PREFACE XXI
senter Gueullette sous son véritable aspect ; aussi ne saurais-je mieux faire que d'en détacher encore deux paragraphes en forme de conclusion.
L'esprit toujours riant et joyeux, nous ne laissons échapper aifcune occasion de nous amuser et de mettre à profit tous nos momens de loisir. Nous avons eu le bonheur de trouver dans nos femmes des caractères lians et sociables et de leur bien persuader que la gayeré de l'esprit faisoit naître celle du corps. De là vient, en effet, cette vertu prolifique qui se trouve dans MM. Dumont et Faroard, dont le premier, après trente et un ans de mariage, vient, tout nouvellement, de donner un citoyen à l'Estat. Leurs enfans, tous aimables, sont nés dans la joye, mais dans cette joye modérée et tranquille qui fait l'essence et le bonheur de la vie. A mon égard, si je n'ay pas donné des preuves de ma bravoure aussy vivantes que celles de ces messieurs, il faut croire que le champ que je laboure depuis longtemps n'a pas reçu d'en haut cette vertu productive...
... Il ne me reste plus qu'une chose à dire. Il y a des personnes, d'une sagesse un peu trop austère, qui ne peuvent comprendre que des gens de nostre âge et de nostre estât s'amusent encore à de pareilles folies. Outre l'exemple des grands de la cour, qui n'ont cependant pensé que d'après nous à se procurer ce genre de plaisir, où donc est le mal que l'on peut y trouver ? La gayeté ne peut-elle estre de tous les âges, et, parce qu'on vieillit tous les jours, faut-il devenir triste, morne et ennuyer les autres? Notre joyeuse société pense le contraire. Suivant les principes que Cicéron admet dans son Traité de la vieillesse, les hommes parvenus à un âge qui, naturellement, les rend incommodes dans la société et oblige les jeunes gens à s'éloigner d'eux ne peuvent employer trop de moyens pour estre agréables à leurs yeux.
Nous avons l'expérience qu'en usant ainsi que nous le faisons de nos momens de loisir, et ne cherchant (surtout à la campagne) qu'à procurer à nos amis et à nous-
PREFACE
mesmes des plaisirs simples et innocens, cette aimable jeunesse, loin de nous fuir, nous fait, pour ainsy dire, la cour ou, du moins, nous recherche avec empressement. C'est donc avec juste raison que nous avons pris pour nostre devise : Duïce est desipere in loco.
On ne peut raisonner, je crois, avec plus de bon sens ni présenter sous un jour plus vrai cette farce quelque peu épicée sans doute mais inoffensive après tout qu'on appelle la parade.
Charles Gueullette.
A CHARLES GUEULLETTE