‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 116 sur 131 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

Ainsi qu'un voyageur , avec l'astre des jours , S'arrête et se repose au milieu de son cours, Tel de son entretien le messager céleste Achève une partie , et diffère le reste ; Enfin il le reprend , et poursuit en ces mots :

« Des mains de l'Eternel tu vis un monde cclos; » Tu le >is submergé : de son antique race , » De nouveaux habitants ont occupé la place ; » Mais tu n'as pas tout vu. Les prodiges des Cieux, » Offerts à tes regards , ont affaibli tes yeux. » Je vais donc en récit t'achever cette histoire : » Ecoule, et pour jamais gardes-en la mémoire. » Tant que de l'univers les citoyens nouveaux , » Errant en petit nombre à travers les tombeaux , » Virent l'affreux débris de ce monde en ruines, » L'Homme, encore effrayé des vengeances divines, » Respecta l'Eternel; ses enfants plus nombreux, » Et d'un terrain fécond cultivateurs heureux , » Recueillirent en paix des moissons abondantes; i> La vigne se courba sous ses grappes pendantes;

> L'oliyier, sous sa charge, abaissa ses rameaax :

» L'élite de leurs fiiiits^ le choix de leurs troupeaux ,

A De leurs libations les pieuses offrandes ,

» Les autels par leurs mains enlacés de guirlandes ,

>» Présentaient leur hommage au Maître des saisons ,

y> Et d'un Dieu paternel sollicitaient les dons.

y> Tous , classés par tribus , cultivaient la sagesse ;

y> Leurs plaisirs étaient purs , leurs bancpetssans ivresse ;

» L'asile paternel fut le berceau des lois ;

» Les fils étaient sujets , les pères étaient r<Hs.

» Mais bientôt tout changea ; sous son joug tyramiique ,

» Un despote opprima la fortune publique,

y> Brisa le frein des lois , bannit la liberté ,

» Et le bonheur s'enfuit avec l'égsdité.

» Ce roi fut un chasseur , et sa bari^are joie

>!> Se fit un jeu du meurtre , et de l'Homme une proie;

» Commanda par la force , et , le fer à la riain ,

y> Fonda sur le massacre un pouvoir inhum^àin.

» Sa folle vanité brave l'Etre suprême ,

» Ou plutôt le tyran se croit un dieu lui-même :

» Il accuse l'orgueil et la rébellion ,

» Et de l'orgueil rebelle il tirera son nom.

[» Des campagnes d'Ëden, sa marche triomphale,

» Atteindra, dans son cours, la rive occidentale.

» Là se présente un gouffre où d'un bitume ardent,

M En bouillons enflanmiés , roule un fleuve abondant.

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