II
fins inconnus. Grâce au quatrième livre d'Esdras, vous savez donner un nom à ce qui est sans nom. Inconstabilitio hominibus!
Comme si l'hommage rendu à l'abbé de Solesmes eût été une joie personnelle pour Pie IX, il adressa à l'évêque de Poitiers un bref où il se disait heureux lui-même qu'en remplissant le devoir de l'amitié, Mgr Pie eût montré dans la personne et dans toute la vie de dom Guéranger « un instrument providentiellement préparé de Dieu à la France pour y relever les ordres religieux, un appui à l'Eglise romaine pour rétablir l'uniformité des rites détruits par le vice des temps, pour mettre en un plus grand jour les droits et privilèges du siège apostolique, pour réfuter les erreurs et les opinions vantées comme la gloire de notre époque (1) ». L'évêque de Poitiers donna à son clergé communication du suffrage apostolique.
Lors du service anniversaire, une autre voix bien chère aux catholiques s'éleva à son tour auprès de la tombe de l'abbé de Solesmes. Elle ne se borna pas à redire ce que l'évêque de Poitiers avait dit pour toujours. Le 16 mars 1876, l'évêque d'Angers, Mgr Freppel, renouvela un sujet qu'on aurait pu croire épuisé par tant d'éloges et, commentant la parole du psaume quarante-neuvième : « Sacrificium laudis honorificàbitme, et illic iter quo ostendamilli salutareDei:Le sacrifice de louange est l'honneur que j'attends de mon sénateur, c'est la voie par laquelle je lui manifesterai le salut de Dieu », il s'appliqua à déterminer le ressort intime qui a donné le branle à toute la vie de l'abbé de Solesmes et explique l'étendue de son influence. Ne serait-ce pas, se demandait l'orateur, que dom Guéranger a été, comme le dit le souverain pontife, « un vrai disciple de saint Benoît, vents Benedicti discipithis », un moine, l'homme de la louange divine, et, comme tel, l'homme de Dieu, l'homme de l'Eglise, l'homme de l'Eglise romaine? Une fois encore, l'auditoire émerveillé vit passer sous ses yeux le tableau rapide des œuvres de dom Guéranger, jaillissant en quelque sorte dans une admirable et vivante spontanéité de la source bénie de la profession monastique. Avec le sens profond des évêques de grande doctrine, Mgr Freppel saluait la résurrection, en notre France, de la vie religieuse, et applaudissait à chacun de ses accroissements.
Puisse-t-elle se multiplier cette légion des disciples de la perfection, pour l'honneur et l'édification du peuple chrétien! Puisse le sol béni de la France se couvrir à nouveau de ces abbayes et de ces monastères, jadis Tune de ses gloires les plus pures! Puissent-ils se rallumer au souffle de l'Esprit de Dieu, ces foyers célèbres de doctrine et de sainteté, de science et d'érudition! Puisse-t-il refleurir parmi nous et embaumer nos solitudes, ce rosier de saint Benoît, image d'une
(1) Rref Gaudemus autem, 29 mars 1875.