‹ Par un jour de pluie; comédie-vaudeville en un acteChapitre 5 sur 10 · SCÈNE III RAOUL, CONTRAN · texte numérisé non relu

SCÈNE III RAOUL, CONTRAN

CONTRAN, allant, venant, et retirant rageusement son habit et son gilet.

Alors, maintenant, il va falloir se déguiser en jardinier?

RAOUL, enlevant également son habit et son gilet.

Oh ! je t'en prie, ne bougonne plus.

CONTRAN

Il y a pourtant de quoi ! Je ne comprends pas ta tonne humeur.

RAOUL

Et moi, pas ta mauvaise. Sous prétexte que tu es trop mouillé tu fais la binette d'un monsieur qui a envie de se fiche à l'eau.

CONTRAN

Enfin, à quelle heure allons-nous arriver maintenant chez les Guérandières ?

RAOUL

Si la pluie cesse, nous pourrons peut-être repartir tout à l'heure.

CONTRAN

Et tu crois que je vais me présenter au château en costume de jardinier ?

RAOUL

Pourquoi pas? On nous blaguera. Ce sera très amusant.

CONTRAN

Jamais de la vie ! Je suis un homme correct, moi I

RAOUL

Merci !

Non, non, non!

RAOUL

Alors, il ne nous reste qu'une combinaison : retourner à Trouville, changer de vêtements, prendre le premier train pour Borneville...

CONTRAN

Et nous arriverons au dessert ?

RAOUL

Nous téléphonerons qu'on dîne sans nous.

CONTRAN

Tu arranges ça comme ça, toi ! Ça te semble tout simple? Tu es stupide.

RAOUL

Voilà que tu m'attrapes encore ! Mon petit Gontran, tu n'es pas dans ton état naturel. Tu attaches à ce dîner chez les Guérandières une importance ! Ce n'est pas possible! Tu m'as caché quelque chose...

CONTRAN

Eh bien, oui, là...

RAOUL

Je me disais bien... Tu as mis une heure à ta toilette. Tu te vaporisais ! Tu te bichonnais ! Tu te frisottais !

J'aime à être propre...

RAOUL

Non, non, non. Mon petit Gontran, il y a une femme là-dessous.

CONTRAN

Eh bien, oui. (// lui passe une lettre.) Lis cette lettre de la vieille madame de Guérandières... Je ne t'ai rien dit plus tôt par crainte de tes plaisanteries. Je connais tes idées sur le mariage.

RAOUL

Sale cachottier !

CONTRAN

Tu vas savoir pourquoi je suis si embêté de ce contre-temps.

RAOUL, lisant.

« Mon cher Gontran, venez sans faute dîner lundi au château. Vous savez que je me suis juré de vous marier. J'ai cherché pour vous le merle blanc et, comme (// déchiffre avec peine.) comme A... Ar... Archi..?» A-t-elle une sale écriture?... [Trouvant.) Ah ! Archimède ! {Lisant.) « Et comme Archimède je puis m'écrier : Eurêka 1 Cette personne, vous ne la con-

naissez pas, elle ne vous connaît pas et elle ne sait rien encore de mes projets. Vous jugerez ainsi avec plus de liberté. J'ai invité également votre ami RaouL » {Haut.) Ça, c'est gentil! (Lisant.) « Si je vous avais invité seul, cela aurait eu trop Tair d'une entrevue arrangée!» (Haut.) Alors, quoi? je suis invité par-dessus le marché, moi? Je suis la dame de compagnie, le bouche-trou? {Entre Joseph.)

Tais-toi... Le domestique! {Pendant la fin de cette scène, Raoul et Contran^ Vun caché derrière la table dont la nappe tombe bas, Vautre derrière le canapé^ ont enlevé leurs pantalons.)

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