LE BUCHERON
Un bûcheron vieux et pauvre avait coutume
d'aller dans une forêt voisine de la ville, pour y chercher une charge de bois. Un jour que Théophile le rencontra y pliant sous le faix, il se dit en lui-même : c Mon Dieu, je te remercie de ce que jusqu'à présent, tu m'as fait la grâce de m'éviler la peine d'aller chercher mon bois. Cependant des épreuves de toute nature oppressent quelquefois si fort mon âme , que je les échangerais volontiers contre un fardeau matériel , si je ne considérais pas que c'est à toi et non à moi qu'appartient le choix de ce que l'homme doit porter. Et pourquoi me refuserais-je à porter la croix de mon Seigneur Jésus? Mon Dieu, je te prie, place et pèse, dans la même balance, mon fardeau et ma patience:
en même temps que tu imposes l'un , donne aussi l'autre I Si tu me fortifies par ta grâce, aucun faix ne sera trop lourd pour moi : ta force s'accomplira dans ma faiblesse. ( II Cor. , XII, 9). Je ne me plaindrai pas, mon Dieu; seulement je me réjouirai dans l'espérance, qu'au sortir de ce monde , délivré enfin de tout fardeau, je m'avancerai, libre et léger, vers les cieux, sous la conduite de tes saints anges, lo
LE CHANT DE l' ALOUETTE. .
Il est constaté qu'à l'approche du printemps, l'alouette est le premier de tous les oiseaux qui fasse entendre son chant. Un jour, comme Théophile l'écoutait, il s'écria: « Ah! mon Dieu, ne devrais-je pas me réjouir comme cet oiseau, et chanter une hymne à ton honneur , moi qui possède l'espérance ceirtaine que l'hiver pénible de la vie passera bientôt, et fera place à l'été de la résurrection et de la gloire éternelle ! Seigneur ! mon âme jette des cris d'allégresse , mon cœur tressaille , mon esprit se réjouit , lorsque je pense que tu as sauvé ceux qui t'aiment. Les croyants sont en butte ici-bas aux intempéries d'un hiver rigoureux; la charité se refroidit dans le cœur de l'homme , parce que l'iniquité s'est multipliée {^li^iiih, y XXIV, 12 ). Souvent tes enfants sont opprimés et violentés ; un abîme appelle fin autre abîme au bruit de tes canaux; toutes tes vagues passent sur eux. (Ps. XLII, 8). Le monde est pour eux une glace unie, qu'ils doivent franchir dans un péril continuel; et tous les biens de la terre sont pareils à
la neige qui resplendit aux yeux et qui bientôt se dissout et se fond. Mais près de toi, bon Dieu, dans ton paradis, toujours vert et fleuri, nous trouverons notre été. Ah I Seigneur Jésus, je t'entends par avance dire à mon âme : Lèvetoi, ma grande amie^ ma belle^ et t'en viens. Cary voici, l'hiver est passé, la pluie est passée et s'en est allée; les fleurs paraissent sur la terre, et la voix de la tourterelle a déjà été ouïe dans notre contrée (Gant, des cant., II , 10-12). mon Dieu , déchire ce ciel visible, afin que je puisse voir l'invisible. J'ai assez de l'ombre ténébreuse de ce monde, fais-moi contempler la substance de ta magnificence. Ah ! que le temps s'envole, que les années s'enfuient, que ma vie s'achève, afin que j'arrive à ce lieu de délices où je verrai enfin mon Seigneur! j>