PREFACE XIX
la petite troupe dont il était l'âme. J'y relève entre autres : Le comte de Regniababo ou le Mort sur le banc, les Cornets, la Querelle de Gille et de Gillette ou Tu feras le ménage, les Valets hors de condition, la Conspiration, le Docteur en teste, le Cartel, Gille garçon tailleur, Gille barbier, la Bouteille au cul, les Métiers, les Braves d'Ostende, la Tarentule, A laver la teste d'un asne on perd sa lessive, etc., etc.
Tous les ans, à l'époque des vacations, les parades furent représentées à la campagne de Gueullette ; ce dernier nous en informe, et il ajoute : « Une des premières que nous exécutâmes à Choisy-Mademoiselle, à présent Choisy-le- Roy, dans ma maison1, fut l'Education de Gille ou A laver la teste d'un asne on perd sa lessive, et nous avons très longtemps soutenu l'honneur de la parade... »
Ils le soutinrent si bien que la vogue ne se fit pas attendre : « Comme depuis plus d'une vingtaine d'années, rapporte Gueullette, la scène de nos parades s'est presque toujours passée à Ghoisy-le-Roy , M. le duc de La Vallière, sans les avoir jamais vues, parce qu'il ne
i. Cette propriété a dû passer dans le domaine royal, ainsi que le fait supposer la lettre du marquis de Marigny à Gabriel.
«Versailles, 17 août 1762.
« Par vos observations, Monsieur, du 8 de ce mois, sur le mémoire qui m'a été fourni par M. Gueullette, je vois que la vente qu'il offre de faire au Roy de sa maison de Choisy peut devenir nécessaire pour le service de Sa Majesté. Mais, avant d'entrer en négociation sur cette proposition, je seray bien aise que vous reconnaissiez l'état actuel de cette maison, pendant votre premier séjour sur les lieux et, sur le compte que vous m'en rendrez, vous serez informé, peu après, de mes intentions.
« Je suis, etc., etc. »
XX PREFACE
s'étoit pas trouvé chez Mmo la princesse de Conty pendant les vacations, s'en estant, depuis , plusieurs fois entretenu avec moy et ayant lu quelques-uns de nos canevas, donna lieu, probablement, aux divertisse m en s que cinq ou six grands seigneurs de la cour se procurèrent à huis clos, il y a quelques années... »
Ainsi, le théâtre léger de Gueullette servit aux amusements des seigneurs français, comme il contribua, nous le savons par la lettre à Favart, aux plaisirs de la famille royale de Pologne et de toute la cour. — Je cite le fait afin de bien établir que les parades, dont le crédit fut considérable au XVIIIe siècle, durent à notre écrivain leur grande renommée.
Faut-il maintenant reprocher à Thomas Gueullette d'avoir sauvé de l'oubli un genre essentiellement frivole, et le caractère de l'homme en est-il diminué pour cela? Nullement, et je pense, avec l'érudit magistrat, que rien ne saurait être indifférent dans l'histoire de l'esprit humain. A côté du grand art, il y a la fantaisie qui a son droit au soleil et dont la place, si petite qu'elle doive être, n'en demeure pas moins respectable.
Loin d'en vouloir à l'auteur d'une œuvre purement badine, remercions-le au contraire de nous avoir initiés aux distractions de nos ancêtres. Ceux-ci ont ri de bon cœur. Craindrons-nous de les imiter, nous qui faisons les yeux doux à une littérature malsaine dont les raffinements sont bien autrement funestes?
Gueullette écrivit les parades, ce qui ne l'empêcha pas d'être un magistrat zélé, un lettré délicat, et surtout un homme de bien, car je ne saurais trop insister sur cette dernière considération.
J'ajoute que son naturel, plein d'une aimable bonhomie et d'une philosophie enjouée, se révèle à chaque page de la préface dont le principal mérite est de pré-