LIVRE IX
«f Pourquoi me reprocher , répond Eve en colère , » De Terreur d'un moment le crime involontaire , » Que ta femme peut-être eût commis près de toi, » Que mon époux peut-être eût commis près de moi ? » Le séducteur , de moi n'avait point à se plaindre ; » Ne pouvant me haïr, ai-je eu lieu de le craindre ? » Dieu me créa-t-il donc pour la captivité ?
» Devais-je donc toujours rester à ton côté ? » Et, n'osant me mouvoir qu'au gré de ton envie , » Sur tes moindres désirs^. régler toujours ma vie ? . » Si j'ai prévariqué, la faute en est à toi; » N'étais-je pas ta femme, et soumise à ta loi? » Tu prévis le danger ; pourquoi donc ta prudence » M'a-t-elle abandonnée à mon imprévoyance?
y> Hélas ! sans ta faiblesse et ta facilité » Mon devoir t'assurait de ma docilité ; » Et tous les deux encor , sans ta molle indulgence , » Ainsi que le bonheur , nous aurions l'innocence. »
Ces reproches amers irritent son époux.
Pour la première fois enflammé de courroux ; -^ « Auteur de ma ruine , hélas ! et de la tienne, » Voilà donc ta tendresse , et le prix de la mienne 1 « Précipité par toi dans l'excès du malheur , » Dans tes embrassements j'oubliais ma douleur ;. » De ta coupable erreur innocente victime , » J'ai voulu , tu le sais , te suivre dans l'abîme ,
» Ne te souvient-il plus qu'il n'a tenu qu'à moi
» D'être heureux, immortel , sans me perdre avec toi ?
.» Mais j*ai bravé la mort, la vengeance divine ;
» Et tu viens maintenant m'imputer ta ruine !
J'ai dû me prévaloir de mon autorité !
Mais l'amour connaît-il tant de sévérité ?
Si )'ai peu fait pour toi, que pouvais-je plus faire?
Ne te donnai-je pas un conseil salutaire ?
Ne t'ai-je pas prédit , annoncé , répété
Le piège ou t'exposait ton indocilité ?
» Eh quoi! fallait-il donc user de violence?
» Mais, sans la liberté que vaut l'obéissance? » Le Ciel t'avait fait libre , à qui t'en prendras-tu , :» Qu'à la témérité de ta fausse vertu ?
» D'affronter le péril tu te fis une gloire ; » Tu crus que le combat serait une victoire : » Tu te trompais, hélas! et moi, je m'égarais: » Pour autant de vertus je prenais tes attraits; » J'ai cru que , signalant ta noble résistance , » Tu me rapporterais le prix de ta constance : » Si c'est un crime , hélas ! c'est l'amour qui l'a fait, » Et tu viens m'accuser de ton propre forfait! ^ Sexe ingrat ! malheureux celui dont le délire -yy De sa faible raison t'abandonne l'empire ! » Ton aveugle désir ne connaît plus de frein ; » Et si le sort résiste à ton caprice vain ,