TU FERAS LE MÉNAGE
Gillette, en dedans.
Qui est le butor qui frappe ainsy?
Gille.
C'est moy, Gillette.
tu feras le ménage 55
Gillette.
Qui, toy?
GlLLE.
Et, parbleu ! c'est Gille, le mary de Mme Gillette.
Gillette.
Eh bien ! attends, je nesçaurois t'ouvrir à présent.
Gille.
Pourquoy donc? Qu'est-ce qui t'en empesche?
Gillette.
C'est que je suis en voyage.
Gille.
Comment, en voyage?
Gillette.
Ouy, je suis actuellement dans Tisle de Chio.
Ma foy, je crois qu'elle dit vray, cela ne sent pas trop bon.
Gillette.
Eh bien! me voilà; que me veux-tu?
Gille.
Bonjour, ma petite femme; viens çà que je te baise.
Gillette.
Ah ! le vilain ! comme il pue le vin !
Gille.
Oh! mon trognon, tu ne t'y connois pas. Je n'ay bu d'aujourd'huy que de Feau-de-vie.
Gillette.
Chien d'yvrogne! Voilà à quoy tu employés tous tes gages. Va, va, je prierai M. de Parlaventrebleu de ne pas te donner dorénavant un sol.
GlLLE.
Cela seroit inutile, ma petite femme; nous ne demeurons plus ensemble.
Gillette.
Tu n'es plus à son service?
Gille.
Non, je luy ay donné son congé avec quelques coups de bâton par-dessus le marché.
Gillette.
Ah ! ah ! Je ne m'estonne plus si tu fais tant le chien couchant.
Gille.
Ma foy, Gillette, tu te trompes. Si je te caresse, c'est que. je t'aime, et tu sçais bien que nous ne nous brouillons jamais ensemble que pour ta malpropreté. Je ne trouve jamais ton ménage bien rangé. Gillettk.
Pardienne, tu es bien plaisant. Si tu ne le trouves pas bien, viens le faire toy-mesme.
Gille.
Mais ce n'est pas l'affaire d'un homme.
Gillette.
Ne voilà t'il pas un plaisant galeux pour tant faire le monsieur?
Gille.
Doucement, Gillette. Je suis un peu brutal, comme vous sçavez, et je pourrois bien appliquer sur ta face une giroflée à cinq feuilles qui te changeroit la flsolomie.
TU FERAS LE MENAGE bj
Gillette.
Jour de Dieu! tu n'es pas assez hardy pour cela. Je t'arracherois les yeux.
Gille.
Tais-toy, tais-toy. Tu n'es qu'une bavarde.
Gillette.
Je babille moins que toy, si ce n'est quelquefois avec nos voisines.
Gille. '.
Ah ! ouy, ouy, avec nos voisines. Dis plutost avec un certain voisin qui te... Baste!... Que je t'y attrape, je l'étrilleray en chien courant. Gillette.
Haye! haye! Il faut filer doux. Va, tu ne sçais ce que tu dis. Je le répète, tu n'es qu'un bavard. Gille.
C'est toy qui n'es qu'une babillarde éternelle.
Gillette.
Eh bien! veux-tu faire un marché nous deux? Tiens, pour te faire voir que je parle moins que toy, celuy de nous qui parlera le premier fera le ménage.
Je le veux bien. Oh ! parbleu ! je suis bien sûr que ce sera toy qui le feras.
Gillette.
Nous allons voir. Mais écoute, Gille, nous pouvons du moins nous expliquer par signes. Gille.
Soit! par signes! Et combien de temps garderonsnous le silence?
58 première parade, acte ii
Gillette.
Autant que tu le voudras.
Gille.
Eh bien! une heure.
Gillette.
Va! une heure. C'est pour en mourir, cependant! Mais, n'importe !
( Ils s'asseyent sur une banquette, se font plusieurs signes. Gille luy montre la -porte de son amant et luy fait entendre qu'elle couche avec luy. Gillette, par signes, soustient que cela n'est pas vray. Et, en luy montrant les cornes, luy affirme quelle ne le fait pas cocu. Gille secoue la teste et luy fait comprendre que, s'il en estoit certain, son amant ne mourrait que de sa main et qu'il l'assommeroit ensuite. )