LA MAISON DU POTIER
Un jour, Théophile vit devant la maison d*uii potier plusieurs piles de vases d'argile posées à terre, qui lui rappelèrent cette parole du Seigneur à son \iTophe\e : Lève-toi , et descends dans la maùon d'un potier, et là , je te ferai entendre mes paroles {îév,, XVIII, 2). « Ah 1 se dit Théophile, que sont les hommes, sinon des vases de terre? De même que ceux-ci sont tous faits d'argile et ne diffèrent entre eux que par la forme, le plus ou moins de couleurs et le plus ou moins de cuisson que le potier a jugé bon de leur donner, ainsi les grands et les petits, les riches et les pauvres sont formés d'une même terre, et si l'un reçoit plus d'honneurs, de dons, de biens que l'autre, il doit en remercier la main généreuse du Chef suprême.
Cependant le plus favorisé des hommes n'en demeure pas moins , comme tous ses semblables , un vaisseau fragile , une créature mortelle , et il ne doit pas oublier que le sceptre de fer du Seigneur peut, d'un moment à l'autre, le briser et le mettre en pièces, comme un vase de po* tier (Ps. 11, 9). Quant à celui qui estime qu'il
lui a été refusé des grâces et des dons , qu^il réfléchisse que le Très-Haut ne lui est redevable de rien. Qui es-tu, ô homme! pour contester avec Dieu ? Le vase d'argile dira-t-il à celui qui Va formé : Pourquoi m* as-tu fait ainsi (^om.^ IX, 20)?
» Mon Dieu ! tu es notre potier, et nous som« mes ta terre , ton argile. Irai-je te prescrire comment tu dois me façonner et m'orner? Non, sans doute ; seulement je te prie de me rendre un vase d'élection, un monument de ta miséricorde et d'accomplir en moi et par mot ta volonté sainte, juste, bonne et parfaite. Cela me suffît , et je ne désire aucun autre ornement, i
l'exemple d'écriture.
En visitant une école, Théophile s'arrêta de* vaut un jeune garçon qui s'efforçait de copier son modèle avec exactitude. — c Remarquez, dit Théophile aux assistants, comme toute per* feclion résulte de l'imperfection. Ce n'est que par beaucoup de fautes qu'on apprend à bien faire. On n'exige pas de cet enfant que son écriture soit du premier coup semblable au mor
— Ifâ -
dèle, mais on se contente de ses essais répétés dans l'espoir qu'il finira par acquérir une bonne écriture. Nous avons aussi un exemple que le Seigneur Jésus nous a laissé (1 Pierre, II, 21) , savoir, la perfection de sa vie sainte. Mais ne pensez pas qu'il exige plus de nous qu'un maître d'école exige de son élève. Si nous demeurons dans une contemplation assidue de son image et si nous faisons de constants efforts pour lui ressembler, il supporte nos fautes avec patience, et nous donne, par son Esprit de grâce, la force de progresser de jour en jour. L'apprentissage du chrétien doit durer toute sa vie. Les meilleurs élèves sont ceux qui restent continuellement à l'école de Jésus-Christ, je veux dire qui ont toujours l'image de leur maître devant les yeux , qui s'efforcent de lui ressembler de plus en plus , sans être jamais satisfaits d'eux-mêmes et de leur imitation. Mais dans ce travail , il faut éviter deux écueils : la nonchalance et le découragement. Du premier naissent la paresse et la sécurité ; du second , la tristesse et le désespoir. Le ciel n'est pas ouvert uniquement aux parfaits et aux forts; il l'est aussi aux imparfaits et aux faibles, pourvu qu'ils reconnaissent leurs fautes avec une humble repentance et qu'ils cherchent à croître dans la grâce de Jésus-Christ.
% Mon Dieu y ne méprise pas mon impuissance. J'apprends , mon Père ! Mon temps d'école n'est pas achevé ; néanmoins que mon ceavre imparfaite te soit agréable I Souvent le peu de succès de mes efforts me suggère la pensée de renoncer à imiter mon glorieux modèle ; ton* tefois, je ne veux point me laisser rebuter ; tant que je vivrai , je tendrai à la perfection ; mais je n'y parviendrai , ô mon Dieu , qu'à tes pieds^ dans ton ciel. »