GILLE, SANS-QUARTIER, DIVERTISSANT
Sans-Quartier.
Eh bien! comment t'es-tu tiré d'affaire?
Gille.
A merveille, j'ay reçu de la monnoye de poids, et vous en aurez vostre part.
Divertissant.
Gela est juste.
( Gille les rosse, ils crient. )
GlLLE.
Je n'ay pas reçu d'autre argent.
Sans-Quartier.
Que la peste te crève avec tes mauvaises plaisanteries! Mais, après tout, il nous faut de l'argent; et, puisque nous avons à faire à un homme si peu raisonnable, il faut luy faire un mauvais party.
[Le Maistre paroît derrière eux et les écoute.)
Tu as raison. J'imagine une chose toute simple. Il faut icy guetter Jacqueline. La première fois qu'elle sortira de la maison, je l'aborderay, et pendant que je l'amuseray, vous irez semer des pois sur l'escalier de M. de Parlaventrebleu. Quand elle sera rentrée dans sa cuisine, nous heurterons fortement à la porte. Elle n'ouvrira pas. Le maistre, impatient, voudra descendre pour voir qui heurte. Il tombera du haut en bas de l'escalier et se rompra le col.
Sans-Quartier.
Cela ne vaut rien. On trouvera les pois; on s'informera qui les a semés. Nous serons arrestés et peut-estre envoyés aux galères. Je pense à quelque chose de mieux. M. de Parlaventrebleu aime la pesche. Il faut nous déguiser en basteliers. Il a la vue basse; il ne nous reconnoistra pas. Il entrera dans nostre bateau, que nous aurons auparavant percé de toutes parts et rebouché avec du liège. Au milieu de la rivière, dans l'endroit le plus profond,
nous osterons les bouchons. L'eau pénétrera dans le bateau; il ira bientost à fond... et... Gille.
Voilà ce qui s'appelle avoir de l'esprit, cela!
Divertissant.
Fort bien! Et nous serons tous trois dans le bateau?
Sans-Quartier.
Sans doute.
Divertissant.
Et vous sçavez l'un et l'autre nager, apparemment ?
Comme une pierre.
Sans-Quartier.
Et moy à peu près de mesme.
Divertissant.
Vous voyez bien, mon amy, que vous raisonnez comme un cheval, et que nous nous noyerons tous, de compagnie.
Gille.
Divertissant a raison. Oh ! morguenne! C'est moy, pour le coup, qui ay trouvé une bonne manière de nous venger. Cela part de là. Ecoutez-moy bien. Nostre maistre, comme vous sçavez, relève de maladie, et il luy est resté un petit bénéfice de ventre. Je m'introduiray dans la maison par le moyen de Jacqueline; j'osteray la lunette des commodités qui sont dans la cour. A sa place, j'en mettray une qui ne sera que de papier brouillard. Quand il viendra
pour se mettre dessus, voilà mon bigre qui dégringolera jusqu'au fond de la fosse.
Divertissant.
Nostre maistre ne sera pas assez imbécile pour se laisser ainsy attraper.
Gille.
Trouve donc un meilleur expédient.
Divertissant.
Ouy dà! Je viens d'en imaginer un contre lequel la justice ne sçauroit mordre sur nous, et je vous garantis mon homme mort, pourvu que nous trouvions quelqu'un qui ait l'haleine assez forte pour cela.
Gille.
Qu'appelles-tu la laine?
Le souffle! le vent!
S'il ne s'agit que de cela, je suis bien vostre affaire.
Divertissant.
Eh bien! mon amy, nous nous cacherons, Sans- Quartier et moy, aux deux costés de la porte du maistre. Sitost qu'il sortira nous l'arresterons, nous luy mettrons la culotte bas...
Gille.
Cela est bien imaginé.
Divertissant.
Toy, Gilles, tu luy souffleras au derrière jusqu'à ce que l'âme luy sorte par la bouche. La justice ne viendra pas fourrer son nez là.
GlLLE.
Va-t'en au diable, avec ton expédient. Souffles-y toy-mesme.