GILLE, M. OLIBRIUS
Toc! toc! Holà! quelqu'un.
Olibrius, en spadassin.
Qui est-ce qui heurte donc ainsy?
Gille.
C'est moy, Monsieur. Il faut commencer par me donner un écu pour le port.
Olibrius.
Eh ! je crois que c'est monsieur Gille, mon voisin. Et pour le port de quoy demandez-vous un écu? Gille.
Pour le port de cette leitre. Ma femme m'a dit qu'il y avoit autant à gagner.
Olibrius, aparté.
Il faut que ce soit quelque tour d'adresse de Mlle Gillette, pour me faire tenir un billet. (Haut.) Mais, mon amy, faut-il encore que je sçache de quoy il s'agit et de quelle part vient cette lettre. Gille.
De la part de M. Stirlik-Berlik.
Olibrius.
Je ne me trompe pas. C'est une tromperie de ma maîtresse. Mon voisin, quand j'auray lu la lettre, tu auras l'écu, si la lettre le dit.
GlLLE.
Ah! bon, cela.
Olibrius.
( // prend la lettre et lit les premières lignes qui le confirment dans sa pensée. Puis, voyant Gille qui veut entendre ce qu'il lit, il luy dit : )
Vous estes bien curieux, mon amy.
Monsieur, outre l'écu promis, j1ay encore des raisons pour sçavoir ce que contient cette lettre. Olibrius, aparté.
Je vais luy jouer d'un tour à quoy il ne s'attend pas. Eh bien! mon voisin, il faut vous satisfaire. (Au lieu de la lettre, il lit le cartel suivant : ) « Monsieur, vous m'avez offensé dans l'honneur, et je veux vous voir l'épée à la main. Mais, comme j'ay pris médecine aujourd'huy et que je ne puis me battre, ce sera, s'il vous plaist, contre le porteur que vous aurez à faire. »
Gille.
Contre le porteur? Cet homme est fou. A propos de quoy me battre, moy?
Olibrius.
Attendez, mon amy. [Il feint de continuer à lire.) « C'est un brave garçon ! Cependant, comme il est journalier, s'il refusoit de mesurer son épée contre la vostre... »
Gille.
Il ne faut pasestre bien brave pour mesurer deux épées et voir quelle est la plus longue.
LECARTEL 63
Olibrius continue à feindre de lire.
« Avec une douzaine de coups de bâton vous viendrez à bout d'échauffer sa bile. En cas que vous ne soyez pas content de son procédé , vous pouvez l'assommer ou luy couper la teste. Je prens le tout sur mon compte et suis vostre ennemy.
« Stirlik-Berlik. »
GlLLE.
Qu'est-ce que cela veut dire? Il ne parle pas de me donner un écu.
Au contraire, mon amy, tu Tas entendu, il faut te battre contre moy.
Gille.
Mais je ne connois pas Stirlik-Berlik, et je ne vous ay jamais offensé.
Olibrius.
N'es-tu pas porteur de cette lettre?
Gille.
Ouy ! Qu'est-ce que cela fait?
Olibrius.
Qu'est-ce que cela fait? tu vas le voir. Allons, morbleu ! l'épée à la main.
Gille.
Attendez donc. Je n'en ay pas ; et, d'ailleurs, je ne veux pas me battre.
Olibrius.
Cela estant ainsy, il faut avoir recours au remède.
( // rosse Gille. )
GlLLE.
Ahi î ahi ! ahi ! Gillette, Gillette, au secours ! SCÈNE V