LIVRE VI. i
» Toi , tes chars , tes drapeaux , ta troupe criminelle , » Et vous abîmer tous dans la nuit éternelle. » XvL vois que tu n'as pas entraîné tous les vœux ; » Il reste à Dieu des cœurs et purs et généreux : » Tu ne les voyais pas , lorsqu'affrontant Porage , » Seul à tes bataillons j'opposai mon courage, » Des maux que j'ai prédits voici venir le temps, » Et tu vas , mais trop tard , apprendre à tes dépens » Qu'un esprit éclairé de l'erreur se sépare , ^ » Et suit le droit sentier, quand la foule s'égare. »
« H- Eh bien ! malheur à toi , perfide Séraphin , » Lui réplique Satan avec un fier dédain ; » A ton retour vers nous ma colère rend grâce ; » Tu vas donc le premier expier ton audace , » Toi qui , dans ce sénat (J'augustes demi-dieux , » Osas seul élever un cri séditieux!
» Que parles-tù de maître et de toute-puissance ? 5>»Nous n'en connaisspns point : sûrs de notre vaillance , » Sûrs de nos droits sacrés , nous les SQutiendrons tous ; » Mais toi , je t'applaudis de revenir à nous ; » D'un espoir orgueilleux ta valeur échauffée , » Des débris de Satan se priomet un trophée ;- » Approche , que dans toi j'apprenne à mes rivaux » Quel accueil cette main prépare à tes égaux. » Toutefois , pour ne pas te laisser sans réponse , » J'ai daigné différer le sort que je t'annonce.
ii PARADIS PERDU,
» J'avais cm , j'en conviens , pardonne à ma fierté ,
» Que le bonheur céleste était la liberté :
» Mais, je le vois , ton Dieu courbe à son joug servil^
» La part la plus nombreuse ainsi que la plus vile ;
» De lâches voluptés font seules vos destins ;
» Vos armes sont des luths , vos combats des festins ;
» Pour célébrer en chœur ta haute renommée ,
» De ces chantres du Ciel tu formas ton armée.
» Va combattre avec eux : vous apprendrez de moi
» Ce qu'est une âme libre aux esclaves d'un roi. »
« ^ Ah! toiTmême , rougis de ta honteuse chaîne ^ » Lui répond Abdiel , toi , de qui l'âme vaine , » Adorant de l'erreur le joug impérieux , » Traite d'emploi servile un devoir glorieux. 3> Mais la Nature et Dieu repoussent cette injure , » Car obéir à Dieu , c'est sui^Te la Nature ; » Ils nous disent tous deux, et j'écoute leur voix, » Que le meilleur de nous doit nous donner des lois i » Ses bontés sont ses droits à notre obéissance ; » Le premier en sagesse , il doit l'être en puissance; j> Tu parles d'esclavage ! oh ! l'esclave est celui » Qui se choisit un maître insensé comme lui : î> C'est celui qui , bravant le pouvoir légitime , » S'est fait , comme Satan , un instrument du crime; » Et toi-même , à l'orgueil n'es- tu pas asservi, » Jaloux du saint emploi que l'orgueil t'a ravi?