‹ Paradis laïquesChapitre 19 sur 42 · ZOLA FOURIÉRISTE · texte numérisé non relu

ZOLA FOURIÉRISTE

tent sur les économiques. Quel but se propose Zola ? Montrer la supériorité* de la méthode fouriériste sur le collectivisme et l'anarchisme. Il fallait donc isoler le champ d'expérience destiné à l'application de cette méthode, pour qu'il ne fût pas labouré à coups de lois ou à coups de bombes. On pouvait prendre pour le constituer une nation tout entière. La vraisemblance y gagnait, mais la difficulté de lier le progrès social à une action dramatique s'en augmentait. Ceci est un exemple entre mille des dangers que présente pour le romancier le genre « paradis laïque ». Dans le mariage qu'elles y concluent, la théorie sociale et la littérature sont obligées de se défigurer mutuellement par des amputations et des absurdités.

C'est ainsi que Zola nous montre une organisa* tion fouriériste conduite jusqu'au bonheur complet et restreinte à un petit canton, c'est-à-dire jusqu'au dernier terme de son évolution, sans toutefois en dépasser les premiers stades. Comment expliquer cette inconséquence ? Rien n'est plus simple : les collectivistes et les anarchistes^ qui s'agitent en dehors de Beauclair, finissent par triompher, et leur Cité future se trouve en dernière analyse la même que celle de Luc Froment. Travail agit ici comme un plaidoyer. — Venez à nous, dit-on aux autres socialistes.

notre but est le vôtre, mais nous Tatteindrons sans tuer personne^ méthode que vous devez préférer aussi parce que vous êtes de très braves gens. — Ecoutera-t-on cet appel ? Souhaitonsle sans trop y compter. Regrettons en même temps que Zola ait cru devoir tronquer en faveur de la propagande fouriériste l'exposition du fouriérisme, car les systèmes sont caducs, tandis que leur histoire demeure.

Beauclair, avons-nous dit, devient un agglomérat dé plusieurs associations. Nous assisterons donc d'abord à la genèse d'une première association qui, par son exemple et sa force économique, fera surgir d'autres associations, et deviendra leur lien fédératif .

Ce germe de la Cité future est la Crècherie. On peut se la représenter comme un Familistère de Guise dont l'objet industriel serait la fabrication des gros fers, Même origine: l'initiative patronale. Même formule de constitution : l'association du Capital, du Travail et du Talent. Mêmes annexes : école, bains, bibliothèque, magasins coopératifs.

Des différences existent cependant. Il ne parait

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pas que les ouvriers soient obligés de franchir plusieurs degrés pour parvenir à la pleine association. Mais les renseignements sur les statuts qoi les régissent sont à peu près nuls. Vils détails 1 Le sol de la réalité se dérobe déjà sous nos pieds, et nous voici à la nage dans l'idéal bleu.

La question du logement est plus claire : Zola ne veut pas des bâtiments à l'apparence de caserne où se pressent lesTamilistériens.IléparpiQe dans la verdure la Cité ouvrière qui pousse autour de l'usine métallurgique de la Crècherie. Les maisons sont d'abord au nombre de cinquante environ, ce qui représente au maximum deux cents ouvriers et employés, en admettant, évaluation très exagérée, qu'en moyenne, le père, la mère et deux enfants collaborent à l'œuvre de Luc Froment. Lorsqu'il y aura mille travailleurs, ce qui ne tardera guère, au train dont marchent les événements, on comptera donc deux cent cinquante maisons. Si vraiment elles sont éparpillées, et non pas même contiguës comme dans un coron, il y aura des courses à faire en attendant la page 585 où l'on peut mettre à la disposition de chacun une voiture électrique. Et quelle consommation de terrain I Quelles sommes immobilisées I

Zola sans doute n'a fait que noter un désir impérieux et très général de l'humanité en donnant aux ménages une parfaite indépendance,

maïs il a escamoté une difficulté. D'une part> tout ce qui est commun dans Thabitation et la cuisine rend possible une économie considérable^ d'autre part nous aspirons à la séparation des foyers. Nombreux sont nos autres besoins qui correspondent au gâchis delà richesse générale. Un antagonisme existe sur bien des points entre le facteur moral et le facteur économique, pour parler un peu lourdement. Il faut voir là l'obstacle qui s'oppose à une solution complète et prochaine du problème social. De là aussi proviennent des erreurs où tombent ceux qui bâtissent les paradis. Un conflit existe qu'ils doivent plus ou moins ignorer, sous peine de ne rien construire. Ainsi Fourier croit que nos instincts réclament les hôtels coopératifs ou phalanstères, parce qu'on y vivrait à meilleur compte. 11 aiguille les passions dans la voie de l'économie par l'association ménagère. La réalité nous les montre tirant à Fopposé. Zola indique bien leur tendance, mais il méconnaît les nécessités économiques qui les empêchent d'aller où elles veulent. Le disciple et le maître, avec des conclusions opposées, se trompent de la même manière en supprimant une des deux forces qui sollicitent en sens inverse l'activité humaine.

Une autre différence distingue la Crècherie du Familistère de Guise : on y met en usage la journée de huit heures, et cela dès le début. Gom-

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ment Luc Froment, talonné par la formidable concurrence de l'Abîme, adopte-t-il sans danger une durée de travail réduite, alors que Godin, demeuré seul fabricant de sa spécialité à Guise, dépassant tous ses rivaux en France, et passionné pour les améliorations sociales, n'avait put arriver à moins de dix heures? On se l'explique par un vœu de Zola.

Mais la différence capitale est dans la vitesse. En quatre ans TÉvangéUste obtient ce qui représente quarante années des efforts persévérants de Godin, et avec une virtuosité d'autant plus géniale que, directeur d'une usine métallurgique, il n*est point spécialiste en métallurgie (p. 14). Godin au contraire, d'abord ouvrier serrurier, connaissait depuis son enfance le travail du fer et n'était parvenu que petit à petit à la fabrication industrielle de ses appareils de chauffage. Godin est déjà un homme exceptionnel, à ce point que sa fondation persiste malheureusement à rester la seule association ouvrière d'origine patronale. Cela ne donne pas confiance dans la portée générale que peut avoir l'initiative de Luc Froment.

Il est quasi-divin, ce jeune ingénieur 1 Un tel personnage prend mal son temps lorsqu'il appa* raît aujourd'hui. Où trouve-t-il l'auréole légendaire pour en coiffer son chef d'Olympien ? Il est un Dieu fourvoyé parmi les choses réelles. Et

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l'esthétique lui préfère Fétre vraiment humain, comme elle préfère le savant au prestidigitateur.

Voilà encore un inconvénient du genre « paradis laïque ». Au lieu de se placer d'emblée en pleine -chimère ou en plein rêve, Zola veut donner l'illusion de la vie, suivant un desideratum naturel aux romanciers. Alors il représente en vues cinématographiques les gestes importants qui ont illustré TEvangéliste au cours d'une soixantaine d'années. Et comme il se propose encore de montrer une évolution sociale, il applique sur le même cinématographe une autre pellicule, pareille dans ses dimensions à la précédente^ et où il a juxtaposé les principaux tableaux des transformations économiques pendant une période indéterminée; mettons mille ans. Ce travail achevé, il met sa machine en branle. Et l'histoire de mille ans commence et finit avec rhistoire de soixante ans. Par un tel procédé on ferait voir des tortues qui gagnent une course de vitesse sur des automobiles. L'effet produit est curieux, mais il relève plus de la physique amusante que de l'esthétique.

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Le cinématographe de Zola manque souvent de continuité. Il y a, d'une image à l'autre, certains soubresauts qui détruisent l'illusion. Voici, par exemple, les paysans des Combettes, petite commune rurale limitrophe de Beauclair. Ils pratiquent un art agricole de plus en plus arriéré, au point que les récoltes dépérissent faute d'engrais. Un beau jour, Lenfant, maire des Gombettes, vient voir Luc. — Associez-vous, — dit celui-ci qui montre aussitôt les bienfaits de l'association (p. 233-236). Bientôt après les bourgeois de Beauclair sont consternés : « voilà que M. Luc débauchait, empoisonnait les paysans. Lenfant, le maire des Gombettes, aidé de son adjoint Yvonnot, après avoir rapproché, réconcilié les quatre cents habitants de la conamune, venait de les décider à mettre leurs terres en conmiun... Iln'y auraitplus qu'un vaste domaine*. • » (p. 252). C'est aller un peu vite en besogne. Fourier luimême ne croyait pas que l'on pût décider les paysans à une révolution aussi brusque. Son phalanstère, où la culture devait^ à la vérité, être pratiquée en commun, naissait de l'initiative capitaliste qui peu à peu fdsait accéder les travail-

leurs à Fassociatîou. Mais^ à défaut de cette inî* tiative,Fourier préconisait leComptoir Communal qui ressemblait) sauf par ses attributions indus* trielles et banquières> aur syndicats agricoles où les cultivateurs ne se trouvent associés que pour Tachât des engrais, l'emploi des machines et la vente des produits. Puisque dételles associationsexistent réellement, il eût été plus vraisemblable d*y engager les gens des Combettes avant de les précipiter dans un état social qui n'est point réalisé encore pour les ruraux et leur déplaît jusqu'ici profondément.

Mais le temps presse. Une véritable bousculade se produit. La Crècherie s'associe aux paysans, elle leur fournira des outils, ils lui fourniront du pain. Voilà du coup la maison Hausser (faux et serpes) et la maison Mirande (machines agricoles) atteintes dans leur clientèle ; pour éviter la faillite, elles se fondent dans la Crècherie. Le groupe métallurgique est constitué. Gourier, le maire de Beauclair, met sa cordonnerie sous la formule < Capital, Travail, Talent », il annexe les tailleurs, les bonnetiers, les chapeliers. Le groupe du vêtement est constitué. Le groupe du bâtiment est aussi constitué par des inconnus, car l'exemple est contagieux. La coopérative de la Crècherie absorbe le petit commerce. Les groupes se groupent. La Cité future est bâtie. Dans cette hâte nous.

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avons oublié la finance. Zola aussi. Peut-être n'est-ce qu'un détail.

On peut seulement dire à ce sujet que les bonnes espèces sonnantes et trébuchantes disparaissent pour se métamorphoser en orfèvrerie. Toutes les femmes ont des bijoux en or et tout le monde mange dans de la vaisselle plate.

Ce n'est là d'ailleurs qu'un très petit appoint à la félicité du paradis ouvert par Luc Froment. Le principal est qu'on travaille sans peine et peu. One quarantaine d'années après la fondation de la Crècherie, la journée de travail est réduite à quatre heures. Et l'on donne enfin un semblant de satisfaction à la papillonne de Fourier qui réclamait la diversité des occupations. L'habitant du paradis laïque exerce deux métiers entre lesquels il partage également la durée de son labeur quotidien. C'est ainsi qu'Adolphe Laboque achève ses deux heures de métallurgie au moment où Luc fait sa tournée d'usine. « — Je me dépêche, dit... Adolphe, après s'être lavé les mains. J'ai à terminer un modèle de table qui me passionne, et je vais faire deux heures aux ateliers de menuiserie — > (p. 647). Mais après les quatre heures, que fait-on ? Rien peut-être. Ne le croyez pas. On s'occupe d'art, de littérature, de science. Zola y compte. Il donne pour raison de sa confiance que les gens périraient d'ennui à rester oisifs et que

réducation si complète dispensée à tout le monde au paradis laïque ne peut manquer de susciter un affinement intense. De là des besoins cérébraux qui demandent impérieusement à être satisfaits. Ces inductions font honneur au caractère de Zola. Zola, soumis au régime de la Cité future, n'eût pas manqué de travailler, peut-être avec excès, en dehors des quatre heures consacrées à la production commune. Il juge les autres d'après lui. C'est leur faire trop d'honneur et en même temps mal observer.

On voit d'abord facilement que la journée d'un homme non paresseux peut être remplie par quatre heures de travail. Donnons à titre d'exemple le programme d'une telle journée. Lever à huit heures. L'honnête homme en question est propre, et il a des relations, d'où nous conclurons que la toilette, la correspondance privée, le petit déjeuner, le mèneront facilement jusqu' à dix heures. De dix heures à midi, sport hygiénique et courses. Au retour, un tub ne ferait pas de mal. Signalons-le cependant pour mémoire. De midi à deux heures, grand déjeuner, digestion, cigarettes, conversations avec Madame. De deux heures à six heures, travail. De six à neuf, retour à la maison, toilette, dîner, digestion, cigarettes, nouvelles conversations avec Madame. De neuf heures à minuit soirée. Or, depuis qu'il y a des soirées, on

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a toujours admis que le travail n'était pas nécessaire pour les passer.

En second lieu, Zola oublie que, très souvent, rhomme ne sait pas s'occuper en dehors d'une ou deux professions qu'il a choisies ou que le» circonstances lui ont imposées. X... est un ancien fort en thème qui, comptant sur des rentes et voulant se meubler l'esprit, a passé des licences scientifiques outre la licence ès-lettres. Les rentes escomptées disparaissent dans un krach. Heureusement, un parent éloigné passe à X... un beau commerce d'épicerie. X... trouve l'épicerie mé-f prisable, mais il s'y applique et gagne de l'argent. Sa fortune faite, il se retire. Voilà un homme heureux... Non 1 c'est une épave. Il pleure dans votre sein, il s'ennuie. Vous lui dites : — Faites des mathématiques, écrivez des romans, collaborez à une revue économique, achetez un microscope et considérez les curiosités du monde des insectes, puisque tout cela vous intéresse. — X... vous donnera des raisons, mais non la véritable. Il a eu jusqu'ici une direction qui s'imposait à lui : le baccalauréat, le concours général, les licences, une maison à faire prospérer. Il est comme certains chevaux. On leur tient la bride serrée, ils galopent. On lâche tout, ils s'arrêtent désemparés.

Il y a donc lieu de croire que les gens du pa-

radis laïque gaspilleront, sans trop souffrir, leur temps libre, ou ne sauront pas s'occuper sérieusement s'ils s'ennuient. Bien entendu,on parle ici du plus grand nombre seulement.

C'est pourquoi Fourier a vu plus juste que Zola. Il considère qu'une longue journée de travail en séances très courtes, très variées, mais très réglées aussi, est une condition de bonheur. Sans doute, la règle à laquelle se soumet l'Harmonien a été librement acceptée. Toutefois il ne l'a pas créée. Elle est un fruit de l'art sociologique des fondateurs de phalanstères qui ont appliqué les conceptions de Fourier. Une détermination extérieure vient en aide à l'Harmonien, et il échappe ainsi au mortel embarras du malheureux X...

Que dire de l'époque où rien ne sera plus réglé? Car elle a enfin son tour. Chose étrange, l'organisation de Fourier apparaît. Les séries, les groupes, se fondent (p. 642). On se demande alors pourquoi Luc ne les a point préparés en partant de l'antique journée de huit heures divisée progressivement jusqu'à former, par exemple, quatre séances de travaux différents. C'eût été plus conforme à la méthode évolutive. Quoi ! Vous professez le fouriérisme, ô Luc Froment, votre direction a ouvert le Paradis, et elle n'était point fouriériste, ou si peu l — C'est quand je cesserai mes fonctions d'apôtre, dites-vous à vos disciples, et alors

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seulement, que vous suivrez les enseignements de mon vieux maître. —Singulière conduite 1 Mais il fallait amadouer les anarchistes, et pour cela laisser une contradiction entre Tautorité et le plein épanouissement du bonheur, plutôt que de montrer ce bonheur comme le produit d'une autorité^ même socialiste.

En résumé, le fouriérisme de Zola est assez incomplet et assez décousu. La faute en revient sans doute au mode d'exposition adopté.

Travail n'a guère, au point de vue fouriériste, que le prix d*un plaidoyer très lyrique et très général. Mais cela suffit pour lui laisser une certaine importance.

On y tonne contre le commerce, <... ce commerce barbare,perpétuant la lutte haineuse entre le marchand qui vend Toutil, le paysan qui fait pousser le blé, et le boulanger qui revend le pain renchéri par le vol de tant d'intermédiaires > (pp. 505-506).

La formule Capital^ Travail^ Talent^ revient à chaque instant, ainsi que l'éloge de l'association libre et sans violences.

Ainsi se trouvent mises en relief les pensées

maîtresses de Fourier. Elles restent actuelles. Nous leur devons, non point peut-être la coopération elle-même, mais toutes les raisons qui militent en sa faveur. Et ces raisons sont sorties aujourd'hui du domaine théorique où demeurent encore les arguments collectivistes et anarchistes, elles participent de la science, elles ont une base expérimentale. La coopération existe. En Angleterre, elle supprime pour deux millions de consommateurs l'intermédiaire du petit commerce, et cette puissante fédération commence à se passer du commerce de gros, à mettre le consommateur en rapports directs avec le producteur, et enfin à produire elle-même. Il n'aurait pas été absurde de considérer en un roman Textehsion de cet organisme déjà gigantesque à une société tout entière. Mais celle-ci ne serait pas constituée comme le paradis fouriériste. Beauclair devient une fédération de diverses coopératives, laquelle devrait se fédérer à son tour avec d'autres communes pareillement organisées. Telle est la conception de Fourier, assez mal étudiée d'ailleurs par Zola. Le mouvement coopératif, au contraire, unit les coopératives de consommation entre elles^ par exemple, avant de les mettre en rapport avec les coopératives d'une autre espèce. Ainsi, comme nous l'avons déjà fait remarquer, la société future, amorcée par la coopération, diffère de la cons-

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traction de Fourier. Le groupement semble de-? voir se faire par fonctions plus que par localités.

Mais, sans être théoriquement invraisemblable, la disparition du petit commerce ne saurait passer pour fatale. On a fait remarquer, à propos du Familistère de Guise, combien il conserve de vitalité. Ses désavantages économiques doivent être compensés par certains attraits moraux qu'il exerce sur l'âme des acheteurs. 11 y a, par exemple, entre le boutiquier et son client, des relations personnelles. On bavarde. On éprouve Tillusiond^une sorte d'amitié réciproque. 11 n'est pas impossible, je dirais plus volontiers improbable, que le petit commerce subsiste dans la société future, même profondément transformée. Zola pèche contre la psychologie en le dépouillant de toute séduction avouable.

Mais enfin n'oublions pas que Travail est un plaidoyer pour l'association fouriériste. La coopération a de grands avantages, dont le premier est d'exister et de pouvoir par conséquent se développer sans ruiner d'abord l'édifice social actuel. Le collectivisme, au contraire, en est réduit aux raisonnements pour établir sa vertu. Veut-on le soumettre à Texpérience, qui seule a une valeur probante, on se voit obligé de renverser les institutions sociales de tout un pays, quitte à les rétablir ensuite si l'essai ne réussit pas. Cela peut coûter

assez cher. En outre, le collectivisme, malgré ses protestations, est d^essence autoritaire* Il lui faudra bien, tout comme la Révolution française, faire respecter de force la société nouvelle par les amis de Tancienne. Rien de tel pour la coopération qui ne s'occupe pas de conquérir le pouvoir politique, ni même de le supprimer. En ce dernier point elle se distingue de l'anarchie. Le seul reproche qu'on puisse lui faire est de marcher bien doucement. Attendons, pour le ratifier, que les systèmes socialistes révolutionnaires aient fait un pas.

On voit donc que la cause choisie par Zola est excellente. Il Ta défendue spontanément avec tout son cœur, de quoi nous devons lui conserver un gré infini.

(SUB LA PIEBRE BLANGHE)

Au début de Sur la Pierre Blanche, Anatole France met en scène Gallion et Mêla, grands personnages romains qui vécurent sous les premiers empereurs.

€ Gallion et Mêla, dit-il, comptaient parmi les plus hautes et les plus libres intelligences de Tépoque. C'est une disposition ordinaire aux esprits de cette valeur de rechercher dans le présent et dans le passé les conditions de l'avenir • J'ai remarqué chez les hommes les plus savants et les mieux avertis que j'aie connus, Renan, Berthelot, une tendance marquée à jeter, au hasard de la conversation, des utopies rationnelles et des prophéties scientifiques *. »

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