‹ Paradis laïquesChapitre 40 sur 42 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

AVBNIB 337

paresseux violents, comme on en trouve dans le midi, ou aux alcooliques, comme on en trouve partout, ils ne sauraient sans doute, d*après Georges Sorel, prendre plaisir à rosser le gendarme ni réclamer une augmentation de salaire et une diminution des heures de travail. Non, tout est noble, grand, pur, lumineux, dans le prolétariat excité qui constitue ainsi l'assemblée des saiats du paradis laïque. Georges Sorel n'offre pas, il est vrai, à notre vénération, de ces bienheureux à Tair penché, bêtes, languides et béats, comme les représentait Fart jésuite, mais des archanges armés de pied en cap et sans cesse occupés à trans-. percer quelque dragon diabolique : Armée, Patrie, Capital, Bourgeoisie. Ce n'en sont pas moins des images de piété laïque.

Emile Pouget nous montre sans doute un tableau plus réel et plus humain quand il cite un des avantages obtenus par la campagne syndicaliste: «...Avant le mouvement de mai (1906), $ur les chantiers, nous dit-il, les ouvriers se modelaient sur le plus < bûcheur » ; celui-là était l'entraîneur qui poussait à « en abattre ». Aiflourd'hui, c*est le contraire : on se modèle $up celui qui travaille le plus lentement, c'est lui qui est l'entraîneur, — si on peut s'exprimer ainsi. La conséquence est que, pour les entrepreneurs, il y a diçiinution de rendement

d'enyiron 20 à 25 0/0 *. » Comment nier que le syndicalisme ne donne ici une prime à la paresse ? On conçoit donc fort bien, malgré les affirmations de Georges Sorel, qnfô l'esprit révolutionnaire puisse engendrer des ourriers sans ardeur et sans conscience dans leur travail^ de sorte qu'au jour de la grande expropriation, ce manque d'ardeur et de conscience soit passé dans les habitudes, faisant ainsi consentir tout le monde à un abaissement du taux normal de la productivité.

Que l'esprit révolutionnaire n'enseigne pas Poiv ganisation économique, Georges Sorel en con-vient, mais il nie que cet enseignement soit utile. Le capitalisme, selon lui, organise fort bien et de mieux en mieux la production. Quand les révolutionnaires auront renversé le régime actuel, il leur suffira de s'improviser mécaniciens de la machine sociale admirablement perfectionnée par les capitalistes pour qu'elle marche comme si rien ne s'était passé. Que signifie cette vision apocalyptique ? Devons-nous en conclure que le capitalisme le plus capitaliste réalise un ordre communiste ? On nous dirait avec tout autant de sagesse ; — Voilà une locomotive à vapeur dont les capitalistes feront un engin splendide. Quand

Page 1