‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 54 sur 131 · LIVRE IX. i · texte numérisé non relu

LIVRE IX. i

>» Qu^au gré de ma fureur , tout soit anéanti! » Rendons-leur le tourment que mon cœur a âenti ; : » Et qu^heureux à^un désordre où monbonheurse fonde, » Satan seul soit debout sur les débris du monde : ] » Alors )e pars content : je cours dire aux Enfers !

» Le voici le vainqueur du Dieu de runirers! < » Tombez tous à ses pieds , rendez-lui tous hommage I » De six jours en un seul j^ai renversé Fouvrage , » L^ouvrage du Très-Haut , de FÊtre tout-puissant! » De la création ce prodige récent » Semble nouveau pour nous ; mais Dieu dans sa vengeance » Peut-être dès long-temps méditait sa naissance. » C^est du sein des fureurs que naquit sa bonté. » Peut-être il le conçut quand son bras irrité ^ : » De la moitié des siens déli^Tés de leur <Aaîne i, » Par un coup imprudent dépeupla son domaine « » Bientôt le repentir irrita son courroux. » Pour peupler son palais ^ et se venger de nous , » Soit que sa main ne pût créer de nouveaux Apgea » De qui làinçoix servile entonnât ses louanges » ( Si les Anges pourtant sont sortis de ses mains) , . »»Soit pour mieux nous flétrir, il créa les humains^ » Ce vil peuple , sorti d^une obscure origine , » Qui, riche de nos biens, fier de notre ruine ^ *-! » Et de notre grandeur saisissant les débris , » Doit monter de sa fange aux célestes lambris^

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i36 PARADIS PERDU ,

» Ce quUl voulut jadis aujourd'hui se consomme :

!» L'Hommeest né de la Terre , et la Terre est à l'Homme ;

j^ Sur son trône il plaça ces superbes rivaux ;

» L'Ëmpyrée est leur dais , les astres leurs flambeaux ,

» L'Ange est leur messager , à leurs grandeurs nouvelles

» Les brûlants Séraphins ont asservi leurs ailes:

» Pour un indigne maître ils veillent nuit et jour ;

» Ils forment «on cortège et composent sa cour ;

» Et soumettent sans honte , en cet emploi servile ,

» Leurs célestes esprits à sa terrestre argile.

» Pour éviter leurs yeux, je me suis vu réduit

» A me glisser couvert des vapeurs de la nuit.

» Trop heureux maintenant si , pour tromper leur veille,

» Je trouve pour asile un serpent qui sommeille ,

» Et jsi je puis cacher dans ses plis tortueux,

» Du chef des Séraphins les traits majestueux!

» O honte ! ce rival du monarque du monde y

» Il va donc se cacher dans ce reptile immonde !

» Moi, qui prétends au Ciel , habiter un serpent!

» Dans les plis sinueux de cet être rampant,

» Je vais donc . rasant l'herbe , et léchant la poussière ; i

» Humilier ce front et cette âme si fière!

36 O puissances d'Enfer! qui de vous, dites-moi,

»:Dans cet état abject reconnaîtra son roi?

» O que pour s'élever l'ambition s'abaisse !

» Plus hauts sont ses projets , plus grande est sa bassesse^

LI^E IX. i37

» Vengeance , dont la rage empoisonna mon coeur, » Que d'amertume , hélas ! se mêle à ta douceur ! » Si tes plaisirs sont grands , que leur suite est cruelle! » N'importe ! Gieux , tonnez sur ma tête rebelle ! j> Sans en être ébranlé , je recevrai vos coups ; » Puissé-je seulement punir ce Dieu jaloux !

» Ou , si mon bras enfin ne l'atteint pas lui-même , » Puissé-je m'en venger sur l'insolent qu'il aime ! » Sur ce fils que créa son dépit envieux, ».Ce fils de sa fureur, adopté par les Cieux! » Ce Dieu*me provoqua : c'en est assez ; ma rage • » Rendra haine pour haine , outrage pour outrage. » A' c^p mots , apaisant ses transports orageux , ' A travers les buissons , les joncs marécageux , Il se glisse sans bruit comme un sombre nuage , Et cherche le serpent ministre de sa rage ; Il le trouve dormant : en cerclés redoublés De son corps sinueux les replis sont roulés ; Au milieu reposai t^a tête languissante ; Rusé , mais non cruel , sa douceur innocente , Incapable de crainte ainsi que de fureur.

N'habitait point des bois la ténébreuse horreur, Ni des antres muets la profondeur obscure ; "'-' Tranquille, il sommeillait sur un lit de verdurt : Le perfide Satan se glisse dans son corps; Pans son cœur s'insinue , anime ses ressorts,

i48 PARADIS PERDU ,

Hélas! et sans l'appui de son époux fidèle, :-î

Bientôt la plus fragile. II s'avance vers elle ;

Audacieux et souple , il vient ^ il a passé

La forêt ^ où le cèdre et le pin élancé

S'élèvent vers les deux en verte pyramide ;

Tantôt se laissant voir , et tantôt , plus timide ^

Dans le dédale obscur des fleurs, des arbrisseaux^

Se glisse , s'insinue en flexibles anneaux :

Il entre enfin , il entre au fortuné bocage

Où la beauté hâtait son innocent ouvrage.

Tel qu'un triste habitant d'une vaste cité^

Si , dans un beau matin d'un beau jour de l'été ,

Au lieu de ces vieux murs , de cet impur mélange

De peuple , d'artisans , de brouillard et de fange ,

Il rencontre , en sortant , des champs délicieux ;

Les fermes, les jardins, les lointains gracieux,

Les troupeaux, les vergers, cette odeur végétale

Que dans l'air embaumé la laiterie exhale , ^,

Tout lui plaît; mais parmi ce spectale* enchanté ^

Si de loin se découvre une jeune beauté ,

En voyant son maintien , sa pudeur et sa grâce ,

Pour lui tout s'embellit, ou plutôt tout s'efface;

En elle il voit uni ce qu'il vit de plus doux ,

Et dans un seul objet il les retrouve tous :

Tel au cœur de Satan un doux transport s'élève ,

Lorsqu'il voit ces beaux lieux, ces fleurs, cesbois; mais Eve

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