LIVRE \t 2Q
» £nfi^ Satan triomphe ; on admire , on sV tonne Qu'il ait trouvé si tard cette poudre qui tonne : Chacun par l'inventeur croit être prévenu ; Tant paraît naturel, alors qu'il est connu, Le secret le plus rare , et dont l'adroit prestige D'un art inconcevable eût semblé le prodige.
» Tout se lève , tout sort ; ce grand ordre est suivi ; * A ce fatal projet tout concourt à l'enn.
Avant que leurs fureurs renouvellent la guerre , Tous , rassemblés en troupe et courbés vers la terre , Tous fouillent à la fois les campagnes des CieuXf Arrachent à leur sein les aliments des feux , Substance encore informe , écume encor grossière , Dont Tart doit lentement épurer la matière. . Le salpêtre et le nitre , empreints d'humidité , Corrigent par le feu leur âpre crudité :
On les mêle avec art ; en grains légers de poudre Leur masse atténuée apprend à se dissoudre.
L'arsenal se remplit. D'autres s'en vont chercher
Des filons de métaux , des masses de rocher , Tels que ceux qu'en son sein renferme cette plage , Messagers de la mort , instruments du xarnage , Qui des tubes grondants, dont rejaillit l'éclair , Partent avec la foudre et mugissent dans l'air. Ailleurs croît le roseau , rapide incendiaire , Qui touche et met en feu là poudre meurtrière.
30 t>ARAi)IS PERDU,
Tout se meut , tout agit : de leur travail sccrtt Témoin silencieux et confident muet , La nuit les favorise , et dès Taube naissante Leurs apprêts menaçants ont passe leur attente^
» A peine elle a paru , le signal est donné , Des ministres de Dieu la trompette a sonné :
Chacun sous ses drapeaux vole brûlant de zèle; De leurs armures d'or la càhipagne étincelle ; - Du haut des monts frappés des premiers feuit du jour^ D'autres vont observer dans les champs d'alentour L'ennemi, ses. projets, ses postes, sa conduite ; S'il revient au combat , ou s'il hâte sa fuite ; S'il avance ou s'arrête : aussitôt leurs regards Aperçoivent de près leurs flottants étendards : A pas lents avançait leur colonne intrépide.
Des messagers des Cieux soudain le plus rapide , Zophiel part , fend l'air, arrive , jette un cri : »
« Aux armes, compagnons! le voici, le voici!
» Nous le croyions en fuite , il revient plus terrible t » Du moins il nous épargne une marche péhible* ' » Rendons grâces au Ciel; au lieu de se cacher^ » Lui-même d'un pas ferme il revient nous chercher; » Son port est menaçant, son regard plein d'audacef^^ » Hâtez-vous ; que chacun attache sa cuirasse ^ » Qu'il enfonce son casque , et de son bouclier , » Comme d'un mur d'airain, se couvre tout entier.
tlVRE VI. Si
» Soyez prête , et surtout armez-vous dé courage ; » Car, si je ne suis pas trompe dans mon présage , » Ce jour sera cruel. Jç ne vous promets pas » Une faible escarmouche et de légers combats , » De quelques traits perdus une pluie innocente; » Une tempête affreuse ^ une grêle brûlante , » En rapides torrents s^en va fondre sur nous : » Aux armes ! le danger est digne enfin de vous. »
« Ainsi la voix céleste avertit leur courage ^ Et leur cœur valeureux leur en dit davantage. Tout s^ébranle , tout marche en bataillon serré : Tout à coup à leurs yeux l'ennemi s'est montré. Trancjuille et résolue , en un morne silence , D'un pas Ttnt mais hardi , la colonne s'avance « i Tramant entre ses rangs ses tonnerres affreux Que masquent en tous sens des bataillons nombreux. Arrivés en présence , un moment on s'arrête ; Satan sort de leurs rangs et s'avance àjeur tête; Pui^s élevant la voix : « Soldats , ouvrez vos rangs', » Voici lé jour qui doit finir nos différends. » Que le Ciel soit témoin , que notre ennemi voie ^> Qu'au-devant de ses pas nous volons avec joie. » A. notre accueil sans doute ils ne s'attendent pas , » En rivaux généreux nous leur ouvrons les bras* » Un .accord amical va bientôt se conclure; ii De nos vrais sentiments que ce jour les assure :
3a PARADIS PEEDU,
» Allons ; et , pour garants de ma sincérité f » Amis , annpncez-leur les clauses du traite ; - » Parlez à haute voix , et que chacun entende » Les offres que je £ais , la paix que je demande. »
» En ces mojts ambigus à peine il a parlé , Soudain sur les deux flancs chaque rang redoublé S^ouvre , et laisse un espace où nos regards se plongent; Là i leurs foudres guerriers en trois files s^allongent '^ *' Chacun vers Thorizon , en cylindre étendu , Sur deux orbes roulants se montre suspendu ^ Et semble ouvrir sur nous sa bouche menaçante. Derrière eux , allongeant la baguette brûlante , Des Anges sont debout, attendant le signal* Cet appareil guerrier , et bientôt si fatal ^ <
Durant quelques instants amuse notre vue.
Tout à coup , ô surprise ! ô terreur imprévue ! Ces roseaux enflammés que leurs mains tiennent prêta' Touchent au même instant tous ces bronzes muets ; Ses foudres assoupis la file est allumée , Le feu prend , Féclair part j des torrents de fumée Obscurcissent les airs, le Ciel gronde ; et soudain luxxxL à Tautre enchaînés , tous ces globes d^airain y De leurs tubes en feu déchirant les entrailles , Donnent en mugissant le* signal des batailles^ La guerre afiTreuse vole : à ces coups nos soldats Tombent s^n^ résistance et vaincus, sans cond>ats ^