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eelte fiction. Si c'est par la pensée qu'Adam doit embrasser ce grand spectacle , par une vision surnaturelle , pourquoi le placer sur cette élévation? Ce n'est pas d'une montagne qu'on découvre l'avenir. Si c'est à sa vue matérielle que doit se déployer ce grand tableau , quels yeux mortels peuvent suffire au spectacle de tous les temps et de tous les lieux ? Tous les collyres du monde ne peuvent suffire à un pareil effort. Virgile et Voltaire ont employé une ficlion plus vrai-^ semblable. C'était une opinion reçue cbez les anciens , que les âmes de ceux qui devaient un jour babiter la terre , erraient ensemble dans les Cbamps-Elysées. Ancbise les montre à Enée du baut de la colline où il le conduit , et la colline de Virgule l'emporte de beaucoup en vraisemblance sur la montagne de Mil ton. La vision que Saint^Louis envoie à Henri IV, durant son sommeil , me paraît aussi d'un merveilleux mieux imaginé. Mais où Milton a une véritable supériorité 9 c'est dans la variété et dans l'intérêt des objets présentés aux yeux du premier Homme ; ses prédécesseurs ne montrent dans le tableau de l'avenir que l'bistoire d'un seul peuple et d'un petit nombre de générations ; ici c'est celle de tous les peuples et de tous les âges , de leurs vices et de leurs vertus , de leur naissance , de leurs progrès , de leur dégénération , des malbeurs de la guerre , de la corruption de la paix , de la naissance des arts agréables et utiles , et enfin du plus sublime et du plus consolant des mystères , de la rédemption du Genre bumain.
Le premier spectacle qui vient frapper Adam est du plu& grand intérêt ; c'est celui de la première mort , et celte mort est celle d'un de ses fils immolé par son frère. Je suis surprix qu'Addison ait oublié une circonstance aussi intéressante*.
La seconde peinture est celle d'un hospice de malades , où viennent se réunir toutes les infirmités humaines : cette idée est belle et poétique , mais faiblement exécutée ; c'est une nomenclature assez aride des maux qui affligent Thumanité ; )'ai fâché d'en renforcer les couleurs. Tous ceux qui connaissent le dédain d<! notre langue pour de pareilles descriptions , sentiront combien il était difficile d'exprimer en yers , d'une manièce supportable , la frénésie , les rhumes , l'asthme , la colique , les ulcères , la pierre , la goutte et les catarrhes , etc. C'est mal à propos que Blilton a placé la peste sans la faire ressortir dans la foule des autres infirmités humaines , qu'il a séparé l'hydropisie de l'étisie , qui , rapprochées , forment un contraste naturel. Peut-être me permettra-t-on de croire que les idées de Milton ont gagné quelque chose dans les vers suivants :
La rage aox yeux hagards , le délire eflréné ,
Le vertige troublant Tesprit désordonué ,
La colique tordant les entrailles soufTrantes ,
Les ulcères rongeurs , les pierres déchirantes,
Et la triste insomnie, au teint pâle, à l'œil creux.
Et la mélancolie au regard langoureux ;
La toux , Tasthme essoufflé , dont la fréquente baleine ,
Par élans redoublés, entre et sort avec peine ;
Et Tenflure bydropique , et Fétique maigreur,
Et des accès fiévreux la bouillante fureur ;
L'évanouissement , la langeur défaillante ,
Et la goutte épanchant son âcreté brillante ,
Et du catharre affreux les funestes dépôts ,
Et la peste , qui seule égale tous ces maux.
Rien n'est plus pathétique que l'expression de la douleur d'Adam , à l'aspect des maux qui affligent Humanité. La ré-
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poDse de Michel est pleine de douceur et de la plus consolante morale.
Les' scènes qui suivent sont de la plus admirable varîëté , et présentent les contrastes les plus heureux. A la peinture de ces fléaux désolants , il oppose celle de la beauté , de Tamour , des festins et des danses. Vient ensuite Fîmage des premières guerres , des batailles et des sièges ; des délices de la paix , de la corruption et des divisions qu^elle enfante \ des vengeances divines , du déluge ; de Tarche , seule échappée au naufrage du monde ; du retour de la sérénité , et de la nature renaissante : tous ces tableaux sont de la plus riche poésie. La situation d^Adam , à la vue du grand désastre de la nature , de sa postérité presque entièrement anéantie , est exprimée dans les termes les plus pathétiques , et l'exécution est digne de son sujet.
J'oubliais de remarquer que , mal à propos peut-être , Milton , en peignant les progrès de la civilisation ^ a , contre l'opinion commune , fait naître les arts agréables av^mt les arts utiles.
On ne peut donner troj[^ d'éloges à l'idée de l'arc-en-ciel paraissant après le déluge , comme un signe de réconciliation entre la Terre et le Ciel : cette image est à la fois riante et sublime , et termine d'une manière agréable et consolante la peinture de tant de malheurs.
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ARGUMENT
jyiiGHEL expose dans une narration ce qui suit le déluge. Abraham lui donne occasion d'expliquer quelle sera la race de la femme , suivant la promesse qui leur avait été faite tlans le jugement prononcé par le fils de Dieu ; son incarnation , sa mort , sa résurrection , son ascension , l'état de Téglise jusqu'à son second avènement. Adam, consolé, remercie FArchange , descend de la montagne avec Michel. Il éveille £ve qui avait dormi pendant tout ce temps , mais dont l'espût avait été calmé par des songes favorables. Michel les prend tous deux par la main , et les conduit hors du Paradis, On voit l'épée de feu flamboyant derrière eux , et les Chérubins placés dans le jardin , pour Ai garder les avenues.
POÈME