LIVRE Xll. 3t
» Il met le Ciel en feu , réduit la Terre en poudre , )• Dans les cendres du n:|pnde ensevelit son foudre ^ » Et sur l'inébranlable et sainte éternité » Etablit la concorde et la félicité. »
Adam répond encore :^ « O mon céleste guide ! » Que ne te dois-je pas! ô que d'un cours rapide , » Dans ce vaste avenir à mes yeux déroulé , » Des siècles fugitifs le torrent a coulé , » Jusqu'au terme fatal où , dans sa course immense , » Sur les débris du temps l'éternité s'avance ! » Là s'ouvre un vaste abîme, espace illimité, » Devant qui mon esprit recule épouvanté :
» Mais de l'Homme , de Dieu , de sa gloire éternelle V » J'ai vu ce que peut voir la faiblesse mortelle ; » C'en est assez pour moi : mon étroite raison » Ne saurait embrasser un plus vaste horizon. » C'en est fait , Dieu puissant! je t'aime et te révère ; » Sois à jamais mon guide, etmon maître, etmonpère: » Tu vois tous tes enfants avec un œil égal ; » Par toi toujours le bien est triomphant du mal ; » En force , quand tu veux , tu changes la faiblesse , » La bassesse en grandeur , l'ignorance en sagesse. » Ton exemple m'apprit que tout homme est soldat, » Que , quel que soit le prix , le succès du combat , » Il doit , dans les assauts d'une vie orageuse , » Soutenir jusqu^au bout sa lutte courageuse ;
3ao PARADIS PERDU,
» Fais-moi vivre et mourir sous tes augustes lois! n
Michel répond alors pour If dernière fois :
u Oui j craindre, adorer Dieu, le contempler sans cesse; » Voilà ton sort : c'est là qu'est toute la sagesse. » Quand tu pourrais nombrer tous les astres divers , » Parcourir TEmpyrée , approfondir les mers , 3» Embrasser d'un coup d'œil tous les astres du monde ; y> Ce qui vole dans Fair, ce qui nage dans Tonde ; » Quand tu pourrais toi seul posséder à la fois » Tout l'or des nations > tous les sceptres des rois ; » Tu n'en serais plus grand , plus riche , ni plus sage. » Joins tes propres vertus à ton noble apanage , » La constance , la foi , qui marchent d'un pas sûr, » L'amour surtout , l'amour , des cultes le plus pur : » Par lui tout s'embellit, et s'épure , et s'anime ; » Par lui r Homme vers Dieu prend un essor sublime; » Et, prêt à s'envoler de ce lieu de douleur, » Porte déjà le Ciel dans le fond dei son cœur, -
» Mais de cette hauteur il est temps de descendre : » Déjà sur la montagne , impatient d'attendre , » Le camp divin s'ébranle , et je vois , dans les airs , » De leurs armures d'orTejaillir les éclaii's : » Marchons , que ton épouse à ta voix se réveille ; » Les songes fortunés , tandis qu'elle sommeille , » Dans son âme troublée ont ramené la paij^:
» Son cœur va se soumettre aux célestes décrets.