‹ Parades inédites [par] Th.S. Gueullette. Avec une préfChapitre 78 sur 109 · LES BRAVES I) OSTENDE · texte numérisé non relu

LES BRAVES I) OSTENDE

GlLLE.

Et combien avoit-il de large?

Laisse-Rien.

Environ quatre pieds.

Et! parbleu ! il falloit le sauter par cet endroit.

Laisse-Rien.

Aussy fis-je; et l'exemple de mon intrépidité encouragea tellement le régiment que nous emportâmes la contrescarpe sans coup férir.

Prens-Tout.

Cela est vray. Buvons un coup au brave sauteur.

Laisse-Rien.

Volontiers.

( Ils boivent tous trois. )

Prens-Tout.

Et moy, chevalier, est-ce que je ne fis pas des merveilles à la teste du Pont-Euxin qui communique dans la ville?

Laisse-Rien.

Cela est vray.

Prens-Tout.

Après m'estre battu comme un diable, moy seul, avec deux pistolets de poche, j'arrestay les assiégés qui vouloient faire une sortie. D'un seul coup, je bruslay la moustache d'un goujat et fis sauter un œil de verre à la vivandière de la place. Ensuite, le plomb me manquant, je m'arrachay promptement une dent mâchelière quibranloitunpeu; jechargeay

l86 TROISIÈME PARADE, ACTE I

mon pistolet de nouveau et, avec cette dent, je tuay roide un Ostendois qui m'alloit descharger un coup de sabre sur l'oreille.

Gille.

Morguenne! Voilà une belle action!

Aussy étonna-t'elle les ennemys au point que, sur-le-champ, ils demandèrent à capituler. Gille.

Etvostre oreille, Pavez-vous encore?

Prens-Tout.

Ouy, mon amy, au moment que je cassay la teste à FOstendois, le sabre lui tourna dans la main, il tomba par terre et ne coupa que l'oreille de mon soulier.

Gille.

Voilà qui s'appelle un coup bien heureux! Parguenne, à vostre santé.

(Ils boivent.)

Laisse- Rien.

Son bonheur n'approche pas du mien. Écoutez bien cecy. Au commencement du siège, les ennemys faisoient des mines.

Gille.

Je crois que c'estoient de laides grimaces.

Laisse-Rien.

Tu ne me comprends pas. Faire une mine, c'est creuser un chemin sous terre que l'on emplit de poudre à canon et, par ce moyen, on vous fait sauter

LES BRAVES d'ûSTENDE 1 87

deux cents hommes haut comme les tours Notre- Dame.

Gille.

Houlas ! Eh bien ?

Laisse- Rien.

Il y avoit trois jours que je ne m'estois couché. J'estois sur un ouvrage à corne. La mine joue, elle m'enlève, et je me trouve sur le rempart de la ville, tout étourdy de ma chute, au moment que nos troupes font jouer une autre mine qui me rapporte dans nostre camp et, par un hasard bien singulier, me jette tout brandy au milieu de ma tente, sur mon lit, où je dormis vingt-quatre heures de suite sans débrider et sans avoir reçu la moindre égratignure. Gille.

Je ne vous croirois pardienne pas, si vous ne me le disiez vous-mesme.

Laisse-Rien.

Cela est pourtant bien vray. Mais voilà assez boire. Il faut payer ce garçon. Eh bien ! mon amy, combien vous faut-il?

GlLLE.

Vous avez eu trois bouteilles et du linge blanc, vous ne pouvez pas donner moins d'un escu. Prens-Tout.

Ma foy, ce n^est pas trop... Que veux-tu donc faire, Chevalier?

Laisse-Rien.

Et, parbleu, je veux payer l'escot.

1 88 troisieme parade, acte i

Prens-Tout.

Tu te moques, je crois ! C'est moy qui t'ay invité, et tu prétends payer? Mais c'est m'insulter! Laisse- Rien.

Eh ! fy donc ! Je te dis que je payeray.

Prens-Tout.

Tu veux donc encore une affaire avec moy?

Laisse-Rien.

Tout comme tu voudras. Mais tu ne payeras pas, ou cela sera décidé au premier sang.

Cela estant, Messieurs, je vais chercher des cartes.

Pourquoy faire?

Gille.

Pour que vous décidiez à qui payera en un coup de piquet.

Laisse-Rien.

Il est original! Eh! mon amy, c'est-à-dire que celuy de nous deux qui sera blessé le premier payera l'escot.

Gille.

Fort bien, mais si l'un de vous deux tue l'autre?

Prens-Tout.

Ce sera alors le survivant qui payera.

Gille.

Ouy! Et s'il s'enfuit sans payer? Voilà un mort qui m'embarrassera.

Laisse-Rien.

Il a raison. Mais comment faire? Car tout résolument je veux payer.

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