LIVRE VI
» Il dit^ et sur son fils, que sa gloire illumine ,. Verse tous les rayons de sa clarté divine- De leur double splendeur tous les yeux sont ra\is r Le père tout entier éclate dans son fils ; £t le fils, de son père éblouissante image , De sa reconnaissance exprime ainsi rhominagé :
« O toi , de ma naissance incomparable auteur , » Toi , de tous les pouvoirs puissant dominateur , » Que revêt la clarté , que la gloire environne , »' Devant qui tous les fronts inclinent leur couronne ^ » Des êtres le plus pur , le plus saint, le plus grand l » C'est toi qui m'élevas à ton suprême rang.
» Glorifier ton fils est ton bonheur suprême , r » Et moi , je mets ma^ gloire à t'honorer moi-même. » Mon père ! quand tu mets tes foudres dans ma main ,. » C'est à moi de remplir ton ordre souverain : » Aussitôt à tes pieds je remets ma victoire ; » Un souris de mon père est ma plus dquce gloire : » Trop heureux, aux combats quand je vole pour toi y. » Si des dangers plus grands te prou valent mieux ma foi ^ » Je prends donc ton pouvoir , mais c'est pour te défendre » Fier de le recevoir , plus heureux de lé rendre , » Quand seul tu seras tout, quand mon éternité ^> Coulera dans le sein de ta divinité.
» Ta gloire , ton éclat rejaillit sur moi-même ; » Je hdis ce que tu hais ; ce qui te plaît ^ je l'aime :
» Oui , je fais mon devoir , mon bonheur le plus doux ; » De servir tes bontés ainsi que ton courroux. » Ton fils veut être en tout ta plus parfaite image. » Armé de ton pouvoir , je pars ; et mon courage » S'en va chasser des Cieux et jeter dans les fers » Tous ces sujets ingrats dévoués aux Enfers ^ » Qui , tous associés à tes honneurs suprêmes , » Reçurent de tes mains leurs brillants diadèmes ; » Qui pouvaient vivre heureux sous tes divines lois , » Mais qui de ton courroux vont sentir tout le poids. » AJors tu n'auras plus que des sujets fidèles ; » Le Chérubin dira tes grandeurs étemelles ; » Et moi , dont le bonheur est ta félicité , » Je donnerai l'exemple à la fidélité. »
» A ces mots , sur son sceptre il s'incline avec grâce y Et se lève du trône où Dieu marqua sa place.
La troisième aube à peine eut argenté les Gieux , Soudain , pareil au bruit de l'ouragan fougueux , Terrible , impatient de voler à la gloire , Sort le char paternel , le char de la victoire. Sans l'aide des coursiers , par un secret pouvoir , De lui-même ce char apprit à se mouvoir.
Quatre fiers Chérubins aux ailes éclatantes , Dont chacun offre à l'œil quatre faces brillantes , Ont Volé devant lui ; leurs ailes ont des yeux Dont l'éclat defirait les globes radieux. -
Des yeux éUoiiissants parsèment chaque roue ^ Où du Soleil des Gieux la lumière se joue ; Et TorlÂte enflatnmë , et les rayons brûlants ^ Roulent avec le char des feux étincelants.
Pareille au firmament, une superbe tente Imite du cristal la blancheur transparente ; Un trône est au-dessus ; à Tambre le plus pur , Le céleste saphir y mêle son azur : ^
De l'arc brillant des Cieux la pompe le décore: Lui, dans un appareil plus éclatant encore , ' Cet appareil guerrier, armes de l'Eternel, Où s'épuisa tout l'art des ouvriers du Ciel , Il monte sur son char : là , déployant ces ailes Sur qui l'aigle s'élance aux voûtes éternelles , La victoire est assise à la droite de Dieu.
Plein des traits du tonnerre et de flèches de feu , Sur lui pend son carquois : de la nuit enflammée Autour de lui s'élève une épaisse fumée ; Et , dans l'air embrasé traçant d'affreux sillons , Le feu sort en éclairs de ses noirs tourbillons. De loin l'œil l'aperçoit; une immense cohorte De brillants Séraphins compose son escorte.
Il vient : dix mille chars , dix mille autres encor ,; Volent à ses côtés et suivent son essor; De son trône d'azur partent des étincelles ; De brillants Chérubins le portent «ur kurs ailes;
4o PARADIS PERDU,
Il vient , il vole , il fend Fimmensité des Gieux. '
De son armée à peine il a frappé les yeux ,
Tous , ivres des transports que son aspect fait nsditre ;
Ont senti sa présence et reconnu leur maître.
Déjà s'est déployé le saint drapeau du Ciel ,
Le drapeau du Messie. A la voix de Michel ,
Son innombrable armée autour de lui se range.
Partou^ régnait Teffroi : Dieu parsut et tout change ;
Les monts déracinés retournent en leur lieu;
La Nature en riant félicite son Dieu ;
Le coteau r.everdît , le vallon se cc^ore ;
Et les fleurs sous ses pas recommencent d'éclore.
Ses ennemis l'ont vu : témoins de son pouvoir ,
Leur espoir désormais est dans le désespoir ;
De leurs soldats troublés ils rassemblent les restes : * *
Tant d'orgueil entre-t-il dans des âmes célestes?
Eh ! l'orgueilleux jamais peut-il être. dompté?
De ce qu'ont vu leurs yeux leur cœur est irrité ;
Contre ce Dieu puissant , que la Nature adore ,
De leur dépit jaloux la fureur les dévore.
Pour ces cœurs endurcis les prodiges sont vains ;
Ils veulent , ou ravir le sceptre dans ses mains ,
Oti , si dans leur fureur le sort ne les seconde , :
Tomber ensevelis sous les débris du monde;.
Aucun ne veut céder, aucun ne songe à fuir;
Tous ont dit dans leur cœur ; «^ Ou régner , ou périr i «