez-le... Il m'attend dehors... il a une petite infirmité qui le gêne dans les conversations.

BLANCHE

Il est muet ?

RAOUL

Non, sourd... seulement sourd... Il n'entend pas.

BLANCHE

Pauvre garçon !

RAOUL

D'ailleurs je regrette, je regrette beaucoup d'être obligé de m'en aller si vite, car j'ai une cousine exquise.

BLANCHE

Et moi un cousin fort aimable.

RAOUL

Au revoir, cousine.

Au revoir, cousin. {A part.) 11 est très bien.

RAOUL

Mais j'y songe... N'auriez-vous pas le téléphone?

BLANCHE, en sonnant.

A votre disposition...

RAOUL

Mon ami et moi, nous allons être obligés de

rentrer à Trouville pour nous changer... Je voudrais avertir les amis chez lesquels nous allions dîner. {Joseph entre.)

BLANCHE, Vapercevant.

Ahl... {A Raoul.) Avec qui faut-il vous faire donner la communication?

RAOUL

Avec le château de Borneville.

BLANCHE et JOSEPH, ce dernier à part.

Hein ?

BLANCHE, vivement.

Comment? Vous allez au château de Borneville?

RAOUL

Oui.

BLANCHE

Chez les Guérandières?

Oui.

BLANCHE

Pour y dîner ?

RAOUL

Oui.

JOSEPH, à part.

C'est le futur.

BLANCHE, à part.

Ce n'est pas le sourd... Donc c'est lui !

RAOUL

Vous avez l'air tout étonné 1

BLANCHE, embarrassée.

Moi?... Non... Oui... je... je pense simplement que le hasard... est grand... Tout à Theure... je retrouve un petit cousin... Et maintenant je rencontre... l'ami d'amis...

RAOUL

Et les amis de nos amis...

BLANCHE

...Sont nos amis... [Se décidant.) Mon cousin, je vais vous faire une proposition,

RAOUL

Laquelle ?

Dînez avec moi.

RAOUL

Mais...

BLANCHE

Joseph ira à Trouville chercher vos vêtements.

JOSEPH, furieux, à part.

Allons, bon!

BLANCHE

Vous les mettrez ici. S'il repleut je vous ferai conduire chez les Guérandières... C'est beaucoup plus pratique.

JOSEPH, même jeu.

Je ne trouve pas.

RAOUL

En effet, c'est beaucoup plus pratique. Cependant vraiment je crains d'abuser.

PAR UIV JOUR DE PLUTE 63

BLANCHE

Voyons, vous ne pouvez pas refuser ça à votre vieille cousine.

RAOUL

C'est très séduisant.

BLANCHE

Laissez-vous séduire. Je serai ravie de faire avec vous plus ample connaissance... Nous avons tant de parents communs!

RAOUL

Et tant d'amis !

BLANCHE, montrant le couvert.

Et puis, voyez, j'allais dîner tristement, toute seule... Ce ne serait pas charitable.

RAOUL

Oui, mais...

BLANCHE

Mais quoi ?

RAOUL

Et mon compagnon?

BLANCHE

Eh bien, il dînera avec nous. Il ne sera pas gênant.

RAOUL

Pas gênant. Pourquoi ?

BLANCHE baissant la voix, à Raoul.

Puisqu'il est sourd !

RAOUL, embêté.

Ah, oui, oui ! C'est vrai, il est sourd.

BLANCHE

Allons ! C'est entendu. {A Joseph.) Monsieur vous donnera un mot pour son domestique à ïrouville.

RAOUL, à part.

Il faudra qu'il fasse le sourd.

BLANCHE, à Raoul.

Je vais téléphoner moi-même aux Guérandières.

RAOUL

Non, non je ne permettrai pas...

BLANCUE

Si... si... J'ai d'ailleurs à dire quelque chose de très intéressant à ma vieille amie Estelle,... pour mon compte. Ça l'amusera beaucoup d'apprendre que vous êtes venu échouer justement chez moi. /)^Elle sort.)

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