‹ Parades inédites [par] Th.S. Gueullette. Avec une préfChapitre 35 sur 109 · OLIBRIUS, GILLE, GILLETTE · texte numérisé non relu

OLIBRIUS, GILLE, GILLETTE

Gillette.

Qu'y a-t'il donc? Tu cries comme un homme que Ton assomme.

Gille.

Eh! parguenne, je crois que c^st à peu près la mesme chose. Tu me bailles là une bonne commission.

Gillette.

Qu'est-ce à dire?

Gille.

Il faut que je me batte Tépée à la main contre M. Olibrius ! La lettre le dit.

Gillette.

Eh bien, poltron, tu recules dans une affaire d'honneur? Je me battray, moy.

Olibrius.

Ah! Mademoiselle, je veux bien faire assaut avec vous, mais ce ne sera pas avec ces armes-là. Gillette.

Trêve de plaisanterie, Monsieur; je ne l'entends pas, moy, et je vous auray bientost donné vostre reste.

Olibrius.

Oh ! Mademoiselle, je le crois bien.

Gillette, à Gille.

Lasche que tu es! Vois-tu comme je luy fais peur! Ce n'est qu'un poltron.

Gille.

Si j'en estois sûr !

Gillette.

Tu es cent fois plus méchant que luy. D'ailleurs, je sçais à n'en point douter que la lame de son épée n'est que de plomb et la garde de fer-blanc. Gille.

Queu conte!

Gillette.

Il n'y a pas de conte. Je vais te chercher une épée. Je veux absolument que tu te battes contre luy. Gille.

Si les choses sont comme tu le dis, je me battray seurement.

Eh bien ! ce dialogue-là finira-t'il?

Gillette.

Attendez, attendez, Monsieur le rodomont. Vous allez voir beau jeu.

Gille.

Oh! oh! Nous ne vous craignons pas.

Gillette apporte une épée et sort.

Tiens, voilà une bonne épée. Allons, du courage!

GlLLE.

Cela est bien aisé à dire.

(// cache son épée.)

Olibrius tourne autour de luy.

Ah! c'en est trop, je veux abattre la teste à ce coquin-là.

Gille.

Gillette! c'est bien le diable, il veut me couper la teste.

Gillette.

Tu n'es qu'un sot. Mets l'épée à la main. Tu verras qu'il fuira aussitost.

(Elle rentre.)

GlLLE.

Allons! morbleu... Gillette, il ne s'enfuit pas !

Voilà bien des raisons.

Tenez, Monsieur, j'ay une proposition à vous faire; je ne demande pas mieux que de me battre, mais je ne puis le faire de sens froid. Olibrius.

Ah! qu'à cela ne tienne; je vais échauffer ta bile. Allons, coquin, maraud, infâme, lâche, poltron ! Gille.

Oh ! tout cela ne me fâche pas.

Olibrius.

Non ? Eh bien ! je sçais un autre moyen de te mettre en colère.

(// le rosse. )

LECARTEL 67

GlLLE.

Oh! passe pour cela. Pour le coup, tu vas voir beau jeu. (// met Vépée à la main.) Comment nous battrons-nous?

Olibrius.

Mais seul à seul.

Gille.

Va, seul a seul.

{Gille luy tourne le dos et tire des bottes en l'air,)

Olibrius.

Que fais-tu donc?

Gille.

Je me bats seul à seul.

Olibrius.

Ce n'est pas ainsy que je l'entends.

Parguenne! cela m'accommode, moy; et il y aura bien du malheur si je suis blessé de cette manière.

Olibrius.

Allons, mon amy, trêve à la plaisanterie.

Gille.

Attendez donc; vous poussez comme un diable. Tenez, afin de n'avoir pas d'avantage l'un sur l'autre, marquons une raye sur le plancher.

Olibrius.

Volontiers.

Gille.

Voilà mon chapeau qui servira de raye.

68 première parade, acte ii

Olibrius.

Va! (// tire des bottes.) Avance donc.

Gille.

Queu nyais !

Olibrius.

Comment, misérable!...

Gille. *

Prens garde à la raye... Mais, parguenne! vous estes un drosle de brave; vostre épée est plus longue que la mienne de deux pieds.

Olibrius.

Je n'en crois rien.

Gille.

Voyons, voyons.

Olibrius.

Je fen fais juge toy-mesme. Voilà mon épée.

Gille, avec les deux épées.

Ah! ah! poltron.

Mais, Gille...

Gille.

Vous fuyez, coquin...

Olibrius, aparté.

Ah ! c'en est trop ! Je ne veux que le fourreau de mon épée pour luy faire peur. (Haut.) Attends, coquin, voilà une autre épée.

Gille se sauve.

Gillette ! Gillette ! Viste, au secours !

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