‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 5 sur 131 · LIVRE VL i · texte numérisé non relu

LIVRE VL i

» ïîardi blasphémateur y cesse donc d'en médire ;

» Va régner dans l'Enfer : le Cidl est son empire ;

» Nous sommes ses sujets; il sera notre appui;

» Les fers sont pour Satan , et le sceptre est pour lui*

» Moi , lâche fugitif! je veux ceàser de l'être ,

» El voici les tributs que j'apporte à mon maître. »

Comme il parlait encore, il élève le fer;

Le fer étincelant , aussi prompt que l'éclair ,

Frappe sans hésiter et, comme la tempête ,

Retombe , et de Satan a fait courber la tête.

La pensée et les yeux , bien moins son bouclier ^

N'auraient pu prévenir le redoutable acier.

Il recule dix pas, et son corps qui succombe,

Sur son genou ployé tremble , chancelle , et tombe ;

Mais sur sa lance éngrme il demeure appuyé :

Tel roule d'un vieux roc le sommet foudroyé ;

Tel , attaqué soudain dans sa base profonde

!Par les flots souterrains ou les efforts de l'onde ,

A demi renversé , croule un antique mont

Avec les vieux sapins qui couronnent son front.

Du parti révolté. les puissances se troublent;

Cependant leur douleur et leur rage redoublent

En voyant de leur chef l'affront injurieux ;

Mais le triomphe est peint sur nos fronts radieux*

Bientôt, de la victoire infaillible présage ,

Le cri dp l'espérance et le cri du courage

i6 PARADIS PE1\DU,

Demandent le signal : le signal est donné ;

Par l'ordre de Michel la trompette a sonné ;

Yàhosanna solennel vole de bouche en bouche.

D'un cœur non moins ardent , et d'un air plus farouche ^

L'ennemi fond sur nous d'un vol hnpétueux.

A peine eut commencé le choc tumultueux ,

D'épouvantables cris dans les airs retentirent ,

Des cris tels que les Cieux jamais n'en entendirent-

Tel qu'un même incendie embrase deux volcans ,

Une même fureur anime les deux camps ;

Des nuages de traits pleuvent sur les armées :

Un orage brûlant de flèches enflammées

Monte , siffle et , dans l'air traçant d'affreux sillons ,

D'une voûte de feu couvre leurs bataillons.

Des longs ébranlements de ce double toiînerre

Le Ciel au loin mugit ; et si de votre terre

Le globe encor récent dans les airs eût roulé,

Jusqu'en ses fondements la terre aurait tremblé.

Faut-il s'en étonner , quand , mêlant leurs phalanges ,

Se heurtaient des deux parts tous ces millions d'Anges,

Dont un seul , saisissant tous ces globes divers ,

D'un seul coup aurait pu les lancer dans les airs?

Eh! de quelle terreur cette horrible mêlée

N'eût-elle pas rempli la nature ébranlée!^

Quelles convulsions , quel désordre fatal

N'eût pas troublé la paix de leur séjour natal ,'

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