SCENE III
GILLE, LE MAISTRE
Le Maistre.
Eh bien! ces messieurs sont-ils payés?
Gille.
Oh! que ouy, Monsieur.
Le Maistre.
Avant de partir pour Corbeil, je me suis ressou-
venu que j'avois vingt écus à envoyer à mon procureur. Tu les luy porteras dans cette bourse. Gille.
Ouy, Monsieur.
Et voicy une bouteille de vin grec, qu'en passant tu remettras à Mlle Ampouisse.
Gille.
Ouy, Monsieur.
(Il porte la bouteille à sa bouche.)
Le Maistre.
Que veux-tu faire?
Gille.
Je veux voir si c'est du vin grec.
Le Maistre.
Et comment le reconnoistrois-tu? Tu n'en as jamais bu.
Gille.
Non, Monsieur, mais cela est aysé. Si en buvant il fait grec, grec, grec, c'est du vin grec. Le Maistre.
Fort bien, mais je ne prétens pas que tu satisfasses ta curiosité en cette occasion, et tu peux assurer Mlle Ampouisse que c'est du véritable vin grec. (Gille veut boire.) Ouais ! cette bouteille te tente terriblement. Oh ! je sçais un bon moyen de t'empescher d'y toucher. (Le Maistre lui attache la bouteille au derrière avec une corde pendante. Durant ce temps, Gille se mouche sur sa manche.) Il faut avouer que tu es bien malpropre.
GlLLE.
Dame, Monsieur, j'ay oublié mon mouchoir. Je vais le chercher dans la maison.
Le Maistre.
Va, et ensuite tu iras exécuter tes commissions. Pour moy, je vais partir pourCorbeil.
(Ils rentrent.)