LIVRE Vil
Où s'arrête Tespace à nos yeux étendu ;
Comment un air fluide , en tous lieux répandu ,
Embrasse doucement de sa molle ceinture
Et la Terre , et le Ciel et toute la Nature ;
Pourquoi le Créateur , sorti d'un long repos ,
A fait jaillir enfin le monde du Chaos;
Quel jour il a créé ces brillantes merveilles.
Parle , si Dieu consent qu'à nos faibles oreilles
Parviennent ces récits. De mes yeux indiscrets
Je ne ^iens point sonder ses augustes décrets ;
Mais , pour mieux l'honorer ^ mon cœur brûle d'apprendre
Ce qu'il permet de voir, ce qu'il permet d'entendre.
» Le Soleil a rempli la moitié de son tour , L'autre est encore à nous; et quand l'orbe du jour Serait près, à nos yeux, d'éteindre sa lumière, Ce grand astre , à ta voix proloifjgeant sa carrière ^ Pour toi s'arrêterait sur le trône des airs, T'écouterait conter ces prodiges divers, Dire quel jour , ouvrant sa marche solennelle , Lui-même il s'étonna de sa clarté nouvelle; Mais , si la nuit survient , à tes charmants discours , Non , non , les Cieux muets ne resteront pas sourds ; Le Silence prendra du plaisir à t'entendre-; Le Repos sur nos yeux tardera de descendre ; Et , forcé par tes sons d'interrompre ses lois , I^e Spnmieil veillera pour écouter ta voix;
Et nous , nous jouirons jusqu^à ce que T Aurore Se lève , et te renvoie à ce Dieu que j'adore. »
« Eh bien , mon cœur se rend à tes modestes vœux^ Mais comment te parler du monarque des Cieux? Sa gloire accable THomme; à chanter ses louanges A peine suffirait la voix même des Anges.
Mais tant que je le puis , autant que je le dois, Ces mystères des Cieùx vont s'ouvrir devant toi ; Tu sauras ce que Dieu permet que je révèle ; Dans la brillante nuit de sa gloire éternelle Le reste est sous un voile , et repose à jamais Dans l'ombre impénétrable où dorment ses secrets : Lui seul se voit lui-même , et demeure invisible. N'espère point franchir cette borne invincible : La Terre , sans sonder les mystères des Cieux , Offre un champ asse^vaste à ton œil curieux.
De même que le corps , l'âme a sa nourriture ; Mais dans leurs aliments tous deux ont leur mesure ; L'usage est salutaire , et l'abus dangereux.
Entends-moi donc : après que l'Ange ténébreux ( Lucifer fut son nom, quand sa splendeur première Surpassait en éclat les Anges de lumière , Ainsi que le Soleil, au céleste séjour, Eclipse en se montrant les astres de sa cour , ) Quand Satan, par son nom s'il faut que je l'appelle ^ Dans sa chute entraînant tout un peuple rebelle ,.