LE ZÉRO
En voyant un jeune garçon occupé à chif-
frer , Théophile dit un jour : c L'arithmétique peut suggérer de nombreuses et bonnes ré* flexions; cependant, pour cette fois, je ne m'occuperai que du zéro. Un homme sage se trouvant à son lit de mort fit chercher ses amis afin de leur laisser un souvenir. Comme il ne pouvait plus parler, on lui donna de l'encre et une plume dont il se servit pour tracer deux zéros sur du papier. Après sa mort ses amis se donnèrent beaucoup de peine pour découvrir la signification de ces deux zéros. La plupart crurent qu'il avait voulu donner à entendre que le corps et l'âme avaient chacun leur cercle d'activité , et que , lorsqu'ils l'avaient parcouru , ils retournaient à leur origine , le corps à la terre et l'âme à Dieu (Ecclés., XII, 9). Je penserais plutôt qu'il avait voulu représenter le néant des choses de ce monde , lesquelles , semblables à une longue colonne de zéros additionnés, donnent un résultat nul. vous , hommes savants, qu'est votre science? une vapeur enivrante qui vous captive ^ainsi que d'autres, et qui bientôt se dissipe. Vous sages , qu'est votre prudence ? une toile d'araignée péniblement tissée, mais qui n'est propre qu'à prendre des mouches. Vous magistrats, que sont vos charges? une ombre vers le déclin du jour, qui s'étend d'autant plus qu'elle est près de disparaître. Vous riches,
qu'est votre superflu ? une rose avec ses épines : la rose se flétrit, les épines restent. Vous amis du plaisir, que sont vos joies? un songe brillant qui ne laisse au réveil que des désirs inassouvis. Or, le monde étant un zéro, il est clair qu'il n'a rien à donner, car comment soustraire quelque chose de zéro ? Et cependant les enfants de Dieu connaissent la science qui de rien peut faire quelque chose. Quel est le moyen de donner une valeur à plusieurs zéros? C'est de placer devant eux un chiffre quelconque. De même, si j'avais le monde entier, sans posséder la grâce de Jésus-Christ , il ne me servirait de rien; mais si je place mon Seigneur devant les choses du monde, c'est-à-dire, si les acceptant avec humilité et reconnaissance de la main de mon Rédempteur , je les emploie à son service, dans la foi et dans l'amour, alors elles acquièrent une grande valeur.
> Seigneur Jésus I hors de toi , toutes choses ne sont rien. La richesse n'est rien si elle ne sert à soulager les pauvres; les dignités ne sont rien si elles ne cherchent leur gloire dans ton ignominie et dans ta couronne d'épine; la sagesse n'est rien , si elle ne te connaît pas ; les joies ne sont rien , si elles ne sont pas sanctifiées par ta croix. En somme , le monde comme monde n'est rien : Christ seul est tout. >
— iM —