‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 65 sur 73 · LA FLORAISON DES ARBRES · texte numérisé non relu

LA FLORAISON DES ARBRES

Après quelques beaux jours de printemps , les arbres se trouvèrent complètement fleurie,

Un jour que Théophile les admirait en se promenant dans son jardin, avec un ami, il prit la parole en ces termes : — t Ces arbres ont plus de fleurs qu'ils ne donneront de fruits, ils témoignent pour ainsi dire leur intention de bien remplir leur tâche, mais ils seront plus ou moins empêchés par des circonstances extérieures de réaliser toutes les espérances qu'ils nous donnent. C'est ainsi que les cœurs chrétiens sont désireux et empressés de servir et d'aimer Dieu. Us disent souvent : < Ah ! Seigneur, si j'avais en moi l'amour de tous les anges et de tous les hommes, je n'aimerais que toi; si je possédais cent mille cœurs, je te les donnerais tous ; si je savais parler toutes les langues du monde, je les emploierais à te louer et à exalter ta gloire. Âh I comme dorénavant je veux être joyeux et diligent à ton service I Et combien je regrette d'avoir connu si tard la profondeur de ton amour étemel I Méchants , reiirez'^voiis de moi , et je garderai les commandements de mon Dieu (Ps. CXIX , 445). » Cest là le temps de la floraison pour Tenfant deDieu, et cette floraison se fait par l'influence intérieure du Saint-Esprit et par la force pénétrante de l'amour de Christ ; mais, hélas I c'est à peine si la dixième partie des fleurs fructifie. Cependant si l'homme se réjouit à la vue d'arbres couverts de fleurs ,

Dieu éprouve aussi du plaisir à voir s'épanouir les premières fleurs de la foi dans des cœurs désireux de porter des fruits de justice , et il encourage leurs petits commencements. — Seigneur, use de patience envers moi et daigne accepter les fleurs et les prémices de ma piété ! purifie mon cœur et bénis-moi, afin que je devienne toujours plus fertile. »

l'ame angoissée.

Un voisin de Théophile était tourmenté par des pensées blasphématoires qui obsédaient si fort son esprit , qu'on l'amena à Théophile dans un état moral proche du désespoir. Théophile s'entretint longtemps avec lui , l'instruisant et le consolant au moyen de la Parole de Dieu, et ne le laissa aller que lorsqu'il l'eut tranquillisé et rassuré. Après quoi il dit aux personnes présentes :

€ C'est dans des circonstances de ce genre que l'on peut apprécier surtout la souveraine eflicacité des consolations divines et le néant de celles du monde. Dans un cas semblable à celui-ci y le monde , en effet , malgré sa sagesse ,

ses voluptés y son luxe, sa puissance, n'est rien et ne peut rien. Allons , ô monde , mets-toi à rœuvre ! Approche-toi d'une âme angoissée.

Console-la ; réjouis-la, si tu peux. Place-lui une couronne royale sur la tête et un sceptre à la main; garnis ses doigts d'anneaux précieux; orne ses bras de bracelets d'or; entoure son cou d'un collier des plus belles perles; fais briller sur sa poitrine les joyaux les plus rares ; présente-lui le vin le plus généreux dans des coupes étincelantes ; jonche son sentier de fleurs; fais-lui entendre une musique harmonieuse; conduis-la dans un jardin princier; fais-la asseoir sur une couche riche et moelleuse ; ouvre-lui tous tes trésors , mets en jeu toutes tes séductions; puis vois si tu as trouvé le remède propre à soulager un cœur désespéré. Ou bien si tu trouves que ces choses sont trop coûteuses pour être offertes à chacun, aie recours à celles où le plus grand nombre de tes adeptes cherchent habituellement leurs joies : fais apporter un cruchon de bière ou quelques bouteilles d'eau-de-vie ; prépare les pipes ; pose les dés et les cartes ; fais venir les ménétriers , et puis vive la joie! Plaisantez, tapagez, criez, chantez! Ensuite, regarde si tout cela peut consoler un homme et le délivrer de son angoisse. Non, tu es impuissant , ô monde! tu es

forcé de reconnaître que tous tes appâts y tous tes plaisirs, toute ta splendeur n'ont aucune efficacité, et que ta consolation n'est rien, ne vaut rien, n'est capable de rien.

i> Ah I enfants des hommes ! pourquoi donc aimez-vous tant le monde? pourquoi abandonneZ'Vous la source des eaux vives, pour vous creuser des citernes crevassées qui ne peuvent contenir des eaux (Jér., II, 13)? Pourquoi abandonnez-vous le Dieu de toutes consolations, pour vous cramponner à un monde , lequel est semblable à une pomme deSodome, belle audehors, mais pleine de cendres au-dedans; ou bien encore à du bois pourri, qui brille dans l'obscurité comme s'il était plein d'ardeur, mais qui trompe l'attente de quiconque veut s'y chauffer? Âhl Seigneur Jésus, tu as les paroles de la vie éternelle (Jean, VI, 68). Ton cœur nous aime , ta bouche nous pardonne , tu nous tends une main secourable. En toi est la volonté et l'exécution. En toi est la source intarissable de la vie. J'ai trouvé souvent le monde faux, mais toi, jamais. Aussi quand même tous te délaisseraient, moi je chercherai sans cesse à me rapprocher de toi ici-bas, afin de ne jamais te ^quitter dans l'éternité . »

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