LIVRE \L
Eux, du Ciel leur patrie enfants inviolables, * Fermes comme les rocs , comme eux inébranlables , Chérubins, Séraphins, trônes, princes, vertus, Roulent confusément Tun sur Tautre abattus.
Hélas! sans le fardeau de leurs vaines armures , Ils auraient pu dans Pair éviter les blessures; Ou , de leurs ennemis éludant le courroux , En atome invisible échapper à leurs coups.
Tout s^ébranle , tout plie : en vain , pour fuir l'orage , Aux globes meurtriers ils ouvrent un passage. Que faire en ce péril ? au combat acharné Vainement lutterait leur courage obstiné ; Un second rang est là , prêt à lancer la foudre ; Et cependant à fuir nul ne peut se résoudre.
Le superbe Satan se croit déjà vainqueur; Il insulte à leur trouble avec un air moqueur. Et , sur de décider les destins de la guerre , Au tonnerre des Cieux oppose son tonnerre :
Mais son triomphe est court. Par la rage emportes , Les bataillons divins à pas précipités Partent , jettent bien loin leurs armes impuissantes: Pour étouffer la foudre en ses mains triomphantes , Ils cherchent des moyens et plus sûrs et plus prompts ; S'écartent de leurs rangs , s'élancent vers les monts. Le Ciel ^ comme vos champs , ofiFre dans ses campagnes Les aspects variés des vallons , des montagnes : lu 3
Aussi prompts que la foudre , ils volent, et leurs bra^ Des monts déracinés emportent les éclats :
Torrents, fleuves, rochers, forêt majestueuse. Arment de leurs débris leur rage impétueuse.
Juge de leur terreur , quand , des monts et des bois Emportant dans nos mains Tépouvantable poids., Nous fondîmes sur eux , lorsqu'au lieu de leurs cim^ Leur regard effrayé ne vit que des abîmes.
De leur masse accablante euxrmémes sont atteints; Leurs rangs sont écrasés , leurs foudres sont éteints: De moment en moment l'effroyable tempête Volait, montait, tombait^ et pleuvait sur leur tête* Leurs armes vainement protègent les vaincus ; Elles-mêmes bientôt sont un tourment de plus^ Par elles tout couverts d'horribles n»eiirtrissures i Furieux de douleur , déchirés de blessures , Du milieu de ces monts , de leurs vastes débris ,
Sortaient péniblement de lamentables cris; D'autres se débattant sous les masses qui tombent^ Luttent avec effort, se lèvent et succombent. Enfm de notre exemple ils prennent des leçons : Les monts lancés dans l'air entrechoquent les monts; La terre dans les dieux forme une voûte sombre ; Même au milieu du jour ils combattent dans l'ambre ; Le jour épouvanté les éclaire à tegret.
Rochers contre rochers , foret contre forêt>