‹ Paradis perdu (volume 2)Chapitre 72 sur 131 · SUR LE LIVRE IX · texte numérisé non relu

SUR LE LIVRE IX

reprocher quelque longueur à ce débat : du reste , écrit avec beaucoup d'élégance et de simplicité, il contient plusieurs vers pleins de finesse et de grâce , tels que ceux-ci dans la bouche d'Adam :

Non , je ne te crains point ; mais je crains ton absence

Et ceux-ci i

Pars ; Eve , à m^s conseils à regret complaisante , Présente malgré soi , serait encore absente.

Le moment où Eve se sépare de son époux est peint avec intérêt. Son époux Finvite à un prompt retour , et la suit long-temps des yeux : Eve lui promet d'abréger son absence ; mais déjà le lecteur éprouve le triste pressentiment du malheur qui l'attend.

La peinture du serpent est telle qu'elle doit être au moment d'attaquer Eve séparée d'Adam. Cet air majestueux , la moitié de son corps fièrement relevée , cette attitude droite, en le rapprochant de l'Homme , rendent plus vraisemblable l'attaque qu'il va lui livrer , et en font , pour ainsi dire , un rival digne de lui. Rien n'est mieux décrit que la marche adroite qu'il fait vers celle qu'il vient tenter ; c'est avec un esprit infini qu'il compare ses détours multipliés à ceux d'un nocher qui louvoie en arrivant au port.

..... Des vents inconstants il consulte Phaleine , Règle sur eux les plis de sa voile incertaine.

Il réussit à attirer sur lui les yeux d'Eve ; alors il s'encourage 9 s'approche d'elle y et lui adresse le discours le plus

igo REMARQUES

adroit, je dirais presque le plus éloquent; il Tattaque à la fois par la curiosité et la vanité , les deux passions les plus naturelles à son sexe.

Le discours du serpent attire de la part d'Eve des ques^ lions naturelles et adroitement provoquées par le tentateur ; elle lui demande depuis quand il possède le don de la parole* Cette question amène naturellement Téloge du fruit auquel il feint de devoir ce privilège. Le récit qu'il fait du changement merveilleux qu'il a opéré dans lui a déjà fait sur elle une impression qu'elle manifeste aussitôt. « Où croît ce fruit? lui dit-elle ; où trouve-t-on ce prodige ? » Et cette question fait déjà trembler pour son sort. Le serpent en profite , et n'omet dans sa réponse aucune des circonstances qui peuvent augmenter la curiosité d'Eve. « Cet arbre , dit-il, n'est pas » loin ; il est au-delà de son bosquet favori , auprès d'une » fraîche fontaine ; un chemin court et facile y mène. » Et enfin il offre de l'y conduire lui-même. Milton prolonge avec art l'intérêt de cette situation , en réveillant dans Eve les c«^mords et les souvenirs de la défense de Dieu. Le serpent redouble alors d'adresse pour porter le dernier coup à la vérta de celle qu'il veut séduire ; il compose son maintien , dessine son attitude ; mais on est un peu étonné de le voir comparer à Démosthène et à Cicéron. Cette comparaison paraîtrait ridicule , si elle n'était écrite en très-beaux vers. Quoi qu'il en soit , son discours commence par une figure oratoire , par une apostrophe pleine de vivacité à l'arbre qui porte le fruit défendu. Tout le reste du discours est plein de l'adresse la plus insidieuse ; mais le poète y a prodigué avec excès l'argumentation si à la mode de son temps.

Eve dans son discours se répète à elle-même tous le»

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