Parades inédites [par] Th.S. Gueullette. Avec une préf
J. publiait, dans la Revue de France, deux articles très inte'ressants sur le magistrat ilThomas-Simon Gueullette, bien connu au XVIIIe siècle par ses ouvrages d'érudition, ses contes orientaux et son théâtre, mais qui venait de se révéler à lui sous un aspect aussi piquant qu'inattendu.
En aidant le petit-fils de Favart dans le dépouillement de ses papiers de famille, Nicolle avait découvert un gros volume manuscrit dont le contenu était fait pour le surprendre. Il s'agissait d'un recueil de farces portant pour titre : Parades de M. Gueullette, et précédé d'une lettre conçue en ces termes :
Monsieur Gueullette à Monsieur Favart.
Je vous envoyé, Monsieur, ainsi que je vous l'ai promis, le recueil de mes parades que je puis bien appeler delicta juventutis meœ. Comme je ne les ai arrangées qu'en espèce de canevas, je me serois bien gardé de les laisser voir au public. Mais, n'ayant pu les refuser à M. de Paulmy (qui même en avoit joué avec nous), sous condition qu'elles ne sortiroient point de ses mains, un infidèle copiste, comme
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vous le savez, Monsieur, en a mésusé. M. Fanier en ayant eu besoin en Saxe pour procurer quelques divertissemens, dans un genre nouveau, au roy de Pologne et à la famille royale, me les demanda, il y a environ dix ans ; je les lui envoyay par la voie de l'ambassadeur, ne croyant pas, en faveur de notre très ancienne amitié, devoir le priver d'une satisfaction qui pouvoit lui être utile. Elles luy procurèrent beaucoup de complimens de toute la cour par la façon dont il fit exécuter et dont il exécuta luy-mesme les scènes qu'il choisit et qu'il travailla d'après les canevas. Il me tint très religieusement la parole qu'il m'avoit donnée de n'en tirer aucune copie, et au premier voyage qu'il fit en France quelque temps après, il me remit le recueil que je vous envoyé.
Vous pouvez, Monsieur, aujourd'huy en faire tel usage qu'il vous plaira, aux conditions de me remettre mon manuscrit le plustost qu'il vous sera possible, de le faire copier chez vous, afin qu'il ne soit point égaré.
Je suis charmé de trouver cette occasion de vous prouver la considération, l'amitié, l'estime avec lesquelles je suis à vous, Monsieur, et à madame Favart.
Votre très humble et très obéissant serviteur.
J'y joins deux autres parades que vous pouvez garder. 11 y en a une troisième à ma campagne, intitulée : Les Fausses Envies, que je vous feray copier.
Nul doute, par conséquent, sur l'identité des parades contenues dans le manuscrit. Elles étaient bien de Gueullette, qui les appelait delicta juventutis mece; il racontait leur histoire et, tout en autorisant Favart à en faire tel usage qu'il voudrait, il lui demandait d'en avoir grand soin. Or, à l'exception de trois ou quatre, Nicolle constata que toutes les parades du manuscrit étaient précisément celles qui figurent dans le Théâtre des bou-
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levards imprimé en 1756. Ainsi les bibliographes avaient fait fausse route en les attribuant à Salle, à Moncrif, à Fagan, à Collé, etc., etc. Elles appartenaient à Thomas Gueullette!
Quant aux trois parades mentionnées dans le postscriptum de la lettre à Favart, et qui ne font point partie du volume manuscrit, les deux premières sont, suivant toute apparence, Caracataca, Caracataqué et le Muet aveugle, sourd et manchot, imprimées dans le Théâtre des Boulevards et, chose singulière, les seules que la bibliographie ait conservées à notre auteur. J'ai eu la bonne fortune de trouver la troisième, les Fausses Envies, et de la publier chez M. Jouaust en 1878.
La restitution tardive à Gueullette d'une partie de son bien est appuyée par Nicolle de documents irrécusables, et M. d'Heylli, qui réédita le Théâtre des boulevards en 1881, contresigne cette restitution dans sa notice intitulée: « Le véritable auteur des Parades ».
Après ces travaux érudits, il n'est plus de doute possible sur la question de propriété. Mais il me reste à compléter l'œuvre de mes confrères en ajoutant à l'actif de Gueullette les parades inédites que possède de lui la Bibliothèque nationale. Elles sont nombreuses et d'une telle saveur que le libraire Delahays les avait notées pour sa Bibliothèque gauloise à paraître, et que, dans le catalogue de cette publication, restée à l'état de projet, il s'était empressé de les annoncer sous leurs différents titres.
Nicolle mentionne, à la vérité, ce volume inédit, mais sans y arrêter son attention, et ma préface des Fausses Envies n'est qu'à demi concluante à leur sujet. Depuis, au contraire, ma conviction s'est formée, et c'est après examen impartial et approfondi que j'apporte au lecteur une affirmation positive.
IV PRÉFACE
Toutes les parades du manuscrit catalogué à. la Bibliothèque nationale sous le n° 9340 et qui provient de la vente Soleinne appartiennent indubitablement à Gueullette. Ce manuscrit est entièrement de sa main, et, en tête, figure une préface pour les parades (1740-J742) avec la de'signation : par M. G. S. D. P. D. R., ce qui signifie par M. Gueullette, Substitut du Procureur du Roi.
J'ajoute que la façon dont le recueil est disposé et coordonné permet de croire que l'auteur le destinait à l'impression : « Cette préface, écrit-il en marge, est dans le goust des avant-propos que M. Palaprat a joints à toutes ses pièces de théâtre dans la dernière édition qu'il a donnée au public. » N'est-ce pas là une justification évidente du procédé dont il entendait user luimême pour la présentation de'son propre volume ?
Ce n'est pas tout, Gueullette annonce, en tête du recueil, qu'il a personnellement rédigé ces parades sur des thèmes anciens, et il ajoute de sa main, après chaque titre, la mention : Par M. G., comme s'il voulait se confirmer encore la propriété de la pièce.
Mais il serait puéril d'insister davantage sur une paternité suffisamment établie et j'arrive, sans plus m'attarder, au volume et aux différentes parades qui le composent.
Suivant la table, reproduite par Delahays dans son catalogue, il y en aurait trente-cinq. Mais la division est défectueuse en ce qu'elle donne une scène, un simple incident pour une pièce. La vérité est que le manuscrit de Gueullette renferme quatre parades, deux en trois actes et deux en un seul, se subdivisant elles-mêmes en un certain nombre de tableauxauxquels l'auteur attribue un sous-titre. C'est le classement le plus logique à mon avis, et je crois bonde l'indiquer au public.
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Après le Prologue de l'Opérateur viennent deux dialogues : Le Pet à vingt ongles et Cracher noir.
Première Parade (trois actes) : Les Cornets. — Le Testament de Gille. — La Bouteille au cul. — Le Point d'honneur. — Le Petit Jacquot. — Tu feras le ménage. — Le Cartel. — Les Valets hors de condition. — La Conspiration. — Le Docteur en teste.
Deuxième Parade (un acte) : Les Lapins. — Le Mort sur le banc ou le Comte de Regniababo. — Gille barbier. — Le Repas imaginaire. — Le Mémoire de dépense. — Le Portrait. — Le Chat. — L'Araignée.
Troisième Parade (trois actes) : Les Braves d'Ostende. — Les Métiers. — Le Tailleur. — La Succession. — Le Contrat de mariage de Gille* — Le Maistre de grammaire. — Le Maistre à danser. — Le Maistre dz civilité. — Taratapa, eoïis. — L'Amant désespéré. — Le Repas de nopee. — La Tarentule.
Quatrième Parade (un acte) : Les Quatre Cuillerées de soupe. — Le Combat des poltrons. — Le Cérémonial pour les coups de bâton.
Maintenant que j'ai donné, par anticipation, la table des matières et que le théâtre de Gueullette va se trouver complété par la publication du présent recueil, je ne crois pas inutile de dire un mot de l'auteur, afin que le public, édifié sur les mérites du magistrat érudit, n'attribue point à ses parades une importance qu'elles ne sauraient avoir.
Thomas-Simon Gueullette, né le 2 juin i683, appartenait au meilleur monde. Sa famille était noble et portait « d'orau dextrochère au naturel, sortant d'un nuage d'azur et tenant une tige à trois fleurs de gueules de loup également au naturel. » Placé d'abord chez les jésuites, puis au collège de la Marche, il y avait fait de
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brillantes études et acquis une si rapide instruction que d'avocat au Parlement il était devenu, dès l'âge de vingtsix ans, substitut du procureur de Sa Majesté au Châtelet, puis conseiller du Roi, toutes qualités qui lui valurent le commerce des beaux esprits de son époque et, notamment, des comtes de Morville, de Tressan, de Caylus, du marquis de Paulmy, etc., etc.
Mais ce n'est point sur ses relations sociales qu'il convient surtout d'insister. Ce dont il faut louer Gueullette, c'est de sa nature essentiellement studieuse et de sa prodigieuse facilité de travail; c'est, enfin, de la façon vraiment extraordinaire dont il sut se multiplier et réunir, dans sa seule et même personne, un magistrat actif, un érudit consommé, un conteur et un auteur dramatique dont l'esprit et l'imagination étaient sans cesse en éveil.
Substitut du procureur du Roi, il en remplit la charge jusqu'à sa mort (22 décembre 1766) avec une telle supériorité que ses chefs ne manquèrent jamais de lui confier les affaires les plus délicates et les plus ardues. Responsabilité continuelle, labeurs incessants qui n'empêchèrent point Gueullette de se livrer, au Palais, à des recherches de la plus haute importance. Les Archives nationales conservent en effet, de lui, une volumineuse collection d'arrêts et de sentences des juridictions criminelles qui remontent à 1 191 et qu'il a toutes annotées de sa main. Quand l'affaire était intéressante, il la développait lui-même sur des feuillets encartés qui forment alors de gros cahiers et deviennent des documents précieux à consulter.
Érudit, il a laissé des travaux considérables. Poulet- Malassis, dans son ouvrage sur les ex libris, parle de la splendide bibliothèque que possédait notre magistrat dans sa maison de Choisy-le-Roi, près de son théâtre