‹ Parades inédites [par] Th.S. Gueullette. Avec une préfChapitre 33 sur 109 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

GILLE, GILLETTE, Un Suisse, à moitié yvre.

Le Suisse.

Ponne chour, ma petit cuir. Li fouloir que je li estre à toy, la petite pouchonne. (// veut la caresser; Gillette le repousse, Gille rit.) Toy rire, ti moy? fisache di piastre ! Moy tonnir à toy une ponne soufflet à ta physonomie. (Gille demande excuse par gestes.) Ah ! toy li estre ponne garçonne. (A Gillette.) Toy li estre par mon foy joulie. Ta fisache li estre sans façonnement. Li estre pas comme la tisache de sti damoiselles di Paris. Moy li estre con-

TU FERAS LE MENAGE 5g

tent peaucoup plus que grandement di faire avec toy un petit Tépousement pour mon vie. (Gillette fait entendre qu'elle est mariée à Gille, qu'il est jaloux et craint d'estre cocu.) Moy craindre pas le cocuage, vouloir encore pousser sti fille. (Gillette rit.) Toy li estre, par mon foy, la plus pelle meilleure himeur du monde. Toy li dire à moy un petite touceur. (Gillette luy fait entendre qu'elle est muette.) Ponne pour moy, un femme muette. Quand moy revenir à ma logement, je la trouvir touce comme un moutonne. Fienne donc toy avec moy, ma petit cuir. (Gille veut Vempescher d^emmener Gillette.) Par mon foy, moy tonnir à toy un soufflet sur ton face! Va trouvir un petit ménage qui aura la mesme ressemplement. Ponne chour, camerate.

(// emmène Gillette, malgré Gille qui reçoit quelques soufflets. )

Gillette, derrière le théâtre.

Au secours, Gille... Gille, à moy! (Gille rit de toute sa force.) Gille... Gille... (Elle revient son bonnet tout de travers.) Ah! vilain coquin ! Il faut que tu sois bien lasche pour souffrir que Ton me traite ainsy !

Gille.

Tu as parlé la première. Tu feras le ménage.

Gillette.

Vilain gueux! vilain yvrogne!

Gille.

Tu feras le ménage.

Gillette, le battant.

Sac à vin ! infâme !

Gille.

Tu feras le ménage.

Gillette, aparté.

Puisque ce vilain marsouin est si beste, je vais me venger de luy en le faisant luy-mesme porteur d'une lettre pour M. Olibrius, mon amant. (Haut.) Ne songeons plus à ce misérable-là. Voicy une lettre que M. Stirlik-Berlik m'a chargée de faire remettre à nostre voisin, M. Olibrius. Il m'a dit qu'il y auroit un écu à gagner pour cette commission. J'en aurois chargé cet indigne, mais je vais la porter moy-mesme.

Gille.

Un écu pour le porteur de cette lettre? Ah! voyez donc comme elle la rendra! Va! va! je la porteray aussy bien que toy.

Gillette.

Oh ! que non.

Gille la luy arrache.

Rentre seulement dans la maison et point de bruit.

Gillette.

Voyez ce bélistre qui m'empesche encore de gagner un écu. Je rentre seulement pour me recoiffer; mais nous nous reverrons. (Bas.) Oh ! l'animal ! oh! le cheval !

{Elle rentre.)

LE CARTEL 6l

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