‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 1 sur 187 · CONCILES PROVINCIAUX, GALLICANISME ET LITURGIE · texte numérisé non relu

CONCILES PROVINCIAUX, GALLICANISME ET LITURGIE

L'année 1849 vit appliquer en France une des plus fructueuses dispositions du concile de Trente, la tenue des conciles provinciaux. Ce retour à l'ancienne discipline ne pouvait s'accomplir sans se heurter tout d'abord au quatrième des articles organiques où la volonté du Premier Consul avait décrété : « Aucun concile national ou métropolitain, aucun synode diocésain, aucune assemblée délibérante n'aura lieu sans la permission expresse du gouvernement. » Or en France les pouvoirs politiques qui se succèdent et se ressemblent le moins se transmettent pourtant comme un héritage la variété de toutes les dispositions hostiles à l'Eglise. Tout ce qui est limitation de ses droits semble acquis pour toujours. A ce titre le quatrième des articles organiques était cher aux canonistes d'Etat. Précisément à cette heure-là même la santé de M. de Falloux très gravement compromise l'avait éloigné pour un instant des conseils du ministère; il n'en était que plus facile au gouvernement, sans courir le risque d'aucune protestation, de prendre auprès de l'archevêque de Paris une initiative destinée dans sa pensée à sauvegarder les droits de l'Etat. Il invita l'archevêque à solliciter l'autorisation prescrite par l'article quatrième. Mgr Sibour n'eut garde de tomber dans le piège. Il se borna à répondre que demander cette autorisation équivalait pour lui à reconnaître à l'Etat le droit d'empêcher la tenue des conciles et à valider ainsi une loi radicalement nulle contre laquelle Rome n'avait cessé de protester. Un décret du 16 septembre 1849 s'empressa d'octroyer une permission que nul n'avait sollicitée : il autorisait pour l'année courante la tenue des synodes et des conciles provinciaux. Ce décret légèrement ridicule fut prorogé et étendu à l'année suivante par une disposition en date du 22 mai 1850; dans la suite le gouvernement se découragea d'accorder chaque année

une permission qu'on ne demandait pas, dont nul ne lui savait gré et que les premiers intéressés s'accordaient à repousser comme une injure. Le concile de Paris s'ouvrit le 17 septembre 1849; Reims (Soissons), Tours (Rennes), Bordeaux suivirent. On put espérer un instant que l'église de France allait par le moyen de ces grandes réunions triennales revenir à la discipline canonique d'autrefois. Il fut même décidé au concile de Paris que la longue interruption de la tenue de ces conciles, la variété et l'importance des décisions à prendre autorisaient les évêques à se réunir tous les ans durant le premier triennat.

Une question se posa tout d'abord qui touchait personnellement — nous devrions dire, qui visait personnellement — l'abbé de Solesmes : les abbés, prélats des monastères, ont-ils dans le concile provincial une place de droit? Et si le droit leur donne place au concile, est-ce à l'évêque diocésain, est-ce au métropolitain que revient la charge de les convoquer? La question fut agitée dans les journaux et, en l'absence de connaissances historiques ou canoniques suffisantes, résolue au hasard des sympathies de chacun. L'Ami de la religion, il fallait s'y attendre, prit parti contre les abbés ou plutôt prétendit qu'il n'en existait plus, les prélats réguliers n'ayant aucune juridiction en dehors de leur monastère (1). La question n'avait d'ailleurs dans la province de Paris aucune application, faute de monastères et d'abbés; mais elle était d'un réel intérêt pour la province de Tours, dont le concile convoqué à Rennes comprenait huit évêques et six abbés. L'archevêque de Tours, Mgr Morlot, malgré l'expression de certaines répugnances, n'hésita pas un instant : « Le droit historique est évident, disait-il, et ne le fût-il pas, je ne me résignerais pas à me priver des ressources si précieuses qui me sont offertes dans un homme de cette valeur et de ce caractère (2). » C'était de dom Guéranger qu'il pariait ainsi, sans fane mystère d'ailleurs des appréhensions qui lui avaient été témoignées. On redoutait tout bas la compétence de l'abbé de Solesmes; mais pour ne l'avouer pas, on feignait de craindre pour la dignité du concile l'âpreté de sa parole et l'intransigeance de ses principes. H ne l'ignora point. L'évêque élu de Poitiers, menacé lui-même par le retard de ses bulles de n'avoir point place au concile de Bordeaux, lui livra en termes affectueux la confidence de ces anxiétés, en même temps qu'auprès du métropolitain il se portait garant de l'esprit de paix, de conciliation, de juste déférence envers l'épiscopat que dom Guéranger se ferait un devoir d'apporter au concile (3).

Dans l'esprit de tous cette reprise des conciles semblait destinée à

(1) L'Ami de la religion, 11 et 29 septembre 1849, n05 4825 et 4833, t. CXLII, p. 687,

(2) Lettre de Mgr Pie à D. Guéranger, 2 octobre 1849.

(3) Lettres du 2 et du 28 octobre 1849.

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