‹ Parades inédites [par] Th.S. Gueullette. Avec une préfChapitre 103 sur 109 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

PRENS-TOUT, LAISSE-RIEN

Prens-Tout.

Parbleu, camarade, tu t'amuses à la moutarde, pendant qu'il y a quatre heures que je te cherche dans tous les endroits où nous avons coutume d'aller.

Laisse-Rien.

Me voilà. De quoy s'agit-il?

Prens-Tout.

Tu ne sçais donc pas ce qui se passe?

Laisse-Rien.

Non, vraiment; y a-t'il quelque chose de nouveau?

Prens-Tout.

Ouy, et de très singulier. Ce butor de Gille, que nous avons dupé tant de fois, et encore aujourd'huy, vient d'hériter, d'un oncle mort aux Indes, de plus de cent mille écus.

le repas de nopce 249

Laisse- Rien.

Cela n'est pas possible!

Prens-Tout.

C'est un fait certain. Le tout est arrivé en belles et bonnes lettres de change sur les meilleurs banquiers de Paris.

Laisse- Rien.

Et a-t'il receu cette somme?

Pfens-Tout.

Il n'y a pas d'apparence.

Laisse-Rien.

Et ces lettres de change sont-elles encore en sa possession?

Prens-Tout.

Je les crois dans les poches de son justaucorps.

Laisse-Rien.

Si cela est, mon amy, c'est comme si elles estoient dans les nostres, et je prétends, avant un quart d'heure, qu'il me les donne luy-mesme.

Prens-Tout.

Comment l'entends-tu?

Laisse-Rien.

Mais je crois que tu es stupide aujourd'huy. Ecoute seulement.

( 77 luy parle à l'oreille. )

Prens-Tout.

Fort bien. Ma foy, j'avois l'esprit bouché. S'il ne les porte pas sur luy, du moins nous aurons son habit, qui est tout battant neuf, et le reste de sa dépouille. Je crois l'apercevoir. Ilnenousreconnoistra

î5o TROISIÈME PARADE, ACTE III

pas seurement sous ces déguisemens. Commençons nostre fourberie.

(Ils dansent sur l'air :

J'ay sans y penser Laissé tomber Mon gant par terre. )

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