LE CRAPAUD
Un jour , Théophile aperçut , près d'un épais buisson de sauge, un énorme crapaud qui, à sa vue, se cacha à l'ombre de cet arbrisseau. — « Il est donc vrai , se dit-il , que cet animal venimeux aime cette noble plante et demeure volontiers à son ombre , quelques soins que la houe prenne à l'en éloigner, p Après une profonde méditation , Théophile pensa que ce fait lui dépeignait l'état moral d'un homme qui possède une belle apparence de piété, mais dans le cœurdquel se cache, comme un reptile immonde, quelque sentiment d'hostilité contre son prochain. — « Il croît et se développe comme ce vigoureux arbuste, se dit-il; il perfectionne par une étude persévérante certains dons qu'il a reçus de Dieu; il mène une vie honorable ; il fréquente le service divin, il prie, il chante , il fait part de ses biens aux pauvres, mais il éprouve à l'égard de quelques-uns de ses semblables une
antipathie et une inimitié dans lesquelles il persiste, sous prétexte de droit et de justice. Cette haine et cette inimitié sont le venin qui empoisonne sa vie entière et qui la rend de nulle valeur devant Dieu. i> — Quand même je parlerais toutes les langues des hommes et même des anges y et quand même f aurais le dmi de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et la science de toutes choses , et quand même je distribuerais tout mon bien aux pauvres^ si je n'ai pas la chor rite, je ne suis rien (1 Cor., XIII, 2,3).