‹ Paradis laïquesChapitre 13 sur 42 · Hippolyte Renaud. Solidarité^ p. 40 (édition de · texte numérisé non relu

Hippolyte Renaud. Solidarité^ p. 40 (édition de

nenl; ainsi pour former la lumière blanche. Cette comparaison, qui était chère à Fourier, engagea Técole fouriériste, autrement dite sociétaire, à prendre Tarc-en-ciel pour drapeau.

Une fois qu'il a ainsi déterminé les puissances motrices de l'homme, Fourier les suppose affranchies et satisfaites sans qu'il en résulte de dommage. A quelle organisation ce bonheur correspond-il ?

Tout d'abord nos passions sensitives exigent la richesse et la santé. Pour être riche, il faut produire beaucoup, non sans éviter le gaspillage de Tépoque civilisée (la nôtre), dont la caractéristique est le morcellement y la dispersion et la désunion de toutes les forces. Ainsi, en ce qui concerne réconomie domestique, ou ménage, on voit cinq cents bonnes perdre une heure le matin pour rapporter chacune un petit panier de légumes destinés à un petit pot-au-feu. Or on pourrait mettre les cinq cents petits pot-au-feu dans une seule grande marmite, et remplacer les cinq cents bonnes et leurs cinq cents petits paniers par une charrette que traînerait un cheval sous la conduite d'un enfant, si les cinq cents familles que servent les cinq cents bonnes avaient une cuisine commune. Les Harmoniensy les gens de la cité future fouriériste,ont adopté cette réforme si simple qui procure une immense économie. Au

lieu de vivre éparpillés dans les sales et pauvres maisons d'un village, ils se constituent en pha^ lange f ils habitent un phalanstère.

Le phalanstère ^ n*est point, comme on Ta cru à tort, une caserne ou un couvent, c'est un hôtel, bien plus grand encore que les modernes palaces édifiés dans les villes à la mode. Chaque famille y possède un appartement complet, toujours décent, modeste si elle a peu de fortune, somptueux si elle est riche, car Fourier conserve les inégalités comme un résultat des lois naturelles et comme plus harmonieuses. 11 ne supprime que l'indigence. Tout habitant du phalanstère aura droit à un minimum de bien-être qui serait le luxe pour un ouvrier civilisé. L'Harmonien ne vit donc pas dans la promiscuité ; il a son chezsoi et il profite des économies et des avantages que procurent les services communs installés dans un grand hôtel, alimentation, éclairage, chauffage, blanchissage, cirage des bottes. 11 prend ses repas au restaurant avec la société qui lui plaît, à table d'hôte ou en cabinet particulier, et on lui présente des menus infiniment variés. Pour se rendre à ses occupations, il circule, sans craindre aucune avanie atmosphéri*

1. On trouve le plan du phalanstère-type dans les Œuvres complètes de Fourier. Tome VI, p. 122.

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que, dans une rue galerie, une rue de Rivoli vitrée, chaude en hiver, fraîche en été, qui met en communication toutes les parties du phalanstère. L^Harmonien ne connaît pas les fluxions de poitrine. Il pense d'ailleurs avoir pris une excellente précaution pour sa santé : les médecins sont payés d'autant plus cher qu'il y a moins de maladies et que Ton meurt plus vieux, aussi leur voit-on développer un zèle inouï en faveur de rhygiène.

Des économies considérables se trouvent réalisées par la suppression du commerce de détail. La phalange constitue Tunité commerciale, elle achète ou vend aux autres phalanges, ses membres sont comme les membres d*une société qui serait à la fois coopérative de consommation et de production; on met à leur débit ce qu'ils consomment et à leur crédit les salaires de leur ira" vail^ de leur capital et de leur talent. Toutes les petites boutiques se trouvent remplacées par un grand magasin et un grand bazar, tous les petits boutiquiers par quelques employés, et le taux énorme que ceux-là doivent ajouter au prix coûtant de leurs denrées par la compensation très légère des frais de magasinage et de comptabiUté.

Mais surtout THarmonien produit beaucoup plus que son prédécesseur le civilisé parce qu'il

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j^odoit avec plaisir. Le travail est devenu pour lai ai^ayant, selon une des principales formules du fouriérisme. Aujourd'hui, la plupart des gens travaillent non pour eux mais pour les autres. Ils n'ajoutent pas le moindre surcroît au zèle et au soin que peut obtenir d'eux la vigilance des patrons. Leur participation aux bénéfices, sous forme d'augmentation de salaires, ne résulte en général que d'une grève toujours onéreuse, et ils participent aux pertes trop fortes par le chômage. Coopérer de cette manière à une entreprise n'est point coopérer avec bonne volonté. Au contraire, l'Harmonien est un associé véritable. 11 fait en outre ce qui lui platt. Rien ne le contraint. Son éducation a été dirigée de manière à lui faire connaître ses goûts et ses aptitudes. 11 n'a qu'à suivre sa pente. C'est spontanément qu'il choisit les occupations auxquelles il veut se livrer. Et, conune rien n'est aussi rebutant que de faire trop longtemps la même besogne, il en change toutes les deux heures au moins.

Voici le mécanisme qui procure une si riche variété : tous les travaux de la phalange sont divisés en autant de séries qu'il peut y avoir de spécialités un peu vastes, et la série, à son tour, comprend un ou plusieurs groupes par spécialités plus étroites. Vous avez, supposons-le, une vocation bien arrêtée pour la culture des poiriers.

adressez-vous donc à la série des poiriers. Une difficulté toutefois se présente ; les gens avec qui vous aUez travailler s'entendront-ils avec vous ou vous avec eux ? Beaucoup de chances existent pour qu'elle soit résolue à la satisfaction générale, car cette série des poiriers ne compte pas moins de trente-deux groupes depuis les deux groupes en avant-poste des coings et sortes bdtar^ des rfwre^ jusqu'aux deux groupes en arrière^poste des nè/les et sortes bâtardes molles^ en passant par ceux des poires dures à cuire, des poires cas-santés, fondantes, compactes, farineuses. Il faudrait que vous eussiez le caractère bien mal fait pour ne pas trouver parmi tant de chapelles un petit cercle de gens sympathiques qui agréent votre candidature. Vous réussissez donc. On vous inscrit par exemple à l'un des six groupes qui cultivent les poires cassantes. Dès lors votre compo^ site vous échauffera par l'enthousiasme du trayail en commun avec des amis. Mais vous serez enflammé aussi par la cabaliste, car il parait que les poires cassantes et les compactes se ligueront contre les autres poires. Ne craignez pas cependant que ces rivalités de verger compromettent la paix phalanstérienne. Vous cabalez contre le huitième groupe des poires fondantes, mais tout à l'heure, Achille, membre de ce groupe, va se rencontrer avec vous dans un même groupe de

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légumistes^ de posîstes, d'aviculteurs ou d'éleveurs. Après avoir été votre rival, Achille sera votre allié, et de telles rencontres sont fréquentes, puisqu'on pourra passer par huit séries au cours d'une seule journée. Tels sont les effets engrenants -produits par le jeu de la papillonne.

Il faut convenir que Fourier se conduit bien souvent comme s'il caricaturait sa propre pensée. Il voulait sans doute l'illustrer. Après tout, elle s'explique. Pourquoi cette minutieuse division des poiriers? Pourquoi ne forment-ils pas un simple groupe dans la série des vergers î Quelle singulière importance donnée aux fruits ! Elle n'est point absolument fantaisiste. Souvenonsnous d'abord que Fourier se place d'emblée en pleine Harmonie, au point culminant des progrès réalisables par la société. Alors, selon lui, les hommes ne ressembleront pas à ce qu'ils sont aujourd'hui. Ils n'aimeront pas le paiii, «... subsistance, dit-il, bonne pour les misérables civilL ses \.. substance commune, mets de civilisé, de goujat... * », le pain, nourriture barbare, parce qu'elle demande beaucoup trop de main-d'œuvre. Les immenses terres à céréales seraient mieux utilisées si on y récoltait les diverses espèces de

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