LIVRE SEPTIÈME
Uesgends du haut des Cieux , immortelle Uranie>: Descends , et de mon luth seconde Tharmonie ! A peine à mon oreille arrivent tes accents^ Un délire divin s'empare de mes sens ; Je m'élance, je vole où jamais do Parnasse Le coursier fabuleux ne porta son audace.
Muse sainte ! pour moi tu n'es pas un vain nom ^ Tu ne fréquentes point les sommets d'Hélicon , Les eaux de Castalie , et ses bois poétiques; Non , non , tu précédas ces rêves chimériques : Noble fille du Ciel ! la Sagesse , ta sœur , Dès long-temps entendit tes chants pleins de douceur;: Près d'elle dès long-temps tes brillantes merveilles De l'Etemel lui-même ont charmé les oreilles. Reviens donc , qu'avec toi d'un vol audacieux Je puisse entrer encor dans le palais des Cieux. Dans ses nobles dangers tu dirigeas ma course ; Par toi les feux du Ciel m'ont vu boire à leur source ;. Mais ce n'est plus le temps : des lambris éternels ^ Ramène mon essor dans les champs patemekk
Mon char est loin encor du terme de sa route ; Assez long-temps du Ciel il parcourut la voûte , Et du vaste Empyrëe il traversa Tazur.
Je descends, je reviens raser d'un vol plus sûr Ce globe où du soleil la course journalière Dans un cercle moins grand achève sa carrière ; Mais avec même ardeur je poursuivrai mes chants ^ Non moins harmonieux ,. peut-être plus touchants. Dans ces temps malheureux , dans ce siède de haine» J'irai, je charmerai la discorde inhumaine» . Ma triste cécité, les cris de mes rivaux,,. > . Et le toit solitaire où^se cachent mes maux. ... Que dis-je? suis^je seul? ah! divine Uraniel i .. Non, ta douce présence inspire. mon génie» .
Soit quand la nmt revient, soit lorsque le Soleil Prête ses feux naissants à l'orient vermeil.
Viens donc, ah! viens encor protéger ton poète^^. , . Favorise mes^ chants ; dans mon humble retraite . . Conduis quelques amis qui chérissent mes vers , . Et, quand j'ai tout perdu, sois pour moi Tunivers. . Mais loin les jeux bruyants, la turbulente ivresse 5. Des Bacchantes du jour l'importune allégresse i . Sur les monts Rhipéens ^ leurs fureurs^ autrefois Du malheureux Orphée étouffèrent la voix^ Cette voix qui charmait les cavernes profondes» - - Entraînait les forêts , et suspendait les ondes^
* LIVRE va. ' S5
Son dèrhîer chaiit ëimit les rochers attendris; >
Et Calliope en pleurs ne put sauver son fils.
Mais toi, toi qui n*es pas un vain songe comme elle;?
Descends, viens me guider ^dans ma course nouvelle* :
Dis les faits avenus depuis* <}ue ftaphaël .
Eut instruit ces époux des. menaces du Ciel :
Leur eut dit que, pareils à FArchàngje parjure^ •
Lui , ses fils et sa race expiraient leur injure ,
Si, parmi tant de fruits, présents de sa bonté, *
Un seul fmft défendu n^était pà^ respecté. ■
Assis près d^Eve, Adam écoutait cette Iwstoire- Plein de ce long récit gravé dans^ sa mémoire , Pensif^ il méditait ces faits miraculeux , ' Ces illustres revers, ces mjrstères des Gieux ; Il ne peut concevoir , dans la cour étemelle , , Auprès d'un Dieu de paix , cette guerre cruelle ,. Dans'le lieu du repos, la haine eC la fureur , Et la discorde horrible au séjour du bonheur;' ^ Mais des Anges punis les trames criminelles Font retomber ces maux sur leuw têtes rebelles; ' Et le Ciel toujours pur repousse de son sein ' Des viles factions lé turbulent essaim.
Ces pensers ortt cahné le trouble de son âme. Mais l'ardeur de savoir de plus en phis l'enflamme ; Il éprouve en secret le désir curieux De. savoir qu^die main fit la* terre et les Cieux ::
m PARADIS PERDU,
Pour quel but y dans quel temps naquit ce monde immense
Tout ce qui dans Éden précéda leur naissance ;
Enfin quel est sc«i sort ; et tout ce qu'il apprit
A de l'ardeur d'apprendre enflammé son esprit.
Ainsi , lorsque les eaux d'une source abondante
N'ont éteint qu'à demi sa soif impatiente y
Sur les flots fugitifs le voyageur penché , ^
A ce brUlant cristal tient son œil attaché »
Ecoute son murmure ; et son ardeur avide
S'accroît au bruit flatteur de cette onde limpide.
Mais enfin à l'Archange il s'adresse en ces mots :
« Que tes récits sont grands , sublimes et nouveaux l Mon cœur en est ravi , mon esprit s'e» étonne : Poursuis , dissipe enfin la nuit qui m'environne , * O toi , qui viens , d'un Dieu fidèle messager , Du piège qui m'attend m'apprendre le danger.
Pour l'adorer y sans doute il nous a donné l'être : C'est apprendre à l'aimer, qu'apprendre à le connaîtrez Nos cœurs lui sont voués, et ses heureux sujets Lui doivent un amour égal à ses bienfaits^ Toi donc , puisque , sensible au bonheur de ma race ,; De ton doux entretien tu m'accordes la grâce , Parle , achève , et découvre à nos terrestres sens Des mystères pour nous non moins intéressants : Dis quel art a des Cieux courbé l'immense voûte ; Quels feux sijQin de nous suivent en paix leur route ,, ^