SCÈNE II PIERRE, RAOUL et CONTRAN, puis ADÈLE
RAOUL, entrant.
Ah ! c'est par ici?... Quelle douche! Quelle douche ! {Raoul retire son manteau d'automobiliste qui est ruisselant. En dessous, il est en habit. Son col trempé n'est plus qu'un chiffon, ainsi que son plastron et sa cravate. Il est très gai, aussi gai que son compagnon est maussade et rageur.)
CONTRAN, entrant derrière Raoul.
Oh ! cette eau, dans les yeux, dans les oreilles, partout. {Il s' essuie les yeux, le cou, les cheveux, d'un air furieux, puis retire également son manteau. Il
est, comme Raoul, en habit, avec col, plastron et cravate en piteux état.)
RAOUL, à Joseph.
Vous êtes le domestique?
JOSEPH
Oui, monsieur.
RAOUL
Pour l'amour du ciel, ayez pitié de deux pauvres noyés. Faites-nous sécher nos manteaux.
JOSEPH
11 faut d'abord que je demande à madame.
RAOUL
Suppliez-la à genoux, votre madame. Elle doit être bonne, votre madame. Elle ne peut pas vouloir notre mort.
JOSEPH
J'ai envoyé la femme de chambre... Ah! la voici!... (A Adèle qui entre.) Eh bien?
ADÈLE
Joseph, j'ai raconté la chose à madame... Elle m'a dit : « Prenez garde. Ce sont peut-être des voleurs. »
CONTRAN, bougonnant.
Charmant !
ADÈLE
Mais j'ai répondu que ces messieurs n'en avaient pas l'air.
RAOUL, riant.
Trop aimable.
ADÈLE, à Raoul et à Gontran.
Oh! j'ai dît ce que je pense. On voit tout de suite que ces messieurs ne sont pas des cambrioleurs. (A Joseph.) Alors, madame m'a dit de vous dire de vous mettre à la disposition de ces messieurs.
JOSEPH
Bon ! {Elle sort.)
RAOUL, à Joseph.
Ah ! Le ciel la récompensera!... quand il se sera remis au beau!... Eh bien, puisque votre maîtresse est si charitable, je vais vous demander tout de suite un grand service.
Je suis aux ordres de monsieur. {Le bruit de pluie cesse.)
RAOUL
Mon manteau m'a protégé le milieu du corps... mais le haut et le bas sont dans un état pitoyable ! CONTRAN, qui vient d'ôter son col, rageant. Regarde-moi ce col. ..
RAOUL, montrant gaiement sa cravate.
Et cette cravate !
CONTRAN, sombre.
Quant à mes pieds...
RAOUL
N'en parlons pas... Ils baignent. Et il n'y arien de plus désagréable, n'est-ce pas, qu'un bain de pieds quand on ne le prend pas exprès.
CONTRAN, allant et venant en secouant ses pieds. Zut! zut! zutl
RAOUL
Allons! Ne fais pas cette tête. Souris un peu. Ce n'est pas un drame.
CONTRAN, de plus en plus en colère.
Tu m'embêtes. J'ai le bas de mon pantalon qui me colle. Si tu crois que c'est gai !
RAOUL, à Joseph.
Est-ce que le maître de la maison ne pourrait pas nous prêter, pour une demi-heure, des foulards, des pantoufles, de vieux pantalons ?
JOSEPH, souriant. Ce sera difficile.
RAOUL
Pourquoi ?
JOSEPH
Parce que le maître de la maison est une dame.
CONTRAN
Allons, bon !
JOSEPH
Les pantoufles de madame seraient sans doute un peu étroites... Quant à ses pantalons... CONTRAN, grommelant.
En eff'et, je ne me vois pas bien dans un de ses pantalons.
RAOUL, riant.
Moi non plus. Mais vous, mon ami, est-ce que...
JOSEPH
Ohl moi, monsieur, c'eût été avec plaisir. Mais nous arrivons d'aujourd'hui. J'ai laissé ma malle à la gare, et j'ai tous mes vêtements sur moi.
CONTRAN
Voilà bien notre veine !
JOSEPH
Mais il reste le jardinier.
RAOUL
Va pour le jardinier.
J'y cours, monsieur. {Il fait un mouvement de sortie.)
RAOUL, l'arrêtant.
Ne le dévalisez pas tout à fait. Vous pouvez lui laisser son sécateur.
JOSEPH, souriant.
Ces messieurs peuvent toujours commencer à se déshabiller.
RAOUL
Ici?
JOSEPH
Eh! oui, ces messieurs voient... On a été obligé de mettre le couvert dans ce salon... Toutes nos autres chambres sont encore dans la naphtaline. Il n'y a que cet endroit et la chambre de madame... RAOUL, riant.
Oh ! nous lui laissons sa chambre.
JOSEPH, riant.
Ces messieurs sont galants I (// sort.)