SANS-QUARTIER, DIVERTISSANT, GILLE, LE MAISTRE
( Sitost que le Maistre paroît, ils se retirent de chaque costé et écoutent ce qu'il dit. )
Le Maistre.
Parbleu, je viens de faire un plaisant rêve. Je m'imaginois que trois coquins à pendre conspiroient contre ma vie. L'un proposoit de me faire casser le col en semant des pois sur mon escalier; le second, en perçant un bateau sur lequel il supposoit que je monterois pour aller à la pesche; un autre, en enlevant la lunette des commodités et en luy substituant une lunette de papier gris.
Gille.
Monsieur, vostre serviteur. J'ay entendu tout ce que vous venez de dire. Et vous avez fait effectivement ce rêve-là ?
Le Maistre.
Ah! ah! Vous voilà, Messieurs, je ne vous voyois pas. Tenez, ces trois fripons vous ressembloient comme deux gouttes d'eau.
GlLLE.
Celuy-là n'a-t-il pas la filosomie du semeur de pois?
Le Maistre.
Justement.
Gille.
Et celuy-cy n'a-t-il pas un peu l'air du bastelier ou du pescheur?
Le Maistre.
Ouy, vraiment, et je trouve dans les traits de *on visage tous ceux du lunetier de papier brouillard. Gille.
Cela est fort plaisant.
Le Maistre.
Mais ce qui m'a le plus réjoui dans mon rêve, c'est la proposition que l'un d'eux a faite de me faire mourir d'une façon très comique. Qu'en dis-tu, mon amy?
Gille.
Ah! Monsieur, je ne suis pas complice de cette mort-là. Je n'ay jamais voulu souffler. Mais, Monsieur, en conscience, vous avez fait véritablement ce rêve-là ?
Le Maistre.
Ouy, vraiment, mais je ne l'ay pas achevé.
Sans-Quartier.
Peut-on, Monsieur, vous demander ce qui y manque ?
Le Maistre.
C'est de donner cent coups de bâton à ces trois coquins-là.
( // les rosse, Us crient, et le Maistre rentre. )