Emile Poucet, lee. cit., p
leur tâche aura pris fin, nous prendrons possession de la locomotive et nous lui appliquerons tout de suite Télectricité.
Le plus clair de tout cela est que Tutopie hante aussi les cerveaux syndicalistes. Elle y prend le seul avantage de paraître moins minutieuse qu'ailleurs, mais non moins énorme.
Et en somme, qu*avons-nous affaire de discuter tout cela ? Puisque de braves gens veulent absolument dynamiter notre bâtisse € bourgeoise », la question n*est pas de savoir s'ils seront ensuite bien ou mal logés, mais si leur pétard fera explosion de notre vivant. Pensons aussi à nos fils, même à nos petits-fils, et disons sans vergogne : — Après eux le déluge ! — car si nous prenions souci d'une postérité plus lointaine, nul ne nous prendrait au sérieux. C'est donc une affaire de cent cinquante ans au maximum.
Bien que la G. G. T. soit une agence d'excitation de premier ordre, elle ne peut avoir la prétention de maintenir les nerfs du prolétariat tendus pendant un siècle et demL Donc la révolution se fera bien avant le terme qui nous intéresse.
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On nous la prépare en cas de guerre. Or le capitalisme régnant ne paraît pas avoir intérêt à une guerre européenne. L'argent hésite devant cette opération coûteuse où il jouerait le premier rôle. C'est en vain que M. Francis Delaisi dénonce au contraire Tesprit belliqueux de la finance. La finance^ dit-il, trouve une source d'affaires colossales dans la défaite elle-même qui implique des emprunts pour payer Tindemnité , Oui, mais les financiers qui feraient engager la guerre auraient beaucoup de chances pour laisser à d'autres ce gâteau de l'emprunt. En l'attendant, ils risqueraient fort la panique et le krach, lequel est aujourd'hui un projectile à ricochet dont nul ne veut chez le voisin de peur de le recevoir ensuite. Un parfait optimisme n'est pas toutefois de saison. La Paix se tient encore sur ime pente raide et savonneuse où tout le monde s'ingénie à Tempêcher de glisser, efforts pleins de bonne volonté, mais assez maladroits, que peut rendre inutiles une distraction ou une impatience;
La guerre n'est donc pas tout à fait impossible. Heureuse pour la France, elle ne se prêterait pas à une révolution prolétarienne, puisque le prolétariat en majorité aurait marché d'accord avec la nation. En cas de défaite, ce seraient les vainqueurs eux-mêmes qui écraseraient l'insurrection à défaut du gouvernement légal, sans quoi les AU
lemands consentiraient implicitement à se retirer bredouilles de milliards, chose à peine croyable.
Si la révolution syndicaliste doit éclater en temps de paix, il faut, pour réussir, qu'elle soit assurée de voir la plupart des soldats mettre la crosse en l'air. Pour cela, une longue propagande est indispensable. Mettons-la de trente ans. Mais l'enthousiasme révolutionnaire peut-il durer trente ans ? La psychologie du Français ne nous porte pas à le croire. Quelles âmes d'ailleurs supporteraient aussi longtemps sans fatigue de rester à l'état violent ? Gageons que la G. G. T. pror gressera encore pendant une dizaine d'années, après quoi on la trouvera, comme par enchantement, tout à fait radoucie, sauf peut-être en paroles.
D'autres considérations permettent de pronostiquer aussi ce résultat. Tous les syndicats de la G. G. T. ne sont pas farouchement révolutionnaires. Il y en a qui se contentent presque d'être professionnels, et parmi ceux-là on ne compte pas les moins puissants. La G. G. T. grandit de deux* manières : et par le nombre des syndicats et par le nombre des adhérents à chaque syndicat, mais c'est le premier mode de croissance qui l'intéresse, on pourrait dire seul, car dans la G. G. T, on vote par syndicat, et moins un syndicat est nombreux, plus il se trouve composé de < mili-
tants » et de < conscients », c'est-à-dire de révolutionnaires. Le nombre lestera peu à peu chacun de ces groupements ; on y pensera plus aux affaires et moins à la révolution prolétarienne, à force de ne pas voir celle-ci se réaliser. Nous en viendrons ainsi tout doucement à un syndicalisme analogue aux syndicalismes allemand et anglais, avec, peut-être, un peu moins de respect de la police. D'un autre côté, les fédérations patronales s'organiseront, elles formeront une puissance devant la puissance ouvrière, gage sérieux de paix, au moins intermittente, s*il est vrai, comme nous l'avons déjà suggéré, qu'à force comparable, les forts sont plus inclinés aux arrangements qu'aux batailles. Nous voyons déjà le contrat collectif imposé à des patrons isolés ; quand il sera consenti par une fédération de patrons, nous pouvons être assurés que les « hautes puissances contractantes » se gareront des causes de guerre et ne violeront pas leur parole ; elles y auront l'une et l'autre le plus grand intérêt.
Une fois passée sa phase d'ambitions catastrophiques, le syndicalisme est susceptible de produire d'excellents résultats. Ënlevea-lui en effet son esprit révolutionnaire, qui est en somme la tendance à se mêler des affaires de tout le monde, et il concourt à une organisation sociale où les intéressés font leurs affaires euxHqaêmes,
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ce qui est encore la meilleure méthode. Traduisez sa guerre à TEtat» qui est aussi une guerre au peuple, par la volonté de se passer de l'État le plus possible, et vous avez une sauvegarde de la liberté. Le syndicalisme, entendu au sens de l'adjectif syndical sans additions ni commentaires, est la caractéristique de la société de demain, telle qu'on la voie s'esquisser dans la société d'aujourd'hui. Syndicalisme signifie tout simplement esprit d'association.
Sur ce point, il y a quelque chose de nouveau dans le monde. La révolution française avait fait la guerre aux corporations^ parce qu'elles étaient imprégnées d'ancien régime ; ce fut sans doute inévitable. Il en est résulté un Etat centralisé d'une part et de Tautre une poussière d'individus, comme beaucoup d^ personnes l'ont fait remarquer. Chaque citoyen a bien une part du pouvoir, mais de ses bulletins de vote à leurs conséquences, la route est tellement longue et détournée qu'il ne peut la connaître. Il en est de même pour les impôts. Vous payez et votre argent disparaît dans des régions où vous ne pouvez pas le suivre. Nous faisons nos gestes d'électeurs et de contribuables dans les ténèbres. Au sein d'un petit groupe, au contraire, la lumière se fait^ l'expression de notre volonté, nos participations pécuniaires ou autres, produisent un effet facilement visible. Il était
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donc naturel que les individus^ se sentant isolés^ faibles et aveugles dans l'Etat, tendissent à former des collectivités moins nombreuses ou visant ime fin plus restreinte. De ce besoin sont ressuscitées les associations. C'est une remarque banale que d'en constater le développement. Elles s'étendent à tout. U n'y a presque pas de jour qui n'en voie apparaître une nouvelle. Et ce mouvement n'est pas près de décroître, puisque chaque groupement d'intérêts qm prend des forces détermine les intérêts opposés à se grouper. Ainsi naît $ous nos yeux une sorte de socialisme qui possède la singularité de s'accommoder du capitalisme et pourrait bien la conserver assez longtemps encore. A k limite, on imaginerait le pouvoir économique entre les mains d'un trust des patrons, de la C. G. T., d'une Union coopérative nationale, d'une fédération des commerçants, d'un syndicat général agricole et de trois ou quatre autres seigneuries pareilles qui s'entendraient après avoir longtemps essayé de s'entre-détruire.
Mais cette limite ne saurait être atteinte, sinon au delà des temps dont notre esprit ne saurait s'occuper sans ridicule. Llndividuel et le collectif sont posés sur les deux plateaux d'une balance instable qui oscille perpétuellement. Nous entrons dans une phase où le collectif l'emporte. Il ne l'emportera pas toujours. A force d'être obligé
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de sacrifier ses convenances particuKères aux associations qui Tauront englobé^ l'individu finira par regimber et il y aura une réaction.
L'avenir n'est donc pas probablement au triomphe exclusif du syndicalisme, pas plus qu'il n'est au triomphe du collectivisme, du coopératisme, ou d'un isme quelconque. En cette matière surtout, il faut appliquer la sagesse du Normand auquel on demandait s'il y avait une bonne récolte de pommes. < Pour une année où il y a des pommes, répondait-il, il n'y a pas de pommes, mais pour une année où il n'y a pas de pommes, il y a des pommes. » Nous répéterons d'après ce philosophe: «Pour une société collectiviste, la société future ne sçra pas collectiviste, mais pour une société anticollectiviste, elle sera collectiviste. » Et ainsi pour la coopération, le syndicalisme, etc. La raison en est que tout système contient une part réalisable, mais une part seulement. On peut défier hardiment n'importe quel entrepreneur en Cités Futures de ne point prévoir un paradis laïque inhabitable ou de ne point se heurter à des impossibilités s'il nous présente un projet détaillé.
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En revanche ces entrepreneurs, étant des hommes, obéissent dans leurs travaux idéologiques à un désir humain. Or tout désir humain exerce une poussée dont l'action est aussi effective que celle des forces physiques, mais il n'existe pas seul, il ne peut se faire place sans refouler d autres désirs qui acquièrent du ressort selon la mesure même où ils sont refoulés, il finit donc par se trouver arrêté dans son expansion.
C'est ainsi que plusieurs désirs très légitimes créèrent le socialisme dont tous les principes peuvent se résumer en cette formule : le travail individuel doit être la seule mesure de la richesse individuelle. Mais l'application rigoureuse de cette formule conduit nécessairement, comme nous l'avons vu, à l'oppression de Tindividu et à la suppression du luxe, c'est-à-dire de tout objet de consommation qui ne soit pas accessible à tout le monde. 11 paraît superflu d'insister sur la force des désirs qui réagiraient. Toutefois n'y a-t-il pas quelque chose de réalisable dans l'idéal socialiste tel que nous lavons résumé? Ne serait-ce que la restriction de la spéculation et de l'héritage. Encore, sur ce dernier point, se verrait-on limité par le désir qu'ont les pères de travailler au profit de leurs enfants. U n'est pas jusqu'à l'idéal coopératif , la plus irréprochable, la moins utopique des conceptions socialistes, qui ne se
heurte au besoin qu'ont les clients, surtout les clientes^ d'avoir des relations personnelles, quasiamicales, avec leurs fournisseurs^
A cela peut s'objecter qu'il n'y aurait donc pas d'évolution sociale. On en resterait toujours à quelques oscillations entre désirs qui agissent et qui réagissent, on piétinerait sur place. Telle n'est pas en 'effet la réalité. En matière sociale^ l'action n'est pas rigoureusement égale à la réaction ; après un certain nombre de balancements d'un côté, puis du côté opposé, on a tout de même, en fin de compte, gagné un petit peu dans une certaine direction. Nous voulions dire simplement que d'ici à une modification totale de la société, il s'écoulera une durée géologique. Les hommes de cet avenir lointain seront tels que nous ne pourrions pas les comprendre, une pensée humaine actuelle n'a aucune prise sur eux» Ce qui les concerne est un conte de fées.
On ne sort cependant pas des limites de la spéculation raisonnable si, considérant une ligne générale qu'a suivie l'humanité civilisée, on la pro^ longe un peu par la pensée, et si on se demande:
— Est-il bon de la suivre ? Dans quel sens devronsnous de préférence llnfléchir ? — Or nous connaissons une telle ligne. Presque personne n'en nie l'existence : c'est la direction démocratique» Mais avant d'aller plus loin, il faut s'entendre sur la définition du mot « démocratie » qui a fini par prendre un sens beaucoup plus étendu que jadis. Il n'y a pas lieu ici d'en faire une étude approfondie, faute de place. Nous croyons cependant que Ton peut donner une idée assez complète des fins recherchées par la doctrine démocratique en regardant celle-ci conmie condensée dans l'extrait suivant des Droits de l'homme et du citoyen : € Tous les hommes naissent libres et égaux. »
A l'origine, il s'agissait uniquement de liberté et d'égalité politiques. On va plus loin aujourd'hui, sans^donner prise cependant à la vieille et trop facile plaisanterie réactionnaire qui attribuait aux démocrates le dessein de niveler les santés, les forces, les intelligences, les aptitudes. Bien au contraire, le démocrate veut, autant que possible, que des accidents artificiels de naissance ne favorisent pas les individus médiocres aux dépens des individus bien doués. Il considère la vie conmie une course exclusive de tout handicap réglementaire.
On a prétendu récemment qu'il tendait à entraver le plus précieux agent du progrès, la sélec-
tion. Il n'en est rien. Ses idées impliquent seulement sur la sélection des vues qui ne sont pas <5elles de l'aristocrate. C'est là le nœud du débat théorique.
Les derniers et assez rares tenants de la doctrine aristocratique pure assimilent la sélection humaine à la sélection telle que la pratiquent les éleveurs d'animaux. — Voulez-vous avoir des chevaux rapides? prenez les rejetons de chevaux qui depuis un grand nombre de générations se font remarquer par leur vitesse. Voulez- vous avoir des hommes de gouvernement ? empruntez-les à des familles qui aient gouverné de père en fils depuis les croisades ou même Tinvasion des Barbares, si c'est possible. Surtout pas de mélanges! — Qu'on se souvienne du régime des castes aux Indes et Ton jugera ce que vaut en fait un pareil système, terreur aristocratique vient d'une fausse analogie. Les éleveurs opèrent sur des races parfaitement caractérisées. Pour appliquer leur système à rhumanité, il faudrait donc considérer des races humaines aussi caractérisées que les jaunes et les blancs par exemple. Tout au plus pourrait-on songer à des variétés différenciées au même degré que les divers peuples européens. Et encore se figure-t-on en quelle piètre estime professionnelle un éleveur tiendrait les Scandinaves, les Alleçiands, les Français, les Anglais? Il les regarde-
rait comme des lots, assurément faciles à distinguer, mais composés chacun de mélanges bâtards où se trouve noyée toute apparence de race pure. N'oublions pas aussi que les effort^ des éleveurs ne portent guère sur l'ensemble des qualités morales des animaux ; ils développent les seuls instincts spécialisés. Si Ton observe les chiens, par exemple, on constate que les plus défectueux au point de vue de l'élevage, les hybrides les plus hétéroclites, l'emportent souvent par l'intelligence. Donc, puisque l'homme vaut surtout par les qualités morales, on ne saurait lui appliquer la technique de l'élevage. Dans ces conditions, et faute de pouvoir expérimenter in anima vili sur nos semblables, nous ne saurions avoir la prétention de les soumettre à une sélection scientifique. Qu'y a-t-il dès lors de plus scientifique que de laisser le plus libre cours possible à la sélection naturelle î C'est précisément, par excellence, la méthode idéale de la démocratie.
L'égalisation des conditions jusqu'à l'adolescence, mais jusque-là seulement, est une traduction immédiate de la sélection naturelle. Un gouvernement démocratique devra tendre à sup-; primer pour les enfants qui viennent au monde tous les privilèges ou toutes les infériorités qui ne sont pas dans leur nature. La conséquence logique serait la main-mise de l'Etat sur l'individu,'
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dès qu'il sort du sein de sa mère, car certains parents, peu soigneux de l'hygiène et de la première éducation, peuvent compromettre l'avenir d'un enfant bien doué. Et pour cette même raison, les femmes enceintes appartiendraient à la tutelle publique. Autant d'impossibilités. Il y a donc des limites aux mesures propres à garantir le jeu tout à fait libre de la sélection naturelle. Qu'y a-t-il en deçà de ces limites? L'abolition de l'héritage ? Un vrai démocrate la souhaitera, puisque le fait d'avoir des parents riches constitue un avantage à quoi la valeur personnelle ne contribue en rien. Mais, d'autre part, n'aura-t-on pas enlevé un puissant ressort à la concurrence vitale, mère de la sélection, quand les hommes ne pourront plus travailler pour enrichir leurs enfants ? Un compromis est nécessaire. Que l'on conserve le seul héritage en ligne directe, au moins partiellement, et que les autres disparaissent, peu à peu bien entendu. Il est regrettable que Ton n'entre pas du tout dans cette voie. Au lieu d'emprunter de plus en plus ses ressources aux biens des défunts, l'État augmente les charges des vivants.
n a mieux commencé de faire son devoir démocratique en créant l'instruction primaire, gratuite, laïque et obligatoire. Sans elle en effet, beaucoup d'enfants se trouveraient disqualifiés dès le départ
de la conrse vitale par la faute ou la pauvreté de leurs parents. Mais ce n'est là qu'un premier pas. L'instruction aux autres degrés devrait être gratuite, non point pour que tous la reçoivent, mais pour qu'on puisse choisir les plus aptes à en profiter, sans laisser intervenir les conditions de fortune. Dans bien des cas^ ce choix ne porterait que sur un petit nombre d'individus. Ne nous passerions-nous pas en effet, sans inconvénients, des neuf dixièmes de nos bacheliers ? L'idée de sélection naturelle indique avec précision l'esprit d'un véritable enseignement démocratique. Celuici consistera très peu à « enseigner » suivant le sens ordinaire du mot, à donner un certain nombre de notions pour bonnes et vraies, ce qui diffère trop peu de l'imposition d'un dogme et gêne plus ou moins le libre mouvement des intelligences, il s'appliquera surtout à développer les possibilités d'apprendre.
On dira que cette démocratie, dont nous venons d'ébaucher deux traits essentiels, est un demisocialisme, puisque l'Etat, principal héritier des individus, arriverait à posséder ainsi la plus grande part de la richesse nationale. Mais TEtat est-il socialiste parce qu'il prélève chaque année près de quatre milliards sur cette richesse ? et serait-il socialiste si ces quatre milliards lui étaient fournis dans une beaucoup plus forte
mesure par les successions ? En outre, le socialisme suppose une organisation économique qui n'est point nécessairement impliquée dans notre démocratie. Le principe de la sélection naturelle ne s'accorde au contraire qu'avec la libre concurrence et avec le seul socialisme résultant des libres associations, coopératives, syndicats ouvriers, patronaux^ agricoles.
Toutefois l'Etat démocratique doit assumer un certain nombre de missions qui sont jusqu'ici principalement conseillées par les socialistes « Nous avons comparé^ comparaison d'ailleurs banale, la vie à une course. La police de cette course appartient à l'Etat. 11 veillera donc à c e que l'on joue un jeu loyal, il réprimera les fraudes, les brutalités qui sont une prime à la sélection rétrograde, et, en même temps, il installera des postes de secours pour les infirmes, les éclopés et les concurrents dont les membres sont raidis par la vieillesse.
Peut-être plaira-t-il moins aux socialistes en remplissant avec impartialité un autre devoir urgent. 11 ne permettra pas qu'une coalition de quelques coureurs gêne tous les autres. C'est ce qui arriverait notanmient, pour parler sans figures, dans certaines grèves. Déjà une grève quelconque a le plus souvent pour résultat de faire pâtir les gens étrangers au conflit^ comme
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cela s'est passé à Marseille où pourrirent les produits des maraîchers d'Algérie parce que les débardeurs et leurs patrons étaient en dispute. Le petit nombre relatif des maraîchers algériens fit que le public ressentit peu leurs injustes malheurs. Mais un dommage infligé à tout le monde, tel que Tarrét général des moyens de transport, par exemple, ne pourrait être souffert sans résistance, et l'État seul a les moyens de résister en pareil cas. Il représente le moins mal possible tout le monde s'il émane du suffirage uni-* versel. Par là, on voit en passant que le suffrage universel tant décrié ne manque pas d'avan* tages.
Et pour conclure, cette démocratie, d'ailleurs lointaLie encore, si toutefois elle est réalisable, méritera-t-elle d'être appelée une créatrice de paradis laïque ? Assurément non, puisqu'elle perfectionne l'humanité par la sélection naturelle, effet de la concurrence. On se repose au paradis. On ne se reposera sur terre qu'après la dispari- ^ tion de la vie.