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Gh. Fourier. Œuvres complètes, vol. 1, p. 66, note

Que les physiciens se moquent de cette induction, c*est bien leur droit, mais les sociologues absoudront Fourierde s'être aventuré en optique, pourvu que sa classification des passions humaines soit bien adaptée aux études sociales.

Or c'est là justement qu'il se révèle philosophe.

On peut lui reprocher son optimisme trop dogmatique, 11 ne prouvera pas que Fétat social évolue en s'améliorant, non plus d'ailleurs qu'on ne prouverait le contraire. Cette réserve faite, on ne peut que louer la hardiesse et l'ingéniosité de Fourier. « Le bonheur, dit-il, consiste à avoir beaucoup de passions et beaucoup de moyens de les satisfaire *. > Il faut ici établir une distinction. Le bonheur intime n'est pas définissable. Beaucoup de bonheur suppose une grande capacité de bonheur : sensibilité, culture, raffinement, ce qui est aussi une grande capacité de souffrance. Pouvoir jouir plus, ou moins risquer de souffrir, quelle est la meilleure solution? Cela dépend de trop de cas particuliers pour qu'on puisse répondre. Mais il existe un bonheur externe, apparent, social si l'on veut, auquel s'applique la définition de Fourier. Celui-ci appelle passions les ressorts d'activité, les désirs. Réduisez-les au mini-

1, Ch. Fourier. Œvvres complètes, I, p. 137.

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mum^ dira Diogène, et vous aurez ainsi plus de chances de les satisfaire. Le sociologue ne peut souscrire à ce conseil dont l'observation ramènerait la sauvagerie primitive. Nous admettons toujours en fait, sinon en paroles, qu'une société vaut par le développement de l'activité humaine sous toutes ses formes. On participera donc d'autant plus aux biens d'une société avancée, on sera d'autant plus heureux socialement, qu'on répondra mieux à la définition précitée.

Fourier cherche par conséquent l'ordre social qui doit satisfaire les passions. Notre vocabulaire et nos habitudes nous feront dire que cet ordre est en réalité le désordre systématique, l'immoralité. Mais les fouriéristes nous répondront qu'ils ne prennent point les passions dans le sens pessimiste. La haine, la vengeance, la colère, la crainte, sont selon eux des réactions subversives que provoquent les obstacles opposés à des jouissances, à des affections légitimes en soi. Blâmer les passions revient à blâmer les notes musicales sous prétexte que tel pianiste plaque des accords faux. Il est vrai que notre période sociale actuelle représente une cacophonie de passions. Fourier veut établir VHarmonie.

Commençons par étudier sa gamme. Il divise les passions, qui constituent notre principe actif et moteur, en trois catégories, suivant nos rap-

ports : !• avec le monde matériel ; 2® avec les individus; 3^ avec la société.

Les premières, passions sensitives, sont au nombre de cinq, parce qu'elles répondent aux convenances de nos cinq sens. Elles nous portent vers le luxe tant externe qu'interne, c'està-dire la richesse et la santé.

Celles qui nous meuvent dans nos rapports avec les individus, ou passions affectives, nous poussent au groupement. Par l'Ambition on tend à former un lien corporatif. C'est là une conception originale de Fourier. Tout psychologue serait en effet instinctivement porté à traiter l'ambition comme une belle passion égoïste dont P arrivisme serait la forme morbide ; et en la considérant sous cet angle, on trouverait que, loin de grouper, elle disloque les groupes. Le point de vue de Fourier a plus de finesse et de profondeur. Pour le comprendre, il faut se représenter, par exemple, les jeunes gens qui se préparent aux grandes écoles. Chaque futur Polytechnicien aura bien l'intention de passer avant ses camarades, mais son ambition se manifestera aussi par un orgueil corporatif intense qui l'unira aux autres futurs Polytechniciens comme à des êtres d'une espèce très supérieure si on les compare avec les Saint-Cyriens ou les Centraux. Telle est P Ambition %eloiû. Fourier. Les autres passions affec-

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tives, fAmitiéy l^Amour^ le Familisme ou amour familial, s'entendent au sens le plus ordinaire. C'est pour la troisième catégorie des passions que les commentaires deviennent indispensables. On se trouve là en présence de trois vocables créés par Fourier : composite^ cabaliste^ papillonne. Ainsi appelle-t-il les trois passions distributives, régulatrices, qui président à l'activité sociale des hommes. La composite est Fenthousiasme collectif, elle décuple nos forces dans le travail commun, elle régit Tàme des foules qui subissent un entraînement ; toute réunion libre, spontanée, est un effet delà composite. Celle-ci joue dans le concert social le rôle de la consonance. La dissonance, au contraire, a pour analogue la cabaliste qui engendre les rivalités, les intrigues, les luttes entre groupes humains opposés d'intérêts ou de tendances. Fourier, sans doute, va jeter Tanathème par exception sur une passion aussi dangereuse, et tout aménager dans son futur paradis pour qu'elle ne puisse y pénétrer. Non pas. 11 tient à la cabaliste. 11 la considère comme un merveilleux ferment d'activité qui exalte le travail de chaque groupe par la concurrence. Une société sans cabaliste serait une symphonie musicale où il n'y aurait que des consonances et par conséquent d'une monotonie, d'une platitude insupportables. Fort heureusement,

d'ailleurs, la cabaliste peut être rendue inoffensîve par la charmante papillonne. La papillonne mérite son nom. Elle déteste n'avoir qu'une seule fleur à butiner. Nous devons à ses inspirations d'aimer la campagne après la ville, la mer après les bois, la plaine après les Alpes, et de ne rien aimer que par intermittence. Tout le monde souhaite plus ou moins de mettre un peu de variété dans la vie, désir qui est un battement d'ailes de la papillonne. Mais celle-ci reste en cage le plus souvent. Si elle était libre, elle ferait passer chaque personne dans plusieurs groupes, de sorte que deux individus, opposés par la cabaliste dans deux groupes rivaux, appartiendraient souvent l'un et Tautre à un troisième groupe où la composite les réconcilierait. Il y aurait ainsi ce que Fourier appelle un engrenage de tous les groupes entre eux, et par là s'explique le nom de passion engrenante dont il enlaidit la papillonne.

Enfin les douze passions énumérées se fondent ensemble dans VUnitéisme qui nous porterait, dit le fourîériste Hippolyte Renaud, à vouloir « marcher tous ensemble dans la route du bonheur, si cette route était assez large pour que tous pussent s*y engager sans s'entraver les uns les autres ^ » Les couleurs du prisme se combi-

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