‹ Paraboles de Sendabar sur les ruses des femmesChapitre 14 sur 21 · LE FILS DU ROI ET LE BAIGNEUR · texte numérisé non relu

LE FILS DU ROI ET LE BAIGNEUR

Le fils d'un roi vint un jour dans un établissement de bains , pour s'y baigner. II était extrêmement replet et avait un tel embonpoint, que eela le rendait difforme ' . Le maître des bains se mit à pleurer en le voyant ainsi. Le fils du roi lui demande alors :

« Pourquoi pleures-tu ? »

L'autre répond :

f( Parce que je sais que ton père est aimé dans tout son empire, grâce à la justice avec laquelle

<M. Sengelmann a retranché ce conte licencieux , que j'aurais supprimé comme lui et par le même motif, si je ne m'étais fait une loi de ne rien omettre ^e cette antique composition. Cependant la décence ne me permet pas de traduire ce passage littéralement.

il gouverne le peuple. Mais je vois aujourd'hui que sa mémoire périra, car il a un fils qui ne pourra lui donner d'héritiers. »

a D'où sais-tu cela? » dit le fils du roi.

« Je vois bien, répond le maitre des bains, qu'il est impossible pour toi d'avoir des enfants, comme les autres hommes. »

Le jeune prince réplique : a Je t'en prie , prends ces cent pièces d'or, et amène-moi, dans le bain , une belle femme que je puisse entretenir pendant toute la journée ; peut-être acquerrai-je la certitude que je puis avoir une postérité. )>

Le maitre des bains, là-dessus, se dit en luimême :

« Il ne peut avoir de relations avec une femme , je ne risque donc rien de lui amener ma propre femme, qui est très belle, et je met* trai en poche les cent pièces d'or. »

n conduisit donc sa femme auprès du jeune prince, qui resta avec elle dans le bain. Le mat-

tre des bains se met à une fenêtre poar regarder, et aperçoit une chose dont il ne se doutait nullement, n se rendit aussitôt à la porte de la

salle de bains , et apostropha sa femme en ces termes :

« Jusqu'à quand resteras-tu là, courtisane ?

Ne sortiras-tu donc pas ? »

La femme lui répond : «c Pourquoi sortirais^ je? Lorsque tu me places jusqu'au soir auprès du prince, je ne dois pas le quitter ayant le soir. »

Le- maitre des bains quitte sa maison là-dessus, et va mettre fin à ses jours en. se pendant ' .

d Et toi y mon seigneur et roi , prends mes paroles à cœur , pour qu'il ne t' arrive pas la même chose qu'à celui-là , et pour que tu n'aies pas recours au suicide, à cause du meurtre de ton fils. Prends encore ceci à cœur : qu'autant les

^ ivvTtKoiiy page 48. Ce conte se troave aassi dans le Lwre dM Sept Sages*

femmes flOQt plus faibles que nous quant à rioteUigenoe, autant elles sont plus poissaDtes par leur adresse. Le renard le cède à tous les ammaux pour la force , mais il les surpasse tous pour la ruse. De même Dieu a d'autant moins accordé de pénétration aux femmes, qu'il leur a donné plus d'astuce, pour que par là elles puissent être puissantes. C'est ainsi qn'Elfaruk fut vaincu par l'astuce de sa femme 9 lui qui surpassait tous les hommes de son temps en force. »

c( Quelle est cette histoire? » demanda le roi au conseiller.

«.teat-KM.-**

L'AMANT , LA FEMME ET L'ESCtAVÉ.

Elfaruk, dit-il ,. était un cavalier dans le paya de Si^ar. Un jour il s'eo alla pour combattre contre un ennemi. Pendant ce temps sa femme envoya un message à son amant, pour l'engager à venir Ja trouver. L'amant lui envoya un jeune e3olav& pour préparer sa réception.

La femme vit le jeune garçon et il lui plut.

Gomme l'amant s'apercevait que son esclave tardait beaucoup à revenir, il prit son glaive et se rendit chez sa maltresse* Mais Qelle-ci l'aperçut par une fenêtre , et cacha à la b^te le jeune esclave dans une chambre intérieure.

Puis elle se livra aux plaisirs de l'amour avec son amant. Mais voilà que Elfaruk , son mari ,

survint ; elle l'aperçut, comme il traversait la porte. Elle se dit alors :

<c Si je cache mon amant dans rappartement intérieur, il trouvera là son esclave. »

Elle lui adressa donc la parole :

n Debout! tire ton glaive, et place-toi

devant la porte de la cour ; crie et gronde , et si mon mari parie , ne lui réponds pas. »

L'autre fit cela. Elfaruk arriva sur ces entrefaites , et lui dit : ' ,

<c Qu'est-ce que tu as dond ? »

Mais lui ne répondit pas ; il cria davantage et continua à gronder. Alors Elfaruk entra dans sa maison et demanda à sa femme ce qae voulait cet homme.

c( Mon seigneur , répondit-elle , cet homme s'est enflammé de colère contre son esclave, il l'a poursuivi en brandissant son glaive ; le garçon s'est sauvé et est venu ici : voilà pourquoi l'autre reste là et crie , comme tu le vois. »

Notre galant se retira alors , et Elfaruk dit à sa femme :

(( Grâces te soient rendues ! car tu as sauvé le jeune garçon ^ »

<c C'est pourquoi , mon seigneur et roi , mé* fie-toi de l'astuce des femmes ! )>

Alors le roi donna l'ordre de ne pas faire mourir son fils.

Le sixième jour , arriva le tour de la femme ; elle s'adressa au roi en invoquant l'histoire des Juifs.

^ jwtitoiç y page â9. Ce conte est Vnn de ceux de Sendabar qui ont en le plus grand succès ; on le retrcaye dans la Discipline cléricale de Pierre Alphonse , dans le Décaméron de Boccace, dans les Facéties daPoge , dans les Sermones convivales de Gast , dans les Contes de d'Oor? ille, et dans d'autres recueils facétieux.

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