‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 70 sur 73 · LE MENDIANT · texte numérisé non relu

LE MENDIANT

Un vieillard pauvre , après avoir longtemps erré ici et là pour demander l'aumône, s'assit, accablé de lassitude , au pied d'un mur et appuya sa tête contre une borne. C'est dans cette triste position que Théophile le trouva. Il l'aborda, et après lui avoir demandé quelques détails sur ses circonstances particulières , il le consola par de bonnes paroles et lui promit de s'occuper de suite des moyens les plus propres à lui venir en aide.

« Ah I mon Dieu , se dit alors Théophile , comme tes voies sont impénétrables , comme tes jugements sont incompréhensibles I Cependant tu les dispenses avec sagesse. Un homme nage dans l'abondance et satisfait tous ses désirs ; un autre n'a pour abri que la voûte des cieux , et pour lit que le pavé des rues I Le premier est peut-être ton ennemi, le second ton ami et ton enfant. Mon Dieu , que t'ai-je donné de plus que cet autre Lazare? Rien. Et quelle est ma supériorité sur lui? Je n'en ai aucune , sinon que mes péchés sont peut-être plus nombreux, et que j'ai reçu (quant au temporel)

plus de grâces de toi. Mon Père ! ton prophète nous dit : Heureux celui qui se conduit sagement envers l'affligé! l'Etemel le délivrera au jour de la calamité (Ps. XLI, 2). Cette parole devrait nous porter à sympathiser davantage aux douleurs des pauvres et à nous efforcer de les diminuer. Souvent le monde murmure à l'aspect d'un indigent; il dit : c Ce vagabond s'est peut-être précipité dans la misère par sa propre faute, i Mais moi je sais que de même que de hauts personnages se sont quelquefois travestis avec des haillons pour scruter les sentiments de leurs partisans y ainsi mon Seigneur se cache, sous le manteau du mendiant, afin d'éprouver mon cœur et de découvrir si l'argent ne m'est pas plus précieux que lui. Non , non , mon Rédempteur y tu ne passeras jamais devant moi comme un inconnu; je te reconnaîtrai sous tous les déguisements possibles. Je te remercie d'avoir daigné venir à moi aujourd'hui et de m'avoir demandé un secours. Je m'intéresserai à ce pauvre délaissé et je chercherai à soulager sa misère. Ah I mon Dieu , produis en moi le vou^ .loir et le faire selon ton bon plaisir (Phil. , II y 13) y et que mon activité te soit agréable. Tu viens à présent à ma porte, bientôt j'irai à la tienne ; ouvre-la toujours pour me faire part jde tes grâces célestes 1 »

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